Banque mondiale: les contours d’un nouveau partenariat économique

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Experts et analystes financiers ont les yeux braqués sur le prochain Country Partnership Famework (CPF) de la Banque mondiale (BM), un nouveau partenariat économique étalé sur trois ans et balisant les contours d’une nouvelle feuille de route post-Covid. Très peu d’informations ont jusqu’ici filtré des discussions menées la semaine dernière par Idah Pswarayi-Riddihough, représentante de l’institution financière internationale pour Maurice, Mozambique, Madagascar, Comores et les Seychelles, avec les autorités mauriciennes sur ce nouveau CPF.

Toutefois, les bruits de couloirs du bâtiment du Trésor laissent à penser que d’ores et déjà, trois piliers d’avenir ont été privilégiés dans le tête-à-tête Jugnauth/ Pswarayi-Riddihough : la biotechnologie, la pharmaceutique et la digitalisation avec le parc technologique de Côte-d’Or présenté fièrement à la directrice régionale de la BM comme une volonté de sortir des sentiers battus.

Sans doute, ce sont de nouveaux créneaux d’activités qui peuvent à moyen et long termes devenir des pôles de croissance pour le pays et constituer le nouveau socle économique de ce partenariat économique susceptible de relancer la croissance. Mais ceux-ci ne peuvent en aucune façon, selon les spécialistes, se substituer aux secteurs économiques traditionnels, comme le tourisme, les services financiers ou encore la manufacture et l’agro-industrie, qui tirent à des degrés divers la croissance économique du pays depuis des décennies. «Il est sans doute nécessaire d’avoir de l’ambition et de think out of the box pour investir dans de nouveaux piliers économiques dictés par l’urgence sanitaire. Mais faut-il pour autant développer l’expertise professionnelle capable d’attirer des investissements et des compétences étrangères dans ces nouveaux domaines», analyse un industriel sous le couvert de l’anonymat.

Or, le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a déjà balisé le terrain. Il veut faire de l’industrie biotechnologique et pharmaceutique une de ses priorités dans sa réflexion stratégique pour moderniser l’architecture économique. Il l’a d’ailleurs fait comprendre à la représentante de la BM, insistant sur le fait qu’au niveau mondial, cette industrie génère à elle seule plus de USD 1 trillion par an couplée à une forte croissance. « Nous pouvons créer une nouvelle industrie manufacturière majeure dans notre pays, celle de la production de vaccins et de produits pharmaceutiques », disait-il dans son discours du Budget le 11 juin 2021.

Le ministre encourageait ainsi «les entreprises privées à construire des usines spécialement conçues pour la fabrication de produits pharmaceutique et de dispositifs médicaux, ainsi que pour les essais cliniques et précliniques». Or, les spécialistes se montrent sceptiques face à l’ambition de Renganaden Padayachy, sans la mise en place préalable de l’écosystème pour favoriser l’émergence d’une telle industrie, rappelant qu’un pays comme la France arrive difficilement à attirer l’implantation des laboratoires mondiaux et n’a d’ailleurs pas jusqu’ici fabriqué son propre vaccin contre le coronavirus.

Pour autant, il ne faut pas y mettre déjà une croix pour freiner l’ardeur des exécutifs. Même si nos dirigeants sont conscients que, pendant longtemps encore, le pays devra dépendre de l’industrie touristique comme principal moteur de croissance malgré l’effet de la crise. D’ailleurs, le nouveau président de l’AHRIM, Désiré Elliah, est optimiste d’une reprise du voyage cette année avec l’objectif national de 650 000 touristes probablement atteint d’ici juin 2022. Or, au ministère des Finances, on a tiré la calculette : chaque 100 000 touristes qui foulent le sol mauricien représentent une croissance de 0,8 % réalisée. Ce qui fait dire à l’entourage du ministre que, sur la base d’une projection d’un million de touristes en 2022, c’est une croissance de 8 % qui serait ciblée. Le CEO de Lux a d’ailleurs précisé dans la presse dominicale que si 2022 sera l’année de la relance, celle de 2023 pourrait être celle du «back to normal».

Si le gouvernement souhaite articuler sa nouvelle architecture économique autour de ces nouveaux pôles de croissance (biotechnologie, pharmaceutique et industrie verte), comme présentée à Idah Pswarayi-Riddihough, n’empêche qu’il veut parallèlement armer l’appareil industriel afin qu’il réponde aux défis de secteurs à forte valeur ajoutée. Mais il doit aussi régler la problématique de l’inadéquation entre les compétences de la main-d’œuvre locale et les réalités du marché du travail. Le gouvernement souhaite à cet effet mettre le paquet pour favoriser l’émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs dans les filières de l’Intelligence artificielle (IA) de la blockchain, de la technologie financière, de l’impression 3-D, de la digitalisation et de l’e-commerce. Une démarche soutenue et encadrée par la BM.

Quid de la politique fiscale ? La marge de manœuvre reste étrangement étroite dans un contexte économique post-Covid notamment pour régler le déficit budgétaire estimé à 5 % du PIB en juin prochain alors que le ministre des Finances s’est engagé à réduire la dette publique à 80 % du PIB d’ici 2025 et à 70 % en juin 2030. Cependant, la question que les spécialistes se posent est le modus operandi du Trésor public pour arriver à une telle prouesse économique. Sans doute, les Rs 25 milliards de la MIC injectées dans Airport Holdings Ltd, permettant à celle-ci de régler la totalité de ses dettes avec le gouvernement, y seraient pour quelque chose. Cela alors même que le gouvernement s’est livré ces derniers mois à des largesses pour satisfaire d’abord des revendications des fonctionnaires avec la révision suivant l’application du PRB en novembre et de l’engagement de rehausser la pension de retraite à Rs 13 500 d’ici juin 2023.

On ne sait pas si ces problématiques ont été abordées avec la directrice régionale de la BM quand on sait que son institution a plus d’une fois tiré la sonnette d’alarme sur l’incapacité financière du Fonds national de pension, aujourd’hui la Contribution sociale, de soutenir de nouvelles charges financières provenant du poids financier du vieillissement de la population.

À l’aube de 2022, rien n’est encore joué alors même que les fondamentaux économiques du pays restent pour le moins fragiles. Après une contraction économique de presque 15 % l’année dernière, le pays enregistra une croissance de 4,8 % du PIB en 2021 et pour l’année fiscale 2021-22, elle est projetée à 9 %. Les commentaires de la BM sur la gestion économique du gouvernement seront vivement attendus...

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