Introduction du cannabis médical: des pistes pour une politique vraiment efficace

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Plus de 100 000 Mauriciens nécessitent des soins médicaux à base de cannabis médical pour de lourdes pathologies, estime Amrish Lachooa, porte-parole de l’association Claim.

Plus de 100 000 Mauriciens nécessitent des soins médicaux à base de cannabis médical pour de lourdes pathologies, estime Amrish Lachooa, porte-parole de l’association Claim.

«C’est une farce. Si les autorités prenaient le temps de voir ce qui se passe au Canada et d’autres pays, ce serait suffisant pour donner le feu vert pour l’importation. D’accord, l’État veut importer mais pourquoi faut-il un panel pour une prescription ?» fulmine Rashid Jaufeerally, optométriste. Souffrant de neuropathie diabétique, le cannabis médical l’a grandement soulagé de cette pathologie. Ailleurs, affirme-t-il, des médecins sont nommés à cet escient. Et après consultation et diagnostic précis du patient, l’ordonnance est émise pour acheter le cannabis médical en pharmacie. 

De plus, rien n’est prévu pour les patients qui voudraient rapporter du cannabis médical de l’étranger, indique-t-il. Un point sur lequel rebondit Amrish Lachooa, porte-parole de l’association Claim. Citant l’Australie, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie, entre autres, Rashid Jaufeerally indique qu’un tel système y prévaut. Pourquoi pas Maurice ? 

Avant le confinement, Shirish Rummun, 50 ans, atteint d’un cancer, pouvait acheter de l’huile de cannabis pour soigner sa maladie lors de voyages en Afrique du Sud. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. «Depuis deux ans, je suis pénalisé par le système et j’ai eu de nouvelles tumeurs. Il est important d’utiliser ces produits régulièrement pour un traitement efficace de la maladie elle-même et non les effets secondaires.» 

Rebondissant sur ces aspects, Amrish Lachooa évoque le fait que plus de 100 000 Mauriciens nécessitent des traitements au cannabis médical. Plusieurs ont approché Claim à ce propos. De plus, avance-t-il, beaucoup de citoyens ignorent aussi que leurs maladies peuvent être traitées par ce produit. 

«Il se peut que les médecins aient à adhérer à une formation en la matière pour maîtriser le système. L’État a noté une liste de maladies qui nécessitent des soins au cannabis médical. Celle-ci nous semble restreinte. Par exemple, elle n’inclut pas le glaucome. Et, dans le cas du cancer, ce produit n’est pas utilisé pour le traitement principal. Il est administré en palliatif si le patient suit une chimiothérapie au niveau des effets secondaires», déclare-t-il. 

Selon lui, c’est un bon début quoique restrictif. Beaucoup de Mauriciens pourraient ne pas se retrouver dans ces catégories médicales, ce qui pourrait les décevoir, ajoute-t-il. Il fait aussi référence à la Chine qui a publié des ouvrages énumérant des milliers de maladies pouvant être soignées par le cannabis médical. 

Il renchérit sur un autre point de discorde : le besoin de s’appuyer sur l’approbation de la Food and Drugs Administration in America (FDA), comme préconisé par les consignes de l’État. Dans plusieurs cas, des produits qui n’y souscrivent pas sont tout aussi efficaces, fort de leur utilisation par des patients mais aussi comme démontré par les recherches internationales. 

«Certains de ces produits approuvés par la FDA contiennent du THC synthétique. Pourquoi doit-on utiliser ces substances synthétiques quand il en existe des naturelles avec divers bienfaits ? Moi, j’utilise de l’huile de cannabis et je n’ai pas développé de dépendance», confie Shirish Rummun. 

D’après Amrish Lachooa, il faut appuyer nos connaissances sur des pays comme Israël, impliqué dans la recherche depuis les années 1960 et qui prescrit ces produits depuis 1990. «On ne peut prendre des modèles qui sont en retard comme le Royaume-Uni», estime-t-il. 

Selon le Dr Uvarajen Paratian, médecin basé à La Réunion, l’introduction du cannabis médical est une bonne chose mais il faudra libéraliser cette activité et l’ouvrir au privé ensuite. «Cela viendra par la suite, car il y aura beaucoup de personnes qui utiliseront ces produits.» 

Maintenant, si l’importation est permise aux prestataires privés, il y a un risque que ces derniers favorisent un type de médicament moins cher, entre autres. «Il faut instaurer une marge de manoeuvre avec une petite liberté de fonctionnement et de décision. De plus, certains médicaments conventionnels n’agissent plus autant sur des pathologies. Les professionnels pourraient alors décider d’orienter les patients vers le cannabis médical si tel est le cas», ajoute-t-il. 

Et la production locale ? 

La libéralisation ne concerne pas uniquement les partenaires du secteur médical privé mais aussi des cultivateurs locaux. Qu’en est-il justement de la possibilité de produire du cannabis localement à des fins médicinales ? Cette implication est également mise en exergue par Amrish Lachooa. «On ne parle ni de culture ni de production mauricienne. Pour que ce projet marche, il faut considérer toutes ces implications.» 

Car sous une telle formule, Maurice serait moins dépendante aux importations. D’autant que l’importation des équipements et médicaments, surtout en urgence, s’avère souvent problématique dans l’île, comme en témoignent les scandales de Pack & Blister et du Molnupiravir. 

«Je pense que ce serait un plus qu’une coopérative soit mise en place car, pendant des décennies, des gens se sont battus pour cette cause anti Big Pharma. Maintenant, les gros barons vont en bénéficier. Cela me fait penser à l’espace aérien au sein duquel j’ai combattu pour les Ultra-légers motorisés (ULM). Désormais, ce sont les plus riches qui les font en hydravion. Ce serait dommage», poursuit Uvarajen Paratian. Pour ce médecin, les personnes ayant été emprisonnées pour culture de cannabis pourraient se recycler en coopérative pour la production de ces produits médicaux. 

Percy Yip Tong, membre fondateur du collectif urgence Toxida, pointe également le problème de l’importation. «Ce que je ne trouve anormal, c’est d’avoir à importer le cannabis et de dépenser des devises pour cela. On aurait même pu, si on produit du bon cannabis médical, en exporter.» Plutôt que de se lancer dans la production de vaccins pour laquelle nous n’avons pas l’expertise, ce serait en effet une piste à explorer. 

Shirish Rummun s’interroge sur l’expérience du panel d’évaluation des patients et pour l’importation. «Quelqu’un a-t-il utilisé le cannabis médical ? Il ne faut pas juste en parler à tort et à travers mais voir le vécu réel des usagers», souligne-t-il. 

Le public et les ONG ont jusqu’au 15 février pour apporter leurs commentaires et observations. Le rapport du comité technique sur le cannabis médical peut donc encore être amélioré en tenant compte de ces réflexions.

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