Alpinisme: Dubouloz gravit en solo la face nord des Grandes Jorasses, une première en hiver

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«Je voulais faire un joli voyage sans prendre l'avion»: plus qu'un voyage, Charles Dubouloz a réalisé mardi un exploit digne des plus grands alpinistes en gravissant la mythique et dangereuse face nord des Grandes Jorasses, seul et en hiver, ce qu'aucun autre n'avait réussi.

Après six jours et cinq nuits à lutter contre le vent glacial, à déjouer les pièges de la pierre qui s'effrite presque à chaque coup de piolet, à ne pas manger tout en évoluant contre une paroi gelée parfois à mains nues, Charles Dubouloz est encore sur un sommet, celui de la performance hors normes.

Mercredi, il a retrouvé Chamonix d'où il était parti le 13 janvier avec deux sacs à dos, un duvet, un petit hamac et quelques vivres. Le guide de haute montagne est incroyablement souriant malgré l'intense fatigue et les engelures dont il souffre. Ses mains sont terriblement abîmées mais ses yeux brillent.

«C'est la quintessence de l’alpinisme, de faire du solo et encore plus en hiver. Je touche un rêve», avait-il d'abord confié à l'AFP, tout juste redescendu. «En arrivant au sommet, j'ai pas mal pleuré, je me suis allongé. J'ai ressenti un énorme sentiment d'accomplissement. Seul, ça rajoute de l'engagement, tout est plus fort, dans les manipulations de cordes par exemple. Arriver tout seul par ses propres moyens, dans des voies dures, c’est incroyable. C’est une dimension en plus».

«Souvent peur»

Le montagnard de 32 ans a atteint mardi le sommet des Grandes Jorasses (4208 m) après une ascension de 1100 mètres par la voie des Rolling Stones, sèche et connue pour ses mauvais cailloux, ouverte à l'été 1979 par quatre alpinistes slovaques et à laquelle personne ne s'était encore attaqué en solo et en hiver, où les températures la nuit frôlent les moins trente degrés en ressenti.

Il raconte son ascension réalisée en mode artificiel (avec pitons, coinceurs et étriers) avec pour seul compagnon, la peur.

«Je n'ai fait qu’un bivouac en hamac, j'étais collé à la glace, ce n’est pas très agréable. Pour me reposer, je terrassais avec mon piolet et j’essayais de me faire une toute petite place sur des espaces de 1,50 m de long et 1,70 m de large, du coup je dormais à moitié assis», se souvient-il, soulignant qu'il n'a "quasiment pas mangé durant les six jours, sûrement «lié au stress».

«Ce genre d’ascension se joue sur une corde fine, c'est toujours à la limite de quelque chose; le résultat peut être l'accident ou la mort. J'avoue, j'ai souvent eu peur. Il y a eu des longueurs, dont une notamment en très mauvais rochers, où j’ai eu peur tout le long. Il y a des blocs qui bougent, il faut grimper sur des œufs», dit-il.  

«Presque bestial»

Dubouloz, déjà auteur en 2021 de l'ascension de la face nord des Petits Drus dans le même massif et de l'ouverture d'une nouvelle voie en duo avec Benjamin Védrines sur la face nord du Chamlang (7319 mètres, Népal), s'inscrit désormais dans la lignée des maîtres de l'alpinisme français tels que Jean-Christophe Lafaille, Marc Batard, Lionel Daudet ou encore Christophe Moulin.

«Ce qu'a fait Charles est un exploit, c'est l'épreuve pour se tester et puiser dans ses ressources. C’est presque du domaine de la méditation. On retrouve les racines de l’alpinisme. En plus en hiver dans des voies comme celle-ci, c’est presque bestial. Il faut des capacités hors normes», commente à l'AFP Christophe Moulin, qui a gravi cette même face nord en hiver en 2006, mais avec deux compagnons de cordée.

«C'est une face extrêmement haute et engagée. C'est l'une des montagnes les plus difficiles de toutes les Alpes à gravir. C'est un granit qui se dégrade, avec beaucoup de rochers en équilibre. Il fait très froid, les journées sont plus courtes donc on est sûr d'y passer plus de temps, le moindre coup de vent est une épreuve. Pour réussir seul, il faut vraiment faire partie des meilleurs alpinistes», soutient Moulin.

Avec cette ascension inédite, Charles Dubouloz a remis sur le devant de la scène "le grand solo aventurier" dans les Alpes, qui faisait rêver dans les années 1990 et 2000 avant de passer en arrière plan au profit «des grandes cordées et des records de vitesse», selon Moulin.

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