Eau: une opération de colmatage de tuyau qui n’étonne plus

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Le conduit d’eau bouché avec un bout de bois par la CWA, à Wolmar.

Le conduit d’eau bouché avec un bout de bois par la CWA, à Wolmar.

Joe Lesjongard le reconnaissait lui-même lors de sa conférence de presse de samedi dernier. C’est un «contracteur» qui réparait les routes qui a endommagé une conduite principale d’eau à Vacoas et qui a causé une longue coupure d’eau. Un autre entrepreneur qui posait des tuyaux de la CWA s’amusait, lui, à causer des dégâts collatéraux aux routes.

À Wolmar, entre les hôtels Hilton et Sugar Beach, une grosse conduite d’eau  a été «réparée» à l’aide d’un morceau de bois. Nous ne savions pas qui a colmaté cette brèche. Étaient-ce les employés de la Central Water Authority (CWA), un de ses contracteurs ou un gentil habitant de l’endroit qui a bienveillamment fait de son mieux pour éviter un gaspillage d’eau. Nous avons posé la question à la CWA, hier matin. Qui nous a donné une explication plutôt effarante. «Ce sont bien les hommes de la CWA qui sont intervenus sur ce tuyau en question. Mais ce n’était pas une réparation car le trou a été fait par les employés de la CWA eux-mêmes.»

La CWA qui perce ellemême des conduites d’eau ? Surpris, nous avons voulu savoir pourquoi. Explications : «C’est pour éliminer l’air contenu dans le tuyau au cours d’un Air Release Exercise.» Est-ce la procédure normale à la CWA ? avons-nous demandé. Réponse de notre interlocuteur : «On a mis quelque chose de propre pour ne pas salir l’eau.» La CWA allait-elle laisser le bois dans le tuyau ? Hésitations, puis : «L’ordre vient d’être donné pour faire le nécessaire.» On ne sait pas si cela allait être fait si nous n’avions pas appelé la CWA et comment «le nécessaire» serait fait.

Lorsque nous avons demandé à un ancien directeur de la CWA ce qu’il pense de cette drôle de procédure de la CWA, il nous a répondu : «Laissez-moi d’abord rire un bon coup.» Pour ensuite se remettre à parler. «Il ne faut pas être ingénieur pour constater que le travail a été bâclé. C’est malheureusement ainsi partout dans le pays : les routes, les hôpitaux, etc.»

Un ancien ingénieur de la CWA trouve, lui aussi, le système D employé plutôt expéditif. «Normalement, on évacue l’air en ouvrant les soupapes (Air Valves) installées un peu partout notamment à des endroits élevés où de l’air tend à s’accumuler. Je ne sais pas pourquoi il n’y en avait pas à cet endroit. Et s’il y a quand même des poches d’air, oui, parfois on perce le tuyau pour l’évacuer. Mais on doit le refermer à l’aide d’un bouchon indiqué pour le tuyau tout en sanglant le tuyau et le bouchon.»

Et utilise-t-on du bois, ramassé aux alentours ? «Si les réparateurs n’ont pas prévu d’apporter les pièces nécessaires, eh bien pour empêcher l’eau de jaillir, pourquoi pas un morceau de bois ou un bout de chiffon ! Mais c’est du temporaire, car l’objet pourrait à tout moment être expulsé par la pression d’eau, surtout lorsque le bois pourrira.» Or, il semble que ce morceau de bois y a été placé et laissé depuis plusieurs jours.

Du provisoire comme solution définitive ?

Les entrepreneurs qui bousillent les tuyaux et les routes

Joe Lesjongard a, samedi, mis toute la responsabilité des tuyaux endommagés de la CWA sur le dos des contracteurs et le ministre Bobby Hurreeram a blâmé les citoyens qui jettent des ordures dans les drains, causant ainsi des inondations. Mais qui est responsable à la fin ? N’est-ce pas ces mêmes ministres qui choisissent les entrepreneurs ? N’est-ce pas les autorités qui ne nettoient pas les drains et qui ne font rien pour décourager l’utilisation des bouteilles et autres produits en plastique ?

Le député travailliste et ingénieur Osman Mahomed souligne que tous les travaux effectués par les entrepreneurs privés sont supervisés par les ingénieurs de la CWA ou toute autre institution qui alloue le contrat. «Je suis surpris par la déclaration du ministre Lesjongard.» Le député travailliste nous rappelle la rupture par un contracteur maladroit de conduites d’eau potable et d’eaux usées à la rue Lepneuveu, à Port-Louis, en 2016. «Les eaux usées ont infiltré l’eau potable et les habitants ont pu voir des particules d’excréments dans l’eau du robinet. C’est une affaire extrêmement grave qui peut provoquer des maladies et même des décès.»

Mais pourquoi autant de fracas ? Selon nos renseignements, ces dégâts collatéraux sont surtout causés par les pelleteuses et autres machines utilisées par les contracteurs au lieu d’avoir recours, quand il le faut, à des interventions manuelles, qui coûtent certes plus cher. Encore une fois, Osman Mahomed nous dira que normalement, les travaux doivent être effectués selon la méthodologie agréée dans le contrat et supervisés par les ingénieurs du gouvernement. «Par exemple, on ne peut pas creuser des routes avec un marteau-piqueur quand l’on sait que l’on risque d’endommager des conduites ou des lignes de téléphones.»

Selon un ingénieur du gouvernement, ce genre de dommages collatéraux est bon pour le business : moins de dépenses et des contrats à d’autres entrepreneurs privés. Pour réparer encore.

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