Covid-19: les visages derrière ces drames humains

Avec le soutien de
Raymond Utile, 70 ans et Anand Oodunt, 65 ans.

Raymond Utile, 70 ans et Anand Oodunt, 65 ans.

Partis trop tôt. Le Covid-19 a mis plusieurs soldats à terre. Ces personnes qui n’ont pu faire face à la pandémie étaient des frères, des sœurs, des mères ou des pères de famille...

Barkly perd Raymond Utile, alias Momon, 70 ans

Rien ne laissait présager qu’il ne rentrerait plus jamais chez lui après que le SAMU l’a transporté à l’hôpital Victoria, à Candos, le 18 novembre. Pourtant, selon sa fille Victoire, Raymond Utile, 70 ans, que tous appelaient avec affection Momon ou l’ami, était un battant, un guerrier qui s’est battu jusqu’au bout contre la maladie. La vie de la famille Utile a basculé le 11 novembre, quand mari et femme se sont rendus à l’hôpital Jeetoo. «Ma maman a commencé à avoir quelques symptômes, dont des faiblesses, alors que mon papa n’avait rien. Mais ils ont été tous deux testés positifs au virus.» Ils sont ensuite rentrés chez eux, à Barkly, pour entamer l’auto-isolement.

Ce n’est que deux ou trois jours après que Momon a commencé à tousser mais là encore, confie sa fille anéantie par son départ soudain, rien ne laissait penser que son père allait être emporte en moins d’une semaine. «Il avait eu du Panadol et des antibiotiques à l’hôpital mais comme son système immunitaire était au plus bas et qu’il ne mangeait pas très bien, on a fait appel à Médecins à domicile, qui a fait le suivi.» La victime, explique Victoire, n’avait pas aucune complication de santé, outre une tension basse et du cholestérol, pour lesquels il était suivi régulièrement.

Médecins à domicile lui a alors prescrit de nouveaux médicaments, fait des perfusions et administré du sérum mais a aussi demandé à la famille d’acheter une bonbonne d’oxygène. Chose qui a été faite. «L’état de santé de mon papa s’est amélioré mais ensuite, il n’a pas pu dormir pendant deux jours et il y a eu alors une baisse drastique dans son taux d’oxygène.» Le ministère de la Santé lui a alors expliqué qu’il fallait régulariser son taux d’oxygène pour éviter une détresse respiratoire et qu’il faudrait donc transférer Momon à l’hôpital.

«Mais là aussi, mon papa s’est battu. Il s’est assis à la maison avec la bonbonne d’oxygène et l’oxymètre et il essayait par lui-même de faire remonter son taux d’oxygène...» Vers 16 heures, le SAMU est venu le récupérer. Mais selon sa fille, le personnel lui a fait comprendre qu’il n’y avait pas de place à l’hôpital ENT. Après des démarches, une place s’est libérée à Candos. «Là aussi, mon papa a lutté, malgré une malformation au genou, il a descendu les escaliers et il est monté de lui-même sur la civière. Il était quelqu’un d’autonome, avait un fort caractère et était très généreux. Il a même fait un petit coucou aux voisins et un sourire avant de partir dans l’ambulance.»

Nous sommes alors le 18 novembre. De là, confie Victoire, aucun membre de la famille n’aura des nouvelles de Momon. «On nous a fait comprendre qu’il serait fort probablement intubé mais nous n’avons eu aucune communication de l’hôpital malgré nos nombreuses tentatives.» Le même soir, vers 23 heures, la famille a reçu un appel téléphonique pour leur dire que le sexagénaire avait rendu l’âme. Cause du décès : hypertension et pneumonie liée au Covid-19. «On ne sait pas ce qui a bien pu se passer pendant ces quelques heures. Seul Dieu le sait...»

Momon et son épouse sa femme étaient tous deux doublements vaccinés au Sinopharm et personne ne sait comment ils ont été contaminés car ils ne sortaient presque pas. Mais aussi dans leur rue, confie leur fille ainée, des nombreux voisins avaient contracté le virus avant eux.

Anand Oodunt, 65 ans, policier à la retraite s’est battu jusqu’à la fin...

Ce policier à la retraite depuis 2020 et qui comptait environ 44 ans dans la force policière s’en est allé dans la nuit du 19 novembre, des suites du Covid-19, alors qu’il était admis depuis cinq jours à la clinique Wellkin. Anand Oodunt, 65 ans, laisse derrière lui une famille meurtrie par la douleur immense d’avoir perdu un proche dans des telles conditions. Selon son fils ainé, Antish, c’est durant le weekend du 6 au 7 novembre que trois membres de la famille, soit son papa, sa maman et sa sœur, ont été testés positifs au virus. «C’est ma sœur qui a commencé à avoir en premier des symptômes. Ils ont alors fait leur test chez un médecin du privé. Mon test était lui négatif.»

Si durant les premiers semaines, l’état de santé de sa sœur n’était pas stable et qu’elle a eu des problèmes notamment à l’estomac et aux intestins. C’est le papa qui est par la suite tombé gravement malade. «Il avait besoin d’oxygène constamment.» Ils ont alors fait appel à Médecins à domicile mais comme son état ne s’améliorait pas, il a été transféré à l’hôpital SSRN. «Nous avons dans un premier temps approché la clinique Wellkin mais comme il n’y avait pas de place, il est resté un jour à l’hôpital du Nord. Une place s’est libérée à Wellkin, entre-temps et il a alors été transféré là-bas.» Il était alors le lundi 15 novembre. «Nous n’avons à aucun moment hésiter même si l’on savait que les soins seraient coûteux. Mais la vie d’un proche n’a pas de prix.»

D’ailleurs, affirme Antish, les médecins l’ont assuré que Wellkin offrait un bon traitement en ce qu’il s’agit des patients du Covid, soit le même traitement offert en Inde.

«Il a été directement placé aux soins intensifs le lundi et nous avons parlé par visio-conférence mardi et mercredi. Il nous disait qu’il allait bien. Il ne voulait pas nous inquiéter mais on savait qu’il n’était pas bien.» Jeudi, vu qu’Anand Oodunt nécessitait davantage d’oxygène, la décision a alors été prise qu’il soit placé sous respirateur artificiel.

Antish affirme avoir eu une lueur d’espoir vendredi en fin d’après-midi, quand les médecins lui ont téléphoné pour lui dire qu’il y avait eu une petite amélioration de la santé de son papa et que ses poumons étaient moins affectés mais le même soir, vers 22 h 30, l’ex policier est décédé. Doublement vacciné au Sinopharm, il n’avait pas de complications de santé majeures. Il laisse derrière lui, son épouse et deux enfants.

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