Maurice destination «à risque»: Décembre difficile pour les opérateurs

Avec le soutien de
17 738 touristes sont venus de France cette année.

17 738 touristes sont venus de France cette année.

La réouverture totale de nos frontières le 1er octobre était un défi ambitieux. Ravi de cette relance, le secteur du tourisme avait commencé à respirer. Voilà que deux mois après, la destination mauricienne se retrouve avec une épée de Damoclès.

En effet, plusieurs pays considèrent notre île «à risque». La France a placé Maurice dans une zone «rouge écarlate» après la crainte que le variant Omicron ne soit présent sur le sol. La Réunion a évidemment suivi le pas. D’autres pays, dont Madagascar et l’Arabie saoudite, ont suspendus les vols sur Maurice. Hier, l’Allemagne plaçait Maurice dans la catégorie «à haut risque” à partir d’aujourd’hui (5 décembre)*. L’Inde nous avait également mis sur liste rouge, mais a revu, vendredi, cette classification (voir encadré).

Il faut aussi rappeler que Maurice a fermé ses frontières avec l’Afrique du Sud dès la découverte d’Omicron. Si les restrictions des autres pays sont un coup dur pour le tourisme, la décision de la France, un de nos principaux marchés émetteurs, est celle qui fait le plus mal. En effet, les répercussions sur le tourisme risquent d’être très catastrophiques si Paris n’accepte pas de revoir sa copie. «La France étant un de nos principaux marchés, nous mesurons l’impact qu’aura cette décision à un moment où les réservations pour la fin de l’année étaient des plus prometteuses”, écrivent dans un communiqué commun, Nilen Vencadasmy et Jean-Michel Pitot, présidents du board de la Mauritius Tourism Promotion Authority(MTPA) et de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), respectivement.

Ensemble, ils exhortent le gouvernement français à revoir cette décision «le plus rapidement possible pour en minimiser l’impact sur une industrie dont dépendent un peu plus de 150 000 personnes, et qui se remet à peine sur ses pieds”. Lors d’une rencontre avec l’ambassadrice de France, Florence Caussé-Tissier, les représentants du comité public/privé sur le tourisme, accompagnés cette fois du CEO d’Airport Holdings Ltd, Ken Arian, ont réitéré «la situation intenable pour tous les opérateurs locaux si cette décision est maintenue». Sortirons-nous ou pas de la liste «rouge écarlate» ? Croisons les doigts car ce n’est que demain qu’une décision sera prise après la réunion du Conseil de défense sanitaire prévu à l’Elysée.

Certains observateurs se demandent si la posture de la France est une coïncidence ? Car, quelques jours après la déclaration du Premier ministre au Parlement quand il résumait, en deuxième lecture, les débats sur le Criminal Code (Amendment) Bill, la France place Maurice sur liste «rouge», qui devient ensuite «rouge écarlate» ? En effet, requinqué par l’écrasante victoire obtenue au niveau des instances internationales par rapport à nos revendications de souveraineté sur l’archipel des Chagos, Pravind Jugnauth déclare que le tour de la France par rapport au Tromelin ne saurait tarder. Le chef du gouvernement faisait clairement comprendre que la République de Maurice sous son mandat n’avait aucune intention de céder ses droits de souveraineté sur Tromelin.

Les mesures restrictives de la France sur Maurice sont inquiétantes. En effet, la haute saison touristique s’étale d’octobre à février et assure ainsi une importante rentrée de devises étrangères. Si en moyenne, 80 000 Français visitent l’île et que le coût moyen d’un séjour est estimé à 3 000 euros, à raison de Rs 49,38 l’euro, cela fait une rentrée de 240 millions d’euros (Rs 11, 8 milliards) dans les caisses de l’État. La décision de la France de placer Maurice en zone «rouge écarlate», est donc catastrophique pour les opérateurs touristiques. New Mauritius Hotels (NMH), même avec sa grosse clientèle sud-africaine, a subi des pertes de Rs 3,1 milliards pour l’année financière allant de juillet 2020 à juin 2021, donc avant la réouverture des frontières. Même si ses activités ont repris progressivement à partir du 15 juillet, au terme du 1er trimestre de 2021-2022, le groupe a subi des pertes après impôt de Rs 755 millions.

Avec ces restrictions de vols, les nuages qui s’amoncellent viennent assombrir un secteur qui commençait tout juste à se relever. De nombreux opérateurs touristiques appréhendent ce mois de décembre. «C’est certain qu’il y aura plus d’impact que le marché sud-africain. La France est un de nos marchés émetteurs. On ne s’attendait pas à ça», lâche un tour opérateur, dépité. Selon lui, le manque à gagner dans les hôtels est de plus de Rs 30 millions. «Si on regroupe tous les opérateurs touristiques, ce sera un gros manque à gagner.» S’il affirme qu’il n’y a pas d’annulations, il dit attendre la décision de la France. «On ne sait pas jusqu’à quand ça va durer. On attend. Il faut savoir que la France est aussi un hub pour de nombreux marchés, notamment Londres, la Russie. Si la France maintient ses restrictions, cela aura un impact sur toute l’Europe.» Selon notre interlocuteur, décembre est le mois où les hôtels sont remplis. «Il y aura un trou qu’il sera difficile de combler avec d’autres marchés. Il n’y en aura pas. Personne ne pourra émettre une stratégie. Il faut juste essayer de repousser la réservation mais pas l’annuler.»

Marge très minime

Un hôtelier de luxe explique que certains hôtels 3- et 4-étoiles dépendent du marché français. «Ce sera difficile pour eux. Ils sont ceux dans l’incertitude. Les autres pourront s’en sortir. Par exemple, les hôtels 5-étoiles accueillent les touristes français et anglais.» En effet, il explique que les marchés anglais et français prédominent à Maurice. «Les tours opérateurs ne savent pas trop s’il faut annuler pour la période festive (NdlR : Noël et Nouvel An). Tout va dépendre de ce qui se passe après le 15 décembre. On espère passer en zone orange pour que les touristes français reviennent.» Notre source explique qu’avec Omicron, l’hôtel a enregistré 25 % d’annulations.

Du côté des marchands de plage, le président de la Federation of All Beach Hawkers, Joomeet Aubeeluck, dit dépendre majoritairement des touristes français, réunionnais et sud-africains. «Avec toutes ces restrictions, beaucoup de réservations ont été annulées. Il y a moins de clients. On ne travaille pas comme avant.» Même si les hôtels ciblent des Mauriciens, il affirme que la marge de profits des marchands de plage sont très minimes. «En décembre nous travaillons pour le 13e mois. L’hiver, il n’y a pas travail. Nous nous rattrapons de novembre à février. Nous sommes en train de perdre 80 % pendant ce mois de décembre.»

Le président des tour-opérateurs, Ajay Jhurry, estime que si la France maintient la classification «rouge écarlate» pour Maurice, le pays a du souci à se faire. «Il faut suivre la tendance d’autres pays d’Europe. Si d’autres pays emboîtent le pas de la France, ce sera 100 % d’annulations. Si c’est uniquement la France qui maintient les restrictions, c’est 50 % d’annulations au minimum.» Y-a-t-il une incohérence que Maurice ferme ses frontières à l’Afrique du Sud mais se démène pour sortir de la liste «rouge écarlate» de Paris ? À cela, il répond que le gouvernement mauricien devrait revoir sa décision sur l’Afrique du Sud. «Il faut suivre la situation de près. Si le variant Omicron est présent dans d’autres pays, comme l’Europe de l’Est et qu’il n’y a pas de restrictions sur Maurice et qu’on continue à les accueillir, il nous faudrait revoir notre décision sur l’Afrique du Sud.» En attendant, les opérateurs touristiques croisent les doigts pour que la France ne reste pas insensible à leurs cris de détresse.

*En Allemagne, les voyageurs doivent présenter un test PCR à l’arrivée. Un autre test pourrait être recommandé par les autorités de santé allemandes à l’aéroport ou au lieu d’auto-isolement/ quarantaine, qui durera 14 jours pour passagers vaccinés ou guéris.

L’Inde revoit son protocole de voyage pour les mauriciens

Dans une circulaire émise vendredi et adressée aux agences de voyage, il est écrit que Maurice est sorti de la liste rouge de l’Inde. Par conséquent, des mesures ont été établies pour les vols entre Maurice et la Grande péninsule. Tous les passagers débarquant à Mumbai devront faire un test PCR et attendre le résultat à l’aéroport. Les passagers devront être en auto-isolement pour sept jours, faire un autre test le 8e jour. Si le résultat est négatif, il faudra surveiller leur état de santé pendant les sept prochains jours.

Publicité
Publicité
e-brochures.mu logo

Retrouvez les meilleurs deals de vos enseignes préférées.

e-brochures.mu icon
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
Suivez le meilleur de
l'actualité à l'île Maurice

Inscrivez-vous à la newsletter pour le meilleur de l'info

OK
Pour prévenir tout abus, nous exigeons que vous confirmiez votre abonnement

Plus tardNe plus afficher

x