25 ans de PILS│VIH: la transmission sexuelle et le rajeunissement des patients perdurent

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Selon l’association PILS, une soixantaine de nouveaux cas de VIH sont détectés chez les jeunes de 15 à 24 ans.

Selon l’association PILS, une soixantaine de nouveaux cas de VIH sont détectés chez les jeunes de 15 à 24 ans.

Le mercredi 1er décembre, c’était la journée mondiale de la lutte contre le sida. Une date marquant également les 25 ans de l’association PILS. Hélas, la contamination par voie sexuelle persiste face au refus du préservatif de beaucoup d’hommes. Parallèlement, les jeunes sont devenus plus vulnérables à la transmission du virus. Pourquoi ? Explications.

«En 2021, plus de 5 000 personnes ignorent toujours leur statut sérologique sur les 14 000 personnes estimées qui vivent avec le VIH. De plus, elles ne peuvent être initiées au traitement antirétroviral et protéger leur partenaire», souligne l’organisation Prévention Information et Lutte contre le sida (PILS) dans un dossier compilé pour la journée mondiale célébrée le 1er décembre. Malgré les avancées de la recherche et de la lutte contre le sida, le constat est loin d’être réjouissant à Maurice, affirme-t-elle.

Depuis 2016, les nouvelles contaminations sont reparties à la hausse, en dépit d’une légère baisse en 2020, liée probablement à une baisse du nombre de tests effectués, Covid-19 oblige. Pire : ces dix dernières années, les nouvelles contaminations sont plus élevées chez les jeunes de 15 à 39 ans, avec 62 % de nouveaux cas. En moyenne, une soixantaine de nouveaux cas de VIH chez les jeunes de 15 à 24 ans sont enregistrés. Pour PILS, cette population ne semble pas être bien informée sur le VIH et les infections sexuellement transmissibles, ni les différents outils de prévention existants. «Il est nécessaire de renforcer la prévention auprès de ce public qui est actif sexuellement de plus en plus tôt. Il faut revoir la qualité de l’éducation sexuelle sur le plan national et les discours tenus sur ses sujets. Il faut être là où sont les jeunes, les informer, les rencontrer et échanger avec elles et eux», précise PILS.

Cindy Hurdoyal, représentante des populations clés sur le Country Coordinating Mechanism du Fonds mondial, qui recueille les doléances des individus pour le Harm Reduction Committee, abonde dans ce sens. «Mon constat sur le terrain est que la prise de conscience se fait sur l’usage de seringues pour une bonne partie des toxicomanes par voie intraveineuse. Ces derniers disposent des informations et tâchent de les appliquer. Mais le problème fondamental que j’ai pu voir dans la pratique demeure celui de la transmission du sida par voie sexuelle. Beaucoup d’hommes sont réfractaires au préservatif, surtout les jeunes», confie-t-elle. Le tabou persiste et notamment auprès des jeunes générations. Elle confirme le rajeunissement des patients séropositifs. À cela, se greffent l’exclusion sociale, la stigmatisation, la précarité et la discrimination des personnes vivant avec le VIH, selon PILS. Un combat incessant pour faire fléchir la courbe des contaminations, indiquent les travailleurs sociaux. Brigitte Michel, coordinatrice de l’association Aide, Infos, Liberté, Espoir et Solidarité (AILES), constate que davantage de jeunes femmes sont infectées. «Auparavant, on avait très peu de Mauriciennes contaminées mais depuis 2020 et 2021, on voit une augmentation dans les jeunes générations. Définitivement, on observe une féminisation», constate-t-elle.

Une des stratégies est le dépistage régional. Ainsi, du 22 au 27 novembre, PILS en a organisé à Chebel, Rivière-des-Anguilles et Riambel. «Nous avons eu quelques cas de VIH et de syphilis réactif. Cela signifie pour nous qu’il faut redoubler les actions de dépistage plus ciblées», indique l’association. Ayant également organisé des dépistages dans d’autres localités, Brigitte Michel confirme que les cas de syphilis et d’hépatite C explosent. «La stratégie est de dépister tout le monde car beaucoup de gens ne viennent pas se faire tester et n’adhèrent pas aux traitements. La stigmatisation joue encore hélas à ce détriment», explique-t-elle.

D’autres activités pour 2022 sont prévues par PILS. Ceci inclut de nouveaux services sur la hotline 8999 ainsi qu’un projet de clinique de santé sexuelle au centre Nou Vi La pour offrir des services innovants dans un cadre de non-jugement et de soutien, entre autres. «De plus, avec une hausse des cas de syphilis, qui est passée d’une centaine en 2010 à 2 400 cas en 2019 et 2020, la clinique de santé sexuelle devient une urgence», soutient l’association. Après le dépistage du sida, de la syphilis et de l’hépatite C, il est impératif d’assurer le suivi, insiste Brigitte Michel. «On ne peut pas dépister quelqu’un puis le laisser en plan. La personne ne nous fera plus confiance. L’encadrement est vital pour que la personne soit traitée au plus vite et puisse continuer sa vie», conclut-elle.

Wendy, séropositive : «Il ne faut jamais baisser les bras»

Sa vie aurait pu basculer. Mais elle a choisi d’affronter la maladie. Wendy, maman de deux enfants, est séropositive. Une réalité qu’elle a bravée peu après avoir découvert que son époux s’injectait de la drogue à son insu. Très disciplinée dans son traitement, elle veut soutenir d’autres patients pour qu’ils n’abandonnent pas le combat. «Mon mari s’injectait de la drogue en cachette. Cela a duré des années. À chaque fois, il me disait que son bras enflait ou qu’il avait été piqué par des abeilles. Je ne me doutais de rien au début. Mais cette fréquence éveillait mes soupçons. Je l’ai confronté à cela en lui indiquant que si cela s’avère, je quitterai la maison avec les enfants. Il a tout nié en bloc», raconte Wendy, âgée d’une trentaine d’années et mère de deux enfants de neuf et quatre ans. Cette employée de maison se rend vite compte qu’il n’y a pas que ce fléau qui s’est infiltré dans sa vie quand elle apprend qu’elle est séropositive. «Un jour, je suis passée devant un centre de dépistage par hasard. Les officiers m’ont encouragée à faire un test rapide puisque mon époux consommait de la drogue par voie intraveineuse. J’y ai donc adhéré», déclare-t-elle.

Le résultat tombe : la jeune femme est porteuse du VIH. Face à cela, elle garde son calme et tâche de se focaliser sur le plus important: le traitement. «J’avais été contaminée par mon époux mais je ne me suis pas emportée. Je ne l’ai pas pris comme une fatalité. Contre lui, je ne ressentais pas de colère. On m’a donc canalisée vers un centre de traitement à Candos pour des tests plus approfondis qui se sont révélés positifs au sida», relate notre interlocutrice. Elle commence un traitement et après deux semaines, elle refait des analyses qui montrent que les soins sont efficaces. Wendy enchaîne avec ses médicaments et ne révèle rien sur sa séropositivité à son mari, ni à sa famille.

Aucun effet secondaire ne survient, ce qui renchérit sa motivation à poursuivre le traitement. Alors qu’elle se rend à une association de soutien, les responsables proposent à son conjoint de se faire dépister, mais sans succès. Finalement, lorsque ces derniers arrivent dans la communauté pour effectuer des tests de routine, son époux accepte. Malheureusement, le sien est positif, ce qui provoque chez lui une onde de choc. «Il s’est mis à pleurer et m’a demandé pardon. Il a alors commencé un traitement médical. Mais, comme il continuait à se droguer, celui-ci ne marchait pas. Après quelques mois, mon mari est décédé», poursuit notre interlocutrice.

Après cette douloureuse perte, Wendy continue son combat. Pour ses deux enfants mais aussi pour la vie. «Il ne faut jamais baisser les bras. Des dépistages ont été effectués sur mes enfants et heureusement, ils ne sont pas porteurs du VIH. J’ai aussi pu refaire ma vie avec un conjoint qui est au courant de ma séropositivité et qui m’accepte comme je suis. On se protège toujours», confie-t-elle. D’ailleurs, grâce à sa combativité et sa discipline dans le traitement, son taux de CD4 qui était à 350 au début de sa contamination est désormais à 1 884 et sa charge virale est indétectable, ce qui est une bonne nouvelle. En fait, ce taux se situe normalement entre 500 et 1 200 pour les personnes séronégatives.

Pour elle, il est primordial que tout patient séropositif soit soutenu par ses proches si ces derniers sont au courant de sa maladie. Cet encadrement constituera alors un maillon fort du traitement. Elle entend d’ailleurs aider ces patients à continuer le combat. «Il ne faut pas manquer ses horaires de prise des médicaments. Où que j’aille, j’emporte mes comprimés. On lutte toujours avec la maladie. Mais je suis heureuse désormais. Je vis bien avec mon conjoint et mes enfants», conclut-elle.

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