La dépréciation de la roupie sauve la BoM

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Sujet de polémique en 2020 et 2021, la contribution oneoff de Rs 60 milliards de la BoM à l’État refait surface. En cause, l’entrée comptable de ce montant dans le bilan financier de la BoM au 30 juin 2021. 

Pour le moment, le rapport annuel n’a pas été rendu public bien que statutairement, il aurait dû être déposé au bureau du ministre des Finances dans les trois mois suivant la clôture du compte. Toutefois, les premiers chiffres puisant de son rapport annuel et fuités par le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, samedi dernier, à la presse, laissent entrevoir des réserves de Rs 3 milliards contre Rs 43 milliards pour la même période en 2020. Une baisse qui choque les esprits : près de 93 %. 

Une lecture des chiffres circulés de ce bilan financier, audité par le cabinet KPMG, montre qu’il n’y a pas mille raisons. C’est à cause du «written-off» de cette contribution de l’État par la BoM, à travers son Special Reserve Fund (SRF), que les réserves de cette institution bancaire ont été réduites comme peau de chagrin. Le SPF, rappelons-le, évolue en fonction de tout gain ou perte réalisée au cours d’un exercice financier de la Banque centrale suivant l’évaluation de ses actifs ou passifs. 

Les premiers chiffres du rapport annuel de la BoM et fuités par le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, montrent des réserves de Rs 3 milliards contre Rs 43 milliards pour la même période en 2020.

Dans le cas présent, c’est un montant de Rs 55 milliards qui a été puisé des réserves de la BoM, soit Rs 3 milliards de son General Reserve Fund et la différence du SRF, alors que les Rs 5 milliards restantes de la contribution de Rs 60 milliards ont été traitées comme les «financial assets held at amortised cost» et seront éventuellement réglées, selon la BoM. 

Il est évident, selon les spécialistes financiers, que sans les interventions répétées de la BoM sur le marché du forex pour déprécier constamment la roupie, une moyenne de 20 % ces derniers mois, le SRF aurait été négatif et nécessiterait du coup la capitalisation de l’État. 

Au 30 juin 2021, le SRF combiné aux fonds propres de Rs 10 milliards de la BoM s’élevait à Rs 12,5 milliards, ce qui confirme que l’exercice de dépréciation de la roupie a engrangé de facto des gains de Rs 22 milliards. Or, là où le bât blesse, et divise d’ailleurs les experts, est que ces revenus gonflant les capitaux nets de la banque émanent d’une simple entrée comptable et ne relève pas d’une injection de fonds propres. «Il est clair qu’aujourd’hui, la Banque de Maurice n’a recours qu’à l‘outil de la dépréciation pour gonfler ses réserves alors qu’il existe une panoplie de services financièrement rémunérateurs qui peuvent potentiellement aider l’institution à cette fin», souligne un analyste financier. 

Toujours est-il que le compte audité de la BoM montre des actifs totalisant Rs 424 milliards, en hausse de plus de 31 % par rapport à 2020 quand ils étaient de Rs 323 milliards. Une hausse qui s’explique par les Rs 80 milliards de la Mauritius Investment Corporation qui a fait provision du reste pour Rs 71,8 milliards dans l’exercice financier de 2021, la différence étant le montant déboursé pour financer les sociétés systémiques à cette période. 

Quant à sa profitabilité sur la base de l’évaluation de ses actifs et passifs, la BoM a enregistré pour la période une baisse des bénéfices nets, soit Rs 23 milliards contre Rs 35 milliards l’année dernière. Des milliards de roupies qui ne sont que sur papier…

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