Une fiction inspirée de Kaya offre à Sharon Paul le Prix Indianocéanie

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Notre compatriote Sharon Paul séduit toute la région. Elle est la lauréate de la troisième édition du Prix Indianocéanie, organisé par la Commission de l’océan Indien. Son roman, «Le Cantique du rasta», tout en subtilités, est inspiré du vécu de Kaya.

Nas a 30 ans. Il vit à Rosbwa. Maçon, il a pour passion le chant. Un jour, un autre musicien respecté de la région le remarque. La voix exceptionnelle de Nas, qui chante du seggae, ne passe pas inaperçue. Le chanteur devient vite connu. Cela vous rappelle quelqu’un ? 

Le roman, Le Cantique du rasta de notre compatriote Sharon Paul est le grand gagnant du prix Indianocéanie 2021, concours d’écriture organisé par la Commission de l’océan Indien (COI). La remise de prix s’est tenue le jeudi 25 novembre à La Réunion, à la Villa du Département, à l’occasion du Conseil extraordinaire des ministres de la COI. Ce livre est paru aux éditions l’Atelier des Nomades. Il est disponible en librairie. 

Le Cantique du rasta est le tout premier livre de Sharon Paul. «Je ne réalise toujours pas que je suis la gagnante de ce concours», explique-t-elle. Jusqu’ici inconnue du grand public, Sharon Paul, s’est inspirée de la vie du chanteur Kaya, décédé en prison en février 1999, pour donner vie au roman. 

Nas chante des paroles fortes et profondes. Il a la certitude que cette musique réveillera «son peuple» trop longtemps muré dans le silence. Un peuple d’oubliés et de sans-voix. Mais cela n’est pas pour plaire à certains. Lors d’un concert, où Nas ose fumer l’herbe magique interdite sur scène, il est arrêté. La nouvelle de sa mort parvient bientôt à ses proches. Rosbwa se reveille. Il y aura des émeutes dans le pays. 

Inévitablement ces faits nous rappellent février 1999 et les événements survenus après le décès du chanteur Kaya en prison. Mais si ces événements ont bien eu lieu, Le Cantique du rasta reste une fiction. «Je me suis inspirée de l’histoire de Kaya, car je suis l’une de ses fans, mais j’ai brodé autour. Nous sommes souvent à la recherche de prophètes, nous nous disons qu’ils n’existent plus, mais je pense que Kaya a été un prophète pour notre île. Il s’est battu pour ses idées», souligne l’auteure. 

Si dans Le cantique du rasta on revit, dans les grandes lignes, la vie de Kaya, en filigrane l’auteure va plus loin et souligne les maux du pays. Elle raconte un pays divisé où les descendants d’esclaves vivent dans un semblant de liberté. «Ce peuple ne porte pas la même appellation que les groupes. Dans les documents officiels, les Créoles font partie de la population générale. Le terme créole désigne tellement de choses… mais sur cette île, les créoles étaient surtout 'eux', par opposition au 'nous'», écrit l’auteure. «Je suis ce que l’on appelle une créole-chinoise. Mon père est chinois et ma mère créole. J’ai donc baigné dans ces deux cultures. Je suis très sensible à la cause des créoles à Maurice, à la manière dont on les traite et à leur avenir qui est déjà tracé dès la naissance. Je suis contre l’injustice», avance Sharon Paul. 

Outre la cause des créoles, Sharon Paul dénonce aussi la vie dans les cités. Ce lieu oublié «où on les avait entassés les uns sur les autres» et où la drogue synthétique, l’héroïne et la prostitution prolifèrent. Les maisons y sont tellement collées les unes aux autres que tous les sons et les odeurs s’y mêlent. Même les «karapat» sucent aussi bien le sang des chiens que des humains. «Ayant habité à Beau-Bassin, je passais souvent devant la cité Barkly. J’ai vu qu’il y avait un mur, j’en ai vu de même à Roche- Bois, c’est comme-ci on a érigé un mur entre ces habitants et les autres. J’ai toujours été frappée par cela», dit-elle. En contraste, aux gens des cités, Sharon Paul, dans son livre, parle des rastas de Chamarel, ceux qui ont su prendre leur destinée en main et qui s’alignent comme une note d’espoir. D’autres thèmes tels que la trahison ou encore la corruption en politique sont également abordés dans le livre. Le Cantique du rasta est un roman plein de subtilités. Il convient aux lecteurs de lire entre les lignes. Toutefois, les messages y sont puissants.

Sharon Paul en quelques mots 

L’auteure a 29 ans. Si elle habite aujourd’hui Mont Choisy, elle est née et à grandi à Beau-Bassin. Mariée à Xavier Paul depuis l’année dernière, Sharon Paul travaille pour une compagnie d’assurances et est gestionnaire de fonds de pension. Il y a trois ans, elle a repris ses études à l’Open University of Mauritius. Elle est désormais diplômée en lettres. Sa passion pour la lecture est née depuis son enfance. «C’est mon père qui m’a initiée à la lecture. C’est lui qui m’a emmenée pour la première fois à la bibliothèque», raconte-t-elle. A l’adolescence, elle se met à écrire, mais ne partage pas ses écrits. En voyant l’appel à candidature pour le prix Indianocéanie elle a voulu tenter sa chance. La suite a montré qu’elle a eu raison. Sharon Paul ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «J’ai plein d’histories et d’idées en tête, ce prix m’encourage à aller de l’avant».

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