Petite-Julie: ces arbres qu’on massacre… encore

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Les arbres déjà abattus et les arbres sacrifiés, hier à Petite-Julie.

Les arbres déjà abattus et les arbres sacrifiés, hier à Petite-Julie.

Une des plus belles routes du pays, encore verdoyante et ombragée, est le théâtre d’un nouveau massacre à la tronçonneuse. Une internaute habitant dans la région a alerté l’opinion publique, alors qu’aucun ministère n’a émis de communiqué pour avertir de ces abattages d’arbres à Petite-Julie. Et le Premier ministre qui se vante de planter à la COP26

La route B 21 de Pamplemousses vers Flacq est probablement la plus jolie du pays car bordée de terminalias majestueux dont les branches recouvrent le chemin, faisant penser aux belles avenues européennes. La route figure même dans des publicités touristiques… Entre Villebague et la route de la Nicolière, à Petite-Julie, on se sentait respirer.

Mais voilà, encore une fois, que les tronçonneuses ont commencé leur travail de destruction. Pourquoi coupe-t-on ces arbres âgés de plus de 60 ans ? Au ministère de l’Environnement, on nous parle d’arbres qui empiètent dangereusement sur les réserves routières. Avant de nous renvoyer à la Road Development Authority (RDA) et au départe ment des Bois et Forêts pour plus de précisions. Personne ne répond dans ce dernier département. À la RDA, un officier nous explique le danger que représentent certains de ces arbres pour les usagers de la route. Et de nous renvoyer au ministère des Infrastructures nationales pour plus d’éclaircissements.

Termites

Au ministère des Infrastructures nationales, on nous fait savoir que des termites ont rongé ces arbres qui sont une menace et que beaucoup d’habitants s’en sont plaints auprès du ministère. «Mais pourquoi les autorités ne s’en sont-ils pas occupées avant ?» se demande un habitant de la région. «S’il faut abattre tous les arbres qui sont pris d’assaut par les termites au lieu de les protéger, c’est trop facile.» Pour la députée Joanna Bérenger, alors que l’on parle de planter des arbres à la COP26, «l’on massacre à la tronçonneuse de beaux arbres qui ont pris des années à pousser et à donner de l’ombre et de la beauté.»

Négligence coupable

Selon un expert, le fait d’avoir laissé ces arbres à la merci des termites est d’une négligence coupable puisque, normalement, cela prend des années pour arriver à une telle situation. Pour Vincent Florens, Associate Professor à l’université de Maurice, «les orifices ont permis aux termites et même aux champignons de proliférer à l’intérieur». Il ajoute qu’avec ces ouvertures, l’arbre est aussi attaqué par d’autres éléments, notamment l’eau. Il reconnaît que c’est très difficile de surveiller les at- taques de termites. «Cependant, souligne-t-il, il faudra penser à replanter des terminalias endémiques qui résistent mieux au vent, aux cyclones et aux termites.» Pour lui, même le niveau atteint par les dégâts où le tronc est évidé n’empêche pas les arbres de survivre comme ils le font en forêt.

Voilà comment c’était avant…

Mais on n’est pas dans ce milieu. «Pourquoi ne pas détourner les routes et laisser ces arbres tranquilles ?» se demande Joanna Bérenger. «Le gouvernement est content quand il faut construire des routes.» Ainsi, les brochures touristiques pourraient toujours montrer ces arbres et même ajouter que les autorités ont préféré détourner la route au lieu d’abattre ces beaux arbres. Ça fera son effet à la prochaine COP, ajoute-t-elle.

Termites, branches dangereuses, racines baladeuses. Toutes ces raisons contradictoires poussent certains à penser qu’il y a anguille ou termite sous roche. Nous avons posé quelques questions et un fonctionnaire nous dira qu’il est d’avis que ces arbres sont abattus pour faire place aux drains. Selon lui, «il y a Rs 10 milliards à investir dans ce vaste projet de construction de drains et aucun arbre ne pourra empêcher ce gros business de bétonnage».

600 000 plantes prévues sur l’autoroute, les écologistes sceptiques

Après les deux milliards d’arbres de l’ancien ministre de l’Environnement, Raj Dayal, une autre annonce promet de rapprocher l’autoroute de la nature. Vendredi dernier, lors du Conseil des ministres, il a été décidé de mettre en terre 
600 000 plantes entre l’aéroport SSR et Grand-Baie. 

Un «Masterplan Report on the Greening and Embellishment along the Motorways M1 and M2» préconise des subdivisions sur les 69,4 km disponibles pour réaliser ce projet. Il y aura des subdivisions en 32 segments sur ce tracé. 

Ces plantes devront être intégrées à des projets de drains et d’aménagement paysager. Une Operational Landscape Unit sera créée pour s’occuper de l’aspect paysagiste. Le but est de choisir les plantes résistant aux maladies, entre autres. À noter qu’après l’annonce initiale de 2 milliards d’arbres, Raj Dayal s’était ravisé en parlant de 100 000 plantes. Pour les 600 000 arbres et arbustes, aucune échéance n’a été fixée. Cela va-t-il suffire à l’échelle de la planète ? Ce sont des mesures cosmétiques, s’insurgent plusieurs observateurs. 

Platform Moris Lanvironnman monte au créneau. «D’un côté, des centaines d’arbres matures sont coupés pour la construction de routes, autoroutes, parkings et pour le Metro Express et, de l’autre, la priorité semble d’embellir et de verdir 70 km d’autoroute. Où est ce Master Plan préparé avec de l’argent public, d’ailleurs, alors qu’on attend toujours le National Master Plan for the Environment 2020-2030 ? Dans quelle mesure contribue-t-il à un plan d’ensemble cohérent et holistique d’atténuation et d’adaptation au changement climatique ? Quel est le ratio plantules d’arbres, arbustes et couvre-sols, et de soft landscaping et hard landscaping, c’est-à-dire drains, trottoirs, etc. ?», s’interroge Adi Teelock de PML. 

Par le passé, des initiatives pour embellir l’autoroute se sont soldées par un échec faute d’entretien et de plantes adaptées.

Rs 300 millions d’arbres… et de fleurs saisonnières

L’annonce par le Premier Ministre à la COP26 de (re)planter des arbres partout dans l’île a fait un grand effet. Effet d’annonce ? Plutôt, puisque l’on apprend que ces Rs 300 millions incluent l’achat de fleurs saisonnières. Si les fleurs sont tout aussi belles, il faudra en replanter à chaque saison, nous dit un haut fonctionnaire. «Et les entretenir.» Justement, il nous invite à faire un tour au parc d’Ébène où les arbres se meurent. Nous y reviendrons.

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