COP 26: un échec à la hauteur des espérances

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«Une montagne qui a accouché d’une souris.» C’est ainsi que la patronne du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Inger Anderson, résume la COP26 de Glasgow, jugée comme un échec par plusieurs personnalités politiques. Le bilan est sans appel: l’accord adopté samedi soir est insuffisant pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 ˚C, les demandes de financement des pays – dont Maurice – qui en subiront les conséquences ont été ignorées et finalement, les promesses d’éliminer les énergies fossiles ont été amenuisées.

La déception et la colère de Greta Thunberg

L’égérie du mouvement mondial des jeunes pour le climat, Greta Thunberg, n’a pas mâché ses mots sur les réseaux sociaux, dénonçant «un tsunami de greenwashing» pour tenter de faire passer ce Pacte de Glasgow pour un «pas dans la bonne direction». Avec l’adoption de ce texte final, la militante suédoise, furieuse, a déploré que la conférence se soit résumée à du «bla, bla, bla, bla» reprenant les accusations qu’elle avait formulées aux dirigeants du monde. «Le vrai travail continue en dehors de ces salles. Et nous n’abandonnerons jamais, jamais», a-t-elle martelé.

La Chine et les USA s’allient pour la première fois

À deux jours de la fin de la conférence, la Chine et les États-Unis, qui sont les deux premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, ont conclu un accord surprise. Le but de cet accord est de renforcer l’action climatique. Les deux puissances mondiales se sont engagées, en dépit des tensions mais sans détails précis, à «prendre des mesures renforcées pour relever les ambitions pendant les années 2020» et par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris. Pour Sunil Dowarkasing, cet accord est l’un des aspects positifs émanant de la COP26 car il s’agit des deux plus gros pollueurs du monde qui sont parvenus à trouver un accord après avoir accumulé une trentaine de réunions virtuelles.

Le «pacte climatique de Glasgow» adopté

Samedi soir, la conférence des États parties à la conférence des Nations unies sur le changement climatique, à Glasgow, s’est achevée sur une ultime reculade, malgré une prolongation des discussions au-delà de l’échéance de vendredi. Après deux semaines d’intenses négociations, il n’y a pas eu de sursaut pour limiter les conséquences déjà désastreuses du changement climatique. 197 pays réunis en Écosse ont toutefois adopté un «pacte climatique de Glasgow», un accord a minima destiné à accélérer la lutte contre le réchauffement climatique. Seul hic, ce pacte n’assure en aucun cas de le contenir à 1,5 ˚C. Au contraire. Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), le monde se dirige vers un réchauffement de 2,7 ˚C par rapport à l’ère préindustrielle, 2,4 ˚C d’ici 2030 si les États membres respectent leurs engagements. Ces derniers sont d’ailleurs appelés à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l’accord de Paris, et ce, dès l’année prochaine, mais les ONG ont mis en doute les ambitions réelles du texte.

Sunil Dowarkasing, cadre chez Greenpeace, rappelle que l’objectif pré-COP-26 était de s’engager à réduire les émissions de carbone de 55-58 % du taux établi en 2020 d’ici 2030. Sauf que selon les contributions déterminées au niveau national en vertu de l’Accord de Paris et le Climate Tracker, une réduction de 10-15 % seulement sera attendue

Shaama Sandoyea, activiste pour le climat : «Nous ne pouvons plus compter sur les dirigeants»

La COP26 est un échec total, ce n’est un secret pour personne. La COP est, de manière générale, un espace où les résultats scientifiques et les demandes de la société civile sont traduits en stratégie et engagement politique avec une ambition positive pour le climat. Cette fois-ci, cet espace a été monopolisé par les multinationales, par les pollueurs et a exclu la société civile tout en ignorant le cri des scientifiques. Nous sommes à un point où nous devons cesser d’utiliser le charbon, l’huile lourde et le gaz, mais les décideurs ont choisi autrement. Ils ne sont pas du côté de la science, ils ne sont pas du côté du peuple ni sont-ils du côté de la planète. C’est scandaleux, mais les dirigeants, dont le Premier ministre mauricien qui a osé venir de l’avant avec un projet de loi pour extraire du pétrole de nos eaux, n’ont pas le courage de faire ce qui est nécessaire pour la société et la planète. Nous ne pouvons plus compter sur eux mais sur nous-mêmes, tout en ayant en tête que la responsabilité de nous protéger face à la crise climatique est, bien sûr, la leur. 

Les «promesses creuses» dénoncées par Guterres 

António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a dénoncé les promesses qui «sonnent creux» malgré des «signes encourageants». Après l’adoption du Pacte de Glasgow, il a déclaré que le bilan était un compromis et reflétait les contradictions dans le monde. «C’est un pas important mais pas suffisant.» Le secrétaire général de l’ONU a notamment présenté ses excuses aux jeunes, aux communautés indigènes, aux femmes leaders et à tous ceux qui militent pour le climat. «Je suis conscient du fait que vous devez être déçus. Mais nous sommes tous impliqués dans ce combat. Ne laissez pas tomber. Ne renoncez jamais. Continuez à avancer. Je suis avec vous.»

 Les PEID et les pays vulnérables aux oubliettes

C’est l’une des plus grandes déceptions. Malgré tous leurs efforts, les pays vulnérables et les États insulaires n’ont pas obtenu le mécanisme de dédommagement qui leur est promis depuis des années. Les promesses des pays riches de verser 100 milliards de dollars par année dès 2020 sont restées creuses. Le texte final ne mentionne même pas les pertes et dommages des pays qui ont souffert des dommages irréversibles liés aux changements climatiques. Les pays développés s’y sont fermement opposés, poussant les pays pauvres à céder à contrecœur. «C’est une insulte aux millions de personnes dont les vies sont ravagées par la crise climatique», a martelé Teresa Anderson, de l’ONG ActionAid International.  

L’Inde endosse le rôle du méchant

Des changements de dernière minute ont été introduits par l’Inde sur la question des énergies fossiles. Le délégué de New Delhi a réclamé une nouvelle formulation sur la question des énergies fossiles et a défendu le droit à un «usage responsable» de ces énergies. Dans le texte initial, il était question que les États renoncent au charbon alors que l’Inde a proposé de plutôt «réduire» le recours au charbon, principal responsable du réchauffement climatique. Une proposition de dernière minute largement décriée, poussant même le président de la COP26, Alok Sharma, à présenter des excuses. Mais, au final, aucun pays ne s’est opposé à la manœuvre indienne.

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