Énergie: ces alternatives que Maurice doit développer d’urgence

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En sus du solaire, il est impératif d’élaborer une production énergétique moins polluante ainsi que la biomasse.

  En sus du solaire, il est impératif d’élaborer une production énergétique moins polluante ainsi que la biomasse.  

«Toute énergie verte n’est pas toujours verte au final. Par exemple, pour stocker la production solaire, des batteries qui vont quand même polluer sont utilisées. Mais comparée au pétrole ou à la bagasse, il s’agit d’une meilleure option», déclare Jonathan Naigon, permaculteur et éducateur en arts. Comme l’île a déjà dépassé son quota de pollution, la migration vers des alternatives moins polluantes, la réduction des énergies conventionnelles et la responsabilisation des citoyens doivent être une priorité. «Si on prétend être une île durable, il faudrait aller vers l’énergie éolienne, des vagues et de la marée. Mais il faut en déterminer la faisabilité.» Selon lui, la production d’énergie avec le compost doit être évaluée et le solaire utilisé à meilleur escient.

D’après Khalil Elahee, professeur à la faculté d’ingénierie de l’université de Maurice, il y a une énergie alternative propre, locale et bon marché que nous ignorons : celle que l’on gaspille, rejette ou utilise sans efficacité. «La gestion de la demande énergétique a un potentiel qu’il faut exploiter. Malheureusement certains ont intérêt à la gonfler par l’excès et ne font pas suffisamment pour l’optimiser. Par exemple, les climatiseurs et les réfrigérateurs qui s’avèrent énergivores sont déjà proposés sur le marché en prévision de l’été. Rarement prend-on en compte l’efficacité énergétique de ces appareils.»

Le plus urgent est de décider du mixte énergétique dans l’intérêt du bien commun pour tous, la nature et les générations futures. «Il ne faut rien négliger mais trouver de manière intégrée la solution la plus durable et résiliente dans l’ère post-Covid-19. Le décollage du secteur des énergies vertes, qui tarde trop, en dépend. Les rapports et études sont déjà là. Mais il faut rassembler tous les stakeholders autour d’une Assise des énergies durables pour définir ensemble un plan d’action.»

Pour sa part, Sunil Dowarkasing, ancien Global Strategist de Green Peace et expert environnemental, ne préconise pas la production énergétique via l’hydro. Il cite des études effectuées sur la wave energy mais s’interroge sur l’avancement. «L’option la plus rapide pour l’île est la biomasse qui a fait ses preuves mondialement. À Maurice, on avait préparé un cadre vers 2013. Une mesure budgétaire était prévue. Aujourd’hui, cette alternative est toujours valable mais il convient d’en fixer les paramètres. » Le recours aux wooden chips pour la production énergétique par certains pays est une méthode efficiente. Toutefois, pour l’appliquer à Maurice, une structuration est vitale. Au cas contraire, les arbres connaîtront le même sort que les barres de fer avec des exploitants à profusion. L’éolienne demeure une autre solution, particulièrement sur les zones côtières sujettes aux fortes consommations d’énergie des hôtels.

Osman Mahomed, député et ancien président exécutif de la Commission Maurice île durable (MID), s’aligne également sur l’énergie éolienne et la biomasse. Néanmoins, l’avancement piétine. Pourquoi ? «À Plaine-des-Roches, cela a pris son temps mais nous sommes arrivés à produire de l’énergie verte. Quant à Plaine-Sophie, un projet de 29 mégawatts y était prévu mais tout est tombé à l’eau en raison d’une mauvaise gestion.»

«Petits efforts de chacun»

Une autre possibilité énergétique est la géothermie, soit une source de chaleur sous terre qui, en remontant à la surface, produit de la valeur qui fait tourner les turbines de production électrique. Hélas après des fouilles à Bar-Le- Duc autour de Moka, cela n’a pas été concluant. Au niveau de la biomasse, il observe un déclin des cultures de canne à sucre. «Espérons que la hausse mondiale du prix du sucre et la compensation pour la bagasse inciteront les planteurs à une plus forte production de la canne.»

Qu’en est-il de l’exploitation pétrolière au centre de la première lecture de l’Offshore Petroleum Bill le mardi 26 octobre ? Est-ce une solution énergétique ? Quels en sont les dangers ? Pour Jonathan Naigon, c’est une solution à court terme qui peut nuire à l’écosystème. Car dépendant des gisements, les forages peuvent détruire l’environnement. «Il faudrait davantage penser à comment faire sans pétrole et focaliser sur les alternatives et les petits efforts de chacun.»

De son côté, Khalil Elahee soutient que si le pétrole est une solution, il faudra oublier les énergies renouvelables. «Il en découle alors que nos émissions de CO2 qui sont de plus de 5 500 Gg par an ne baisseront pas de 40 % d’ici 2030 tel qu’énoncé par le gouvernement. Au contraire, avec une telle exploitation, elles exploseront. » Idem pour l’objectif des 60 % d’électricité propre d’ici 2030. Alors que les banques et institutions internationales désinvestissent ou ne financent pas les énergies fossiles et que les multinationales comme Total et Shell, entre autres, se tournent vers les énergies renouvelables, le risque est significatif, mentionne-t-il.

Pour lui, les cours du pétrole peuvent rester élevés pendant un temps mais ce sont les gisements les plus accessibles et peu coûteux à exploiter notamment en Iraq qui seront les plus prisés. «Avec la pression internationale et surtout les exigences écologiques, combien coûtera une exploitation pétrolière toute nouvelle en plein océan Indien, s’il est vrai qu’il y en a ? Par souci de cohérence, pour ne pas compromettre notre développement durable et pour atteindre tant d’objectifs si honorables comme l’autosuffisance énergétique, il nous faut éviter le risque de dissiper nos ressources dans la mauvaise direction.» Même l’hydrogène qui est le carburant du futur, ne sera pas dérivé du pétrole mais de sources renouvelables, renchérit-il.

Pour Sunil Dowarkasing, le pétrole reste une source d’instabilité mondiale, notamment avec des pays producteurs comme l’Afghanistan, le Venezuela, l’Angola, entre autres. Selon lui, exploiter du pétrole peut mettre en péril notre système planétaire menacé par le réchauffement climatique. «La raison principale découle de l’utilisation de l’énergie fossile. Maurice va-t-elle s’embarquer dans cette démarche négligente ? Je ne suis pas pour cette exploitation pétrolière même si on en trouve. Il en résultera un massacre écologique.»

Osman Mahomed confirme d’ailleurs que Maurice importe beaucoup d’énergie fossile pour les voitures et la production électrique. Une potentielle exploitation du pétrole requiert une bonne gestion. «Si on découvre des gisements dans nos eaux et que c’est économiquement viable de s’y adonner, cela améliorera notre situation. Mais il faut gérer le risque écologique et ne pas ternir notre image touristique. La bonne gouvernance doit entrer en jeu.» Combien cela va-t-il nous coûter ? «Tout dépend de la formule. Par exemple, si Maurice procède aux études qui s’avèrent concluantes, elle pourra proposer les produits aux exploitants et aura plus de bargaining power. Mais si l’île autorise des prestataires étrangers à le faire, nous serons à leur merci pour les prix.»

Un forum pour débattre sur les énergies

Quels sont les défis et avancées dans le secteur énergétique mauricien ? Et les enjeux liés au développement durable et le changement climatique ? Ces questions seront débattues ce jeudi 21 octobre à l’initiative de Vivo Energy Mauritius. L’entreprise réunit un panel pour une discussion sur le secteur énergétique au Hennessy Park Hotel à Ébène. Les participants interviendront sur le thème : «Managing risks & challenges in the energy sector». Le panel est composé de Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius, Ken Poonoosamy, CEO de l’Economic Development Board, Zaahir Sulliman, Head of Specialised Finance de la MCB, Evita Fakun, Chief Sustainability Officer de The Lux Collective qui interviendront aux côtés de Matthias de Larminat, Managing Director de Vivo Energy Mauritius. La discussion débutera à partir de 17 heures.

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