Le PRB appelé à forcer l’agenda du dialogue public/privé

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Même si ce n’est pas l’agenda de la prochaine réunion ministère des Finances/secteur privé de vendredi, la bombe du PRB devrait le forcer, les capitaines du privé profitant de cette grand-messe pour exposer peut-être leur désarroi, voire leur colère, face au timing de la publication du rapport salarial pour les fonctionnaires et de son exécution in toto. Ils pourront aller jusqu’à brandir l’arme de la provocation dans une conjoncture économique où les séquelles de la crise du Covid se font toujours sentir.

On pourra épiloguer à longueur de journée que sa publication était attendue depuis 2020, suivant une promesse électorale faite en novembre 2019 aux 85 000 fonctionnaires. Mais la dure réalité à laquelle ces derniers sont aujourd’hui exposés est qu’il y a eu entre-temps une pandémie, entraînant la pire crise économique que le monde ait connue depuis celle de 1929. Avec pour conséquence qu’à Maurice, le PIB a reculé de 15 % en 2020, la dernière contraction de cet ordre remontant à 1980.

Personne ne conteste la réponse de l’État face à l’urgence sanitaire et économique et le «bail-out» de l’économie de Rs 154 milliards (WAS, SEAS, MIC, MK, DBM, SIC et BoM), même si certains bénéficiaires de ces milliards sont discutables. Pour autant, est-ce compliqué, dans un contexte de reprise difficile, de faire raisonner les fonctionnaires et leurs représentants syndicaux sur la capacité financière du pays à absorber Rs 4,3 milliards chaque année en s’appuyant sur la réalité des chiffres ?

Or, on refuse de croire que le Premier ministre et ses ministres vivent dans une bulle et sont coupés des réalités économiques, alors même que leur quotidien est rythmé par des défis en toutes sortes. Et que Pravind Jugnauth n’a pas été convaincant sur le mode de financement de ce rapport salarial.

Il reviendra au ministre des Finances, Renganaden Padayachy, de répondre à cette interrogation et probablement aux nombreuses autres quand il dialoguera avec les représentants du secteur privé après-demain. S’il faut lui donner le crédit de structurer cette grand-messe trimestrielle autour d’un échange franc avec les movers and shakers des conglomérats sur la vision économique du gouvernement, on s’attend également à ce qu’il se livre à un langage de vérité et indique si l’application du coût financier du PRB a été prise en compte par le Trésor public dans le dernier exercice budgétaire. Est-ce à travers un gonflement de certaines dépenses combiné à une réallocation de ressources financières non utilisées ou encore à partir de fonds hors Budget pour qu’au final, l’impact économique n’influence pas le déficit budgétaire estimé déjà à 5 % du PIB au terme de l’année fiscale en juin 2022 ?

«Il va sans dire que face aux entreprises qui arrivent difficilement à garder la tête hors de l’eau, condamnées à se restructurer»

Signaux contradictoires

Mais il y a plus. En publiant le rapport maintenant, alors que tous les spécialistes s’accordent à affirmer qu’il relèverait du bon sens économique de repousser cet exercice de quelques mois, voire quelques années, en attendant une embellie économique, le gouvernement envoie des signaux contradictoires à la communauté des affaires. En accordant de telles largesses aux fonctionnaires alors même que ces derniers estiment que les révisions salariales sont insuffisantes, les autorités exercent de facto des pressions sur les opérateurs privés pour qu’ils emboîtent le pas. Pour preuve, les expériences du passé ont prouvé qu’à chaque publication de ce rapport, les syndicats du privé montent au créneau pour réclamer des ajustements salariaux pour leurs membres dans le cadre du NRB. Ce qui, dans un contexte économique normal, aurait été une demande somme toute légitime et compréhensible, notamment pour rattraper la perte du pouvoir d’achat face à une hausse du coût de la vie.

Or, les réalités sont objectivement différentes pour le privé et les opérateurs ne manqueront certainement pas de les rappeler à l’endroit du ministre des Finances. Il va sans dire que face aux entreprises qui arrivent difficilement à garder la tête hors de l’eau, condamnées à se restructurer en laissant certains employés au bord de la route pour préserver l’emploi des autres, on les voit mal s’engager dans un exercice d’alignement de salaires avec celui des fonctionnaires. Tout au moins pour certaines catégories car on comprend bien que pour certains postes équivalents dans les secteurs public et privé, ce dernier offre déjà des packages nettement plus rémunérateurs à leurs employés que le public. Avec toutefois une obligation de résultat et de performance s’ils ne veulent pas être fired.

Ce qui concourt à dire que PRB ou pas, les employés du privé seront appelés à vivre dans la précarité post-Covid, avec des salaires gelés pour un certain nombre d’années alors que les pressions inflationnistes se feront ressentir face à une masse d’argent plus importante en circulation en fin d’année.

Difficile à appréhender le mood de nos capitaines d’industrie qui ne se sont pas jusqu’ici prononcés sur la problématique du PRB. Vont-ils partager leurs inquiétudes à Renganaden Padayachy, eux qui ont bénéficié de milliards sous les différents plans de sauvetage du gouvernement dans le sillage de la crise pandémique ?

En même temps, il y a des interrogations exprimées par de grosses pointures du privé sur certaines démarches de l’État. À l’instar du groupe CEO d’IBL. Arnaud Lagesse s’exprimait dans une récente interview à l’express sur la constitution d’Airport Holdings. «Personnellement, je pense qu’AML, ATOL, MDFP et MK ont besoin chacun de leur propre stratégie, de leur propre comité exécutif, précisant, dans la foulée, qu’il faut définir les objectifs, les énoncer et s’y tenir.» Est-ce un malaise ou un besoin de rappeler certaines vérités, comme sa plaidoirie pour privilégier les entreprises locales dans les appels d’offres, «sans favoritisme» mais dans un souci de level-playing field, maintenant que «sans le patriotisme de ces entreprises mauriciennes, employant des Mauriciens, utilisant les capitaux mauriciens, nous n’aurions pas souvent les solutions aux divers problèmes qui peuvent connaître ces projets étatiques». Sans commentaires.

N’empêche que même si le Premier ministre rappelle in fine que les élections générales sont dans trois ans, il ne faut pas pour autant être naïf et croire que ses gestes à l’égard de chaque composante de la société ne sont pas dépourvus d’arrière-pensées politiques. Et ce n’est pas au hasard non plus que Pravind Jugnauth retire plus souvent aujourd’hui son chéquier. Que ce soit hier pour les retraités, pour les consommateurs récemment avec le maintien des prix des produits de consommation courante jusqu’à la fin de l’année et… aujourd’hui pour les fonctionnaires. Et demain? Qui dit mieux ?

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