Drogue: Les femmes davantage impliquées dans les trafics

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En sus d’être plus nombreuses à consommer de la drogue, davantage de femmes sont impliquées dans le trafic.

En sus d’être plus nombreuses à consommer de la drogue, davantage de femmes sont impliquées dans le trafic.

Dimanche 3 octobre, une mère et sa fille ont été arrêtées par la police après la découverte de cannabis dans un colis qu’elles venaient récupérer. Elles se retrouvent accusées de trafic, comme bien d’autres femmes. Quelle est l’étendue de la féminisation de la drogue? Les femmes passent-elles toujours plus inaperçues que les hommes? Sont-elles davantage des mules ou à la tête des réseaux aujourd’hui?

Depuis le 3 octobre, une femme de 37 ans et sa fille de 19 ans ne savent plus sur quel pied danser. Car les chaussures, expédiées de La Réunion, qu’elles venaient récupérer contenaient du cannabis d’une valeur de Rs 380 000. Mère et fille ont ainsi été arrêtées. Idem pour Naidy Éléonore Nolwen Chino, une aide-soignante française de 19 ans, de passage à Maurice. Elle a été interpellée à l’aéroport après avoir collé deux colis de haschich pesant 2,12 kg dans ses leggings en août. Une saisie évaluée à des millions de roupies. Toujours en août, l’épouse du chanteur Sky To Be et ce dernier ont aussi été placés en détention après la découverte d’héroïne et de drogues synthétiques à leur domicile. En mars, une femme de 27 ans a été arrêtée avec 32 sachets d’héroïne à Mont-Roches

Loin d’être des cas isolés, ces arrestations posent des questions sur l’ampleur de la féminisation du trafic de drogue. D’ailleurs, plusieurs travailleurs sociaux constatent une plus grande implication des femmes dans ces réseaux. Pourquoi ? «La féminisation progresse non seulement en termes de consommation mais aussi en trafic de drogue. Tout le monde veut devenir riche et avoir de l’argent facile. En voyant cette tendance, les femmes et jeunes filles suc- combent à la tentation d’intégrer ce commerce», affirme Ally Lazer, travailleur social. D’autant que le prix de la drogue s’est démultiplié, avoisinant quelques milliers de roupies il y a 30 ans contre des millions, voire milliards aujourd’hui. Évidemment, cela attire les femmes qui entrent dans l’arène de leur propre gré ou «sous la manipulation des hommes de leur vie». On leur assure leur dose en échange de leurs services de livraison de drogue.

Au début, poursuit Dany Philippe, coordinateur à rassemblement prévention information (DRIP), les hommes étaient essentiellement des passeurs et revendeurs de drogue. Hélas, les femmes leur emboîtent davantage le pas désormais. Les raisons y relatives relèvent de la vulnérabilité et la perte d’emploi. «La situation est grave. Nous voyons une plus grande participation des femmes dans le milieu des stupéfiants. Les études mondiales mettent en exergue le fait que la pauvreté pousse les gens à consommer mais aussi à ‘dealer’.»

Concédant le fait que la consommation féminine des drogues s’étend, Percy Yip Tong, membre fondateur du Collectif Urgence Toxida (CUT), qui siège parallèlement sur le High Level Committee sur la drogue, s’alerte de l’insertion des mères et épouses dans le trafic, notamment en termes de recel. «Les femmes sont présentes dans tous les business. Et la drogue n’échappe pas à la règle. Comme il y a beaucoup d’argent en jeu, la féminisation en découle forcément. L’amplification du phénomène de consommation des femmes m’inquiète vraiment.»

L’envahissement des drogues synthétiques sur notre territoire a intensifié le rajeunissement et la féminisation avec des prix aussi bas, l’émancipation et la loyauté féminine. Souvent, souligne-t-il, c’est une femme qui aide son fils ou son mari, engagé dans le trafic. «Dans certains cas, au décès ou la mise en détention de l’homme, c’est elle qui prend la relève pour continuer le train de vie.» Brigitte Michel, coordinatrice de l’association Aide, Infos, Liberté, Espoir et Solidarité (AILES) renchérit sur l’amour pour l’appât du gain, même par des voies illégales et celui de leurs partenaires.

Les femmes passentelles davantage inaperçues comparées aux hommes ? Les avis sont partagés. Pour Dany Philippe, les autorités ouvrent davantage les yeux sur tout suspect. «Il faut maintenant redoubler de vigilance sur le recours aux enfants de 10-11 ans comme mules. Au vu de la situation, le trafic risque de s’amplifier avec tant d’argent à la clé.» Selon Percy Yip Tong, la femme passe plus inaperçue que l’homme ou alors les deux forment un couple pour déjouer la vigilance des agents de détection. «Psychologiquement, quand on fait le profilage à l’aéroport, l’inconscient pousse à imaginer qu’un trafiquant est un homme. On pense rarement qu’une femme va trafiquer. C’est une erreur. De par l’arrestation des étrangères comme mules, la mafia pense elle-même que ces femmes passent plus facilement avec de la drogue.»

Pour Brigitte Michel, la femme est «moins décelable». Elle cite notamment des femmes impliquées dans le trafic, qui ne mettent pas directement la main à la pâte mais qui affiche un comportement plus que normal en société. «Elles sont présentes dans des endroits chics et des événements. Certaines vont livrer leur drogue en voiture avec leurs enfants sur le siège arrière, ce qui peut les placer au-dessus de tout soupçon.»

Sont-elles toujours des mules ou plutôt à la tête des réseaux ? «Dans l’Est, une femme dirige un vaste réseau. Elle emploie des hommes pour ce trafic. Ceci concerne un cas identifié. Dans la réalité, bien d’autres existent», ajoute Ally Lazer. Percy Yip Tong souligne qu’en dépit d’une mi- norité pour le moment, les femmes peuvent bien prendre les rênes du trafic, étant de bonnes gestionnaires. La coordinatrice d’AILES constate à la fois davantage de passeuses que de cerveaux des réseaux. «Dans divers cas, une entreprise est utilisée comme couverture. Celle-ci n’est alors qu’une façade derrière le trafic de drogue.»

163 suspectes arrêtées pour délits de drogue en 2020
 

Selon le Digest of Crime Statistics de 2020, publié par Statistics Mauritius, les arrestations féminines liées à la drogue sont en hausse. L’an dernier, 163 femmes ont été interpellées par l’AntiDrug and Smuggling Unit (ADSU) contre 148 en 2019. Comparativement, ce nombre était de 132 en 2018 et 74 en 2017. Les arrestations sont plus élevées pour des cas relatifs au trafic d’héroïne, de drogues synthétiques et de cannabis. Toutefois, chez les hommes, les chiffres sont supérieurs, étant de 3 187 en 2020, 2 869 en 2019, 2 583 en 2018 et 2188 en 2017.

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