Saisie de 135 kg de drogue dans des compresseurs: L’ICAC doit-elle savoir qui a touché les Rs 700 000 de récompense ?

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À l’ICAC, dirigée par Navin Beekarry, on craint que l’argent des récompenses soit mal utilisé par l’ADSU du Deputy Commissioner of Police Cholun Bhojoo.

À l’ICAC, dirigée par Navin Beekarry, on craint que l’argent des récompenses soit mal utilisé par l’ADSU du Deputy Commissioner of Police Cholun Bhojoo.

L’ADSU a payé Rs 700 000 aux informateurs qui l’ont conduite à la saisie des 135 kilos d’héroïne dissimulés dans des cylindres importés d’Afrique du Sud, le 9 mars 2017. Informée de son côté d’une potentielle maldonne sur la distribution de cette récompense financière, la Commission Anti-Corruption est passée par la Cour suprême pour demander des détails. Depuis, l’ICAC et l’ADSU sont à couteaux tirés.

La nouvelle avait eu l’effet d’une bombe le 9 mars 2017. 135 kilos d’héroïne sont retrouvés cachés dans six cylindres importés d’Afrique du Sud. Valeur marchande : plus de Rs 2 milliards; un record à l’époque. Après les jubilations des premières heures dans le camp de l’Anti-Drug And Smuggling Unit (ADSU), l’affaire allait connaître des rebondissements en série avec d’abord la fuite du suspect Navind Kistnah, puis l’implication de Gianchand Dewdanee qui avait été photographié aux moins deux fois aux côtés du Premier ministre. Cette fois, la Commission Anti-Corruption (ICAC) enquête sur l’ADSU pour cette affaire précise, dans un match qui dure depuis 2020 et où personne ne semble vouloir céder.

Ayant reçu un tuyau d’une possible maldonne au sujet de la distribution du «Reward Money» – la récompense aux informateurs – l’ICAC a saisi la Cour suprême en mars 2020 pour une demande inédite : les noms des informateurs récompensés à la suite de la saisie de drogue et leur signature sur l’accusé de réception au moment où ils ont effectivement été payés. La juge Mary Jane Lau Yuk Poon a agréé à toutes les requêtes de l’ICAC, sommant l’ADSU de fournir de nombreux détails relatifs à l’OB 909/17, soit l’enquête sur cette saisie de drogue. Parmi les documents qu’il fallait fournir : «the Secret Receipts signed by informers on receipt of their share of Reward Money». Il faut souligner que l’affidavit de l’ICAC était très précis laissant présumer que sa source est très bien placée dans la machinerie du reward money. Pour cause, elle a demandé précisément le Voucher F232 qui se trouve être le relevé des paiements aux informateurs de l’ADSU en juin 2017.

1. Le Judge’s Order intimant l’ADSU à soumettre les détails du Reward Money payé aux informateurs de l’affaire Kistnah.
2. Document interne de la police suivant la demande de l’ICAC. Nous y apprenons sous le paragraphe (v) que le DCP Bhojoo a écrit dans un rapport en juin 2020 qu’il n’a pas de «Secret Receipt».
3. Le «Voucher F232» montrant que l’ADSU a payé Rs 950 000 à ses informateurs en juin 2017. Personne n’a signé comme «Receiver».

Ce Voucher F232 a été soumis par le commissaire de police d’alors, et nous apprenons ainsi que l’informateur de l’affaire Kistnah a été payé Rs 700 000. Durant le même mois de juin, un autre informateur a reçu Rs 250 000 pour une autre affaire. Le hic pour l’ICAC : la police n’a pas révélé le nom du récipiendaire. En effet selon la procédure, c’est le chef de l’ADSU qui est chargé de remettre les «reward moneys» après avoir obtenu l’aval du commissaire de police et le décaissement du Manager, Financial Operations de la police.

Officiellement, le DCP Bhojoo (chef de l’ADSU) explique qu’il n’a pas de «Secret Receipts» de son côté. Mais dans des commentaires que le commissaire de police de l’époque émet comme compléments aux documents fournis à l’ICAC, la réticence à fournir ce détail est facilement perceptible.

«One-to-one dealing based on trust»

Il avance huit raisons pour expliquer pourquoi il est inapproprié que de telles informations deviennent publiques. «Bringing the issue of Payment of Reward to Informers in the public domain is inappropriate. It may have serious repercussion and cause unwanted collateral damages to the organization and operations. Even Parliamentary Questions on this matter have (sic) been carefully replied», avance le commissaire de police d’alors comme la première de ces huit raisons. Il fait ensuite un plaidoyer pour «protéger les sources et leur famille». Enfin, il explique que le paiement aux informateurs est basé sur la «confiance». «Payment to informers is made on mutual trust. The Standing Practice imposes a one-to-one dealing which does not involve a third party. The organization has to trust its officers making payments to informers», plaide-t-il.

Sauf qu’à l’ICAC on estime que cela ouvre la voie à des abus. Rien que durant l’année financière 2017-2018, l’ADSU a payé Rs 3,8 millions de récompenses à ses informateurs. «Ce sont donc Rs 3,8 millions qui en une seule année financière sont allées à l’ADSU sans que personne ne sache qui est le récipiendaire ultime… quand il y en a un.»

En effet, selon le dénonciateur de l’ADSU à l’ICAC, il se pourrait que cet argent serve à «manzé». Ce que la Commission Anti Corruption n’a pu pour l’heure prouver.

Il est important de souligner, cependant, à la décharge de l’ADSU dans l’affaire Kistnah, que le DCP Bhojoo de même que les autorités douanières avaient, dès le jour de la saisie, expliqué que «la drogue avait été tellement bien dissimulée que même les chiens renifleurs n’avaient rien trouvé. Sans les informateurs, cette saisie aurait été impossible».

La suite de cette affaire sera quoi qu’il arrive un couteau à double tranchant : soit des officiers de l’ADSU sont vraiment en train de «manzé» du Reward Money et que l’ICAC ne le saura jamais, soit l’ICAC se retrouvera avec des informations confidentielles et stratégiques, ce qui risque de miner le réseau établi entre l’ADSU et ses informateurs…

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