Le père de Vassen Kauppaymuthoo n’est plus

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Triste journée pour la famille Kauppaymuthoo. Rajen Kauppaymuthoo a rendu l’âme hier après-midi et a laissé derrière lui ses proches chagrinés par sa disparition. Vassen Kauppaymuthoo a tenu à lui rendre un dernier hommage.

Mon cœur est lourd de chagrin, ma gorge serrée, et les larmes ne cessent de couler. Mon père Rajen a rendu son dernier souffle hier à 17 heures à l’âge de 80 ans, alors que je lui tenais la main, que je lui disais comment je l’aimais et que j’étais fier de tout ce qu’il avait fait pour moi. 

Mon père a eu une enfance difficile et il me racontait, sans se plaindre, comment il habitait dans une case en paille, comment il fallait vendre des œufs de poule le matin pour payer un billet de bus pour aller à l’école, souvent pieds nus, et comment une fois il avait dû marcher avec un ami de Rose-Hill jusqu’à Quartier-Militaire car il avait perdu son argent de transport, et comment cet ami avait marché avec lui par solidarité, alors que lui avait son argent. Il m’a aussi raconté les sacrifices qu’il a dû faire pour son frère et ses sœurs, comme fils ainé, commençant à travailler dès l’âge de 18 ans pour le gouvernement. 

Mon père était un vrai patriote, il avait un drapeau mauricien dans son bureau et il aimait la justice et la vérité. Il avait décidé de rentrer au pays après ses études en arpentage en France où il avait rencontré ma mère au lieu de s’établir en Europe, pour aider son pays. Il s’était marié seulement à l’état-civil par respect pour la foi de ma mère et il a toujours voulu progresser en étudiant les droits de l’eau et en travaillant sur des cas légaux avec son mentor le Senior Attorney André Robert, à Port-Louis, tous les mardis. Pendant sa carrière dans le gouvernement, Il m’avait aussi raconté que malgré le fait qu’il connaissait bien certains ministres de l’époque, il n’avait jamais demandé aucune faveur, et qu’il préférait s’en remettre à la cour pour la reconnaissance de son poste d’administrateur des Droits de l’eau, affaire qu’il avait fièrement gagnée. Ce fut le seul administrateur des Droits de l’eau que Maurice ait connu.

Par la suite, à l’âge de 50 ans, il a quitté le gouvernement pour créer une compagnie d’ingénierie en 1995 pour que nous puissions travailler ensemble et nous avons été des frères, partenaires, collègues et amis pendant plus de 25 ans, prenant notre déjeuner ensemble et nous racontant toutes ces anecdotes. Il m’a enseigné la rigueur, la bonne correspondance administrative et comment il fallait considérer tous nos clients comme égaux, quelle que soit leur couleur de peau ou leur religion. Il avait aidé beaucoup de monde, même certaines personnes qui lui ont fait du mal et il avait le respect de directeurs d’entreprises, ministres, pêcheurs, juges, égaux, avec ce recul, cette simplicité et cette sagesse que l’on a du mal à retrouver aujourd’hui.

C’était un passionné d’histoire et il avait donné des conférences sur l’histoire de la Mare-aux-Vacoas et de la Nicolière à la Société d’Histoire de Maurice. Il passait de nombreuses heures aux Archives nationales et il me racontait souvent comment tous ces vieux bâtiments historiques et ces canaux devaient être préservés pour que nous puissions construire un meilleur futur.

Il aussi reçu deux décorations, l’une de Sa Majesté la reine Elizabeth II et l’autre de la République à la fin de sa carrière comme administrateur des Droits de l’eau à la CWA et pourtant il n’est allé à aucune garden-party organisée pour les décorés de la République. Il m’a toujours enseigné la justice, la simplicité, la droiture, l’honnêteté et comment il valait mieux prendre le chemin le plus long et le plus ardu que de rechercher l’argent facile, car tout ce qu’il resterait de nous sur cette terre au moment de notre départ, ce serait les traces de notre passage, les souvenirs de ceux que nous avions aidés et soulagés dans la peine et la détresse et que plus nous avions des biens matériels, plus notre âme aurait du mal à monter au moment de notre trépas. Il avait défendu plusieurs cas en cour basés sur des éléments historiques et des recherches poussées et il ne supportait pas l’injustice.

Le plus dur, c’est de regarder son jardin dont il était si fier, ces plantes et fleurs qu’il avait cultivées avec tant d’amour, ces livres d’histoire qu’il a accumulés au cours de ces années de vie et qu’il aimait fièrement montrer, ce fauteuil où il s’asseyait qui est désormais vide. J’aurais tellement aimé avoir la chance, pour une dernière fois, de le serrer dans mes bras pour lui dire comment je l’aime, comment je suis fier de lui et de tout ce qu’il a fait pour moi, comment je lui suis reconnaissant d’avoir été mon guide dans la vie, et comment j’ai passé de bons moments avec lui. J’ai perdu un père, un frère, un ami, un mentor, un confident, un guide…

Ce matin, je l’ai accompagné pour la dernière fois à sa dernière demeure, dans la stricte intimité familiale et dans la simplicité, selon ses derniers vœux, seulement avec ma mère et mon épouse, et il a été incinéré à Bambous vers 11 h 30. Qu’il repose en paix…

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