Rodrigues: quand l’autonomie rime avec politisation

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18e anniversaire de l’autonomie à Camp-du-Roi : Sylvette Legoff et Ayessen Pyanee, nés le 12 octobre 2002, au Monument de l’autonomie avec Pravind Jugnauth, Serge Clair et son épouse et des membres de l’ARR.

18e anniversaire de l’autonomie à Camp-du-Roi : Sylvette Legoff et Ayessen Pyanee, nés le 12 octobre 2002, au Monument de l’autonomie avec Pravind Jugnauth, Serge Clair et son épouse et des membres de l’ARR.

D’après la loi, le mandat des élus de l’Assemblée régionale de Rodrigues prend fin en février 2022 mais les élections pourraient se tenir bien avant en raison de la situation sanitaire. Bien que Rodrigues n’ait enregistré que deux cas de Covid-19 en quarantaine, les rassemblements ne sont pas encore contrôlés. 

La fête de l’autonomie cette année comporte une dimension politique. Il est quasi certain que Serge Clair ne sera pas le chef commissaire quand l’île célébrera le 20e anniversaire de l’autonomie l’année prochaine. Le leader historique de l’Organisation du Peuple de Rodrigues (OPR) ne sera pas candidat aux prochaines élections régionales. Ce qui fait que les Rodriguais n’auront plus à compter sur Serge Clair, qui s’est battu pour une Rodrigues autonome, comme tant d’autres Rodriguais. 

Jean-Marie Richard, observateur politique dans l’île, soutient que son départ ouvre une nouvelle page d’histoire. «L’introduction de la Rodrigues Regional Assembly Act est dans sa vingtième année. Le retrait prochain de Serge Clair à la tête de l’OPR aura un impact sur le parti luimême. Tout le monde voudra être calife à la place du calife. Ce sera un nouveau livre pour Rodrigues post-colonial. D’ailleurs, au sein de l’opposition divisée, il y aura des changements.» D’ailleurs, avec l’accession de Rodrigues à l’autonomie, la façon de faire la politique a évolué. 

La politique et l’autonomie, Christian Léopold en sait quelque chose. Il était député de Rodrigues quand le Parlement a voté pour l’autonomie en 2001 et il était même intervenu lors des débats sur la Rodrigues Regional Assembly Act. L’ancien politicien a un autre regard sur le cheminement de Rodrigues pendant ces 19 dernières années. «L’autonomie est comme un outil dans la main d’une personne. S’il est en de bonnes mains, on pourra faire des merveilles, mais s’il est mal utilisé, il devient dangereux. Je veux dire que l’autonomie peut apporter le développement économique et social, tout comme elle pourrait aussi être une arme de persécution utilisée contre les adversaires politiques. Depuis 2002, deux partis ont dirigé l’île. Bien que leur vision pour le pays soit opposée, des décisions ont été prises à Port-Mathurin par des Rodriguais. De coup, on peut dire que c’est une bonne chose.» 

Cependant, déclare l’ancien député, toute médaille a un revers. L’avènement de l’autonomie a fait que Rodrigues soit en permanence en campagne électorale, constate-t-il, car les électeurs doivent aussi élire les députés de cette circonscription entre deux élections régionales. «Ce n’est pas possible que l’île soit toujours en campagne électorale. Cela dit, il y a eu des décisions qui, souvent, suscitent des interrogations, surtout quand c’est pour punir les adversaires politiques. Donc, l’autonomie a fait que tout soit politisé à Rodrigues. Je vous donne un exemple de l’outil entre des mauvaises mains : certaines personnes, peinent pour avoir un permis pour un projet car c’est connu qu’ils ne soutiennent pas ceux au pouvoir. À Rodrigues, tout le monde se connaît. La culture noubanist a pris de l’ampleur. C’est vraiment triste pour l’autonomie et le pays», regrette-t-il. 

Autre faiblesse, note Christian Léopold, le Covid-19 a démontré que de grandes mesures ne peuvent pas être prises par le gouvernement régional. «Cela a démontré que l’autonomie n’est qu’une illusion. Il a fallu demander l’autorisation à Port-Louis pour la prise de simples décisions. De plus, en 19 ans, qu’est-ce qui a été fait par l’OPR, qui a passé 14 ans au pouvoir, pour jeter les bases de l’économie rodriguaise ? Il faut dire qu’il n’y a pas de continuité. Le gouvernement du Mouvement Rodriguais a lancé des projets, mais qui ont été stoppés par son adversaire aussitôt arrivé à pouvoir, et ce, pour des raisons politiques. Donc, on tourne en rond», regrette-t-il. 

De son côté, Karl Gentil, le président de l’Association des consommateurs de Rodrigues, insiste qu’avec l’autonomie la politique doit se faire autrement. «Je pense que nous avons raté quelque chose. L’autonomie est importante, mais il faut savoir comment l’utiliser pour le bien de tout le monde. Il faut tirer des leçons du passé. L’autonomie ce n’est pas juste construire des track roads. Si toutes les têtes pensantes du pays se mettaient à réfléchir ensemble afin de jeter les bases du développement économique dès maintenant, je suis persuadé que d’ici six ans, on pourra dire que nous avons réussi», dit-il. 

Par ailleurs, une plus grande participation des femmes en politique est aussi revendiquée à Rodrigues. Stivelle Castel, la secrétaire de HERS Rodrigues, une association qui lutte pour l’émancipation de la femme rodriguaise, affirme que ce sujet a tout récemment fait débat. Elle reconnaît quand même que l’autonomie a permis aux femmes d’être bien plus présentes dans l’arène politique. «Il est vrai que Rodrigues a eu une cheffe commissaire adjointe et l’Assemblée régionale de Rodrigues est présidée par une femme. Mais ce n’est pas suffisant. Il nous faut plus de femmes en politique. Pourquoi pas une femme leader d’un Parti rodriguais ? Cependant, nous avons constaté à Rodrigues et comme ailleurs, que si une femme commet une erreur en politique, la société réagit immédiatement et décrète que les femmes ne doivent pas avoir leur place en politique. Mais quand il s’agit d’hommes, l’opinion publique les juge différemment», constate-t-elle. 

Stivelle Castel reconnaît qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour qu’un plus grand nombre de femmes puissent faire entendre leur voix sur des plateformes politiques.

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