#PandoraPapers: le tout-puissant Sattar Hajee Abdoula actionnaire aux Îles Vierges britanniques

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L'express a retrouvé le nom de Satar Hajee Abdoula dans une étrange structure aux BVI.

L'express a retrouvé le nom de Satar Hajee Abdoula dans une étrange structure aux BVI.

On ne présente plus Sattar Hajee Abdoula. président de la holding qui détient la banque d’État, SBM, récemment administrateur d’Air Mauritius, assesseur sur la commission d’enquête sur Britam, l’homme, qui avait appelé Pravind Jugnauth en le tutoyant en pleine négociation avec Dawood Rawat – c’est indéniable – jouit de la confiance inouïe du Premier ministre quand il s’agit d’argent, de banques et de comptabilité. Dans les Pandora Papers, nous avons retrouvé son nom dans deux compagnies enregistrées aux Îles Vierges britanniques, un paradis fiscal. Sattar Hajee Abdoula ne nie pas. Nous comparons nos trouvailles à ses explications…

Dans la base de données qui compte 12 millions de documents, le nom de Sattar Hajee Abdoula apparaît 28 fois. Mais ce n’est pas le nombre qui importe, ce sont les informations qu’elles révèlent. 

Notre analyse de ces documents démontre que le 15 avril 2009, deux compagnies sont incorporées aux Îles Vierges Britanniques : Light Rise International (LRI) et Falcon Power Limited (FPL). Au départ au sein de LRI, il n’y a qu’une seule action, évaluée à un seul dollar. Elle est détenue par Yuvraj Thacoor, lui aussi expert-comptable, administrateur et liquidateur. 

Deux ans plus tard, soit le 31 octobre 2011, Sattar Hajee Abdoula rejoint l’actionnariat en achetant une action, lui aussi à 1 dollar. Le 2 janvier 2012, selon le registre d’actionnariat officiel que nous avons retrouvé, les deux hommes transfèrent leurs actions respectives à une autre compagnie des BVI, Regula Limited (retenez bien ce nom car il va poser problème). Toujours selon le registre officiel, les deux actions sont transférées contre
1 dollar chacune. 

Quasiment le même schéma est observé au sein de FPL. Sattar Hajee Abdoula, cette fois seul (sans Yuvraj Thacoor), détient la seule action émise en avril 2009. Coût de l’acquisition : 1 dollar ! L’action est transférée le 2 janvier 2012 à… Regula Limited ! 

Sattar Hajee Abdoula affirme avoir souscrit à une assurance vie et qu’il n’a jamais vendu ni disposé de ses actions au sein de ces deux compagnies. Mais le controversé Regula Ltd semble bien s’être approprié les actions du duo Thacoor-Hajee Abdoula le 2 janvier 2012.

Regula Ltd a coûté €15 millions d’amendes à la Deutsche Bank 

Or, Regula Limited est une subsidiaire de la Deutsche Bank et la banque a écopé d’une sanction de € 15 millions en 2019 justement à cause des activités de Regula. Les autorités allemandes soupçonnaient que Regula, créée par la Deutsche Bank aux Îles Vierges britanniques, servait de prête-nom pour cacher la fortune de certains milliardaires ou même pour blanchir leur argent sale. 

En somme, pour résumer, Yuvraj Thacoor et Sattar Hajee Abdoula (celui-là même qui vient de lever Rs 12 milliards pour Air Mauritius) détenaient en 2009 la totalité des actions (3 actions valant seulement $1 chacune) dans deux compagnies aux Îles Vierges britanniques. Actions qui ont – du moins, selon le registre des actionnaires – été transférées pour $ 3 seulement, en 2012, à une compagnie que les autorités allemandes ont soupçonnée à un moment de blanchir de l’argent pour de riches clients ! 

L’express et l’ICIJ ont écrit aux deux hommes la semaine dernière pour essayer de comprendre la logique de ces structures (dont la mise en place administrative même coûte, selon une facture que nous avons vue, près de $2 000), et savoir si derrière ces $3, ces compagnies ont détenu des actifs, si elles ont généré des revenus et si ceux-ci ont été déclarés au fisc mauricien. Seul Sattar Hajee Abdoula a répondu en précisant que Yuvraj Thacoor est en copie de sa réponse, ce qui laisse supposer que c’est aussi la réponse de Yuvraj Thacoor.

Ainsi, Sattar Hajee Abdoula confirme l’existence de ces structures, mais explique que tout ce qu’il a fait avec Yuvraj Thacoor aux BVI, c’est «souscrire à une police d’assurance vie que m’a vendue la Deutsche Bank». «Ces compagnies ne faisaient que détenir la police d’assurance. Elles ne génèrent pas de revenus, il n’y a pas d’actifs et pas de dividendes. Yuvraj et moi sommes toujours en vie et nous n’avons rien touché.» Il précise que les actions n’ont jamais été vendues ou «disposed of». 

Enfin, au sujet de la controversée Regula Limited, Sattar Hajee Abdoula soutient que les compagnies étaient gérées par des «trustees» et Regula Ltd avait été «appointed by the trustees». «Je ne peux pas répondre pour Regula au sujet de l’enquête contre la Deutsche Bank», conclut-il, non sans préciser qu’il est tout à fait légal d’avoir recours à des «nominee shareholders» et que même les lois mauriciennes permettent cela. 

Nous avons commencé un procédé de fact-checking des explications de Sattar Hajee Abdoula mais déjà, certains éléments semblent le contredire, notamment la documentation des Pandora Papers qui démontre qu’il y a bien eu transfert d’actions. L’express et l’ICIJ ont addressé une «Further Request for Comments» à Sattar Hajee Abdoula aujourd’hui.

Les Pandora Papers, c’est une enquête initiée et chapeautée par le Consortium International des Journalistes d’Investigation. 600 journalistes ont étudié 12 millions de documents qui ont fuité de 14 firmes dont l’activité consiste à créer des compagnies offshore pour de riches clients. L’express est le partenaire exclusif de cette enquête à Maurice. Jusqu’à présent 35 chefs d’État actuels et passés, 330 politiciens, des dizaines de stars du sport et de la musique ont été débusqués.

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