Hommage: comment Lin est monté tout Là-haut

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De l’enfant turbulent qui a arrêté l’école en cinquième au chanteur qui fait vibrer le public avec son feeling r’n’b. Jocelyne Abdool Ramane, la mère du chanteur Lin, et sa petite sœur Sharon racontent leur cher disparu emporté par la maladie, le lundi 27 septembre.

Lin (à droite) à 8 ans, avec ses deux grands frères et sa petite soeur.

Des pattes de mouches dans un cahier. La signature de Lin, comme sa voix, fait des volutes. Ce cahier, sa petite sœur, Sharon Abdool Ramane, l’a conservé si précieusement qu’elle ne le retrouve pas du premier coup. Mais pas besoin de fouiller dans sa mémoire pour parler de Linley Abdool Ramane. Sa voix s’est tue le lundi 27 septembre. Le chanteur avait 43 ans.

Pour Sharon, Lin – avec qui elle a huit ans d’écart – est un grand frère protecteur. «Il était un peu comme mon papa.» Un père décédé quand elle avait 19 ans. Lin grandit dans une fratrie de quatre enfants. Il est le troisième fils, après ses deux grands frères, Billy et Mike.

Dans la maison au fond d’une impasse à Tranquebar, pas besoin de mots pour que frère et sœur se comprennent. À d’autres moments, «swa li pé kouver mwa ar mo mama, swa mwa ki pé kouver li parski li pé fer enn ti dezord.» Quel type de «désordre» ? Sharon dit seulement : «Linley so zafer toultan ti lamizik.» Sauf que la vie n’a pas le même tempo qu’une chanson d’amour.

L’écriture de Lin. Les paroles de «Dilo Disik», un duo avec Désiré François.

Lin fréquente la Labourdonnais Government School, puis l’école De la Salle RCA. «Li pann fer mem siziem», confie sa sœur. Lin arrête l’école en cinquième. «Il n’aimait pas respecter l’autorité qui vous impose de rester assis pendant des heures. Li bizin lib.» Si ses grands frères s’orientent vers un métier, «Lin ne voulait d’aucun autre métier en dehors de la musique». Son père – un chauffeur reconverti en agent de sécurité chez IBL– le défend, mais sa maman le cuscute régulièrement pour qu’il pratique un métier stable.

Lin se contente de ses cachets, souvent irréguliers. À la maison, «li ti kontan netwayé. Li ti amani». La première fois que Lin prend l’avion, avec Negro Pou lavi, «mo mama inn lev boner inn kwi roti-kari laviann, telma sa ti enn gran zafer», se souvient Sharon. Lin est souvent sollicité pour les soirées mauriciennes à l’étranger. Voyager finit par devenir «enn zafer normal». Sa famille a un passé musical : le père joue de la batterie dans un orchestre. Les parents de Lin se rencontrent lors d’une soirée où le papa joue de la batterie et la maman chante.

Pour ses deux ans, Sharon pose avec Lin. Ils ont huit ans d’écart.

Chanter dans sa salle de bain incompatible avec une belle carrière musicale ? Pas pour Lin. Sharon se souvient: leur ancienne maison, à Tranquebar, est au bord d’une rue, à côté d’un bus stop. «Linley pran dézer-d-tan pou li bégné. Li kas tou kivet, tou bros.» Elle ajoute en riant : «Des gens attendaient qu’il ait fini de chanter. Lerla bizin galoup deryer bis.» C’est l’époque de Z’oiseau de l’album Cassiya II, sorti en 1994. Dans le quartier, on surnomme Lin «zwazo», «telman enn zourné li ti alé mem ar ‘santé santé zoli zwazo’». L’un des rêves de Lin est de chanter avec Désiré François. Son dernier single, Dilo disik, en cours de mixage, est un duo avec Désiré François.

Nouveau flashback. Années 1990. Boyz II Men fait des ravages. Le chanteur Tony Lefade (gagnant du télé-crochet de la MBC, Ten Best en 1995) cherche une voix pour le groupe d’animation qu’il monte. Leur répertoire : les chansons de Boyz II Men. «Il a reconnu la puissance de la voix de Lin.» Le jeune homme se fait remarquer. Parmi ses amis, il y a Johnny, le frère de Tony Farla. Cette amitié – et ses capacités vocales – lui ouvrent les portes de Negro Pou Lavi. Avant qu’il ne collabore avec Otentik Groove. L’album Mo rekonpans sort en 2016. C’est la consécration.

Sharon Abdool Ramane, la petite soeur de Lin, et leur mère, Jocelyne.

Jocelyne, sa mère : «le métier de chanteur était fait pour lui»

En juin de cette année, Lin est admis d’urgence à l’hôpital. À partir de là, il enchaîne les séances de dialyse trois fois la semaine. Une souffrance que partage sa mère, Jocelyne Abdool Ramane. Elle aussi suit ce traitement depuis trois ans. Malgré sa fierté devant le succès de son fils, elle ne cache pas qu’elle s’est fait beaucoup de soucis pour lui. «Li pa travay, li res dan lakaz. Kan li fini fer so louvraz, li al marsé partou. Bannla ti met son nom malel, zot dir li enn zanfan malelvé. Li pa ti gagn traka nanié.» Elle se souvient lui avoir donné quelques bonnes corrections. «Gagn rapor lor li.» Le samedi, dans le «mouvman zanfan» de l’église, il taquinait les filles et n’était pas attentif. Quand on demande à Jocelyne qui est la «Miss» de la chanson San ou, elle sourit. «Il y en a eu beaucoup. Elles étaient toutes à son enterrement.» Lin est un enfant «timide, pa kontan koz boukou. Pa koné kouma linn rési santé», s’étonne sa mère. «Ce métier de chanteur était vraiment fait pour lui.»

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