Union des artistes: des «victimes des marchands de gloire»

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Joëlle Coret, préside l’Union des artistes.

Joëlle Coret, préside l’Union des artistes.

Le Covid-19 a réveillé le virus de la négociation collective chez cette catégorie de travailleurs, durement touchés. Ils ont rencontré leur ministre pour faire part de leurs revendications.

Sans foi ni loi. On n’est pas au Far West. Cela se passe dans le secteur des travailleurs des industries créatives. Pour eux, pas de Remuneration Orders (RO) dédiés, pas de loi spécifique, le Status of Artist bill étant en préparation depuis 2017.

Mais le Covid-19 a réveillé le virus de la négociation collective chez cette catégorie de travailleurs durement touchés par l’impact de la pandémie. Le mardi 21 septembre, l’Union des artistes s’est officiellement présentée au ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck. Cela, un peu plus d’un mois après avoir tenu sa première assemblée générale, le 7 août, à l’Institut Français.

Élue à la présidence de l’Union des artistes, Joëlle Coret était accompagnée pour cette présentation officielle, mardi, de la secrétaire de l’union, Yashvynee Dhonow. «Le ministre a accueil- li le syndicat favorablement. Il y a plusieurs associations d’artistes, mais il n’existait pas de syndicat auparavant», affirme Joëlle Coret. «Il nous a félicités en disant que cela va faciliter les choses.»

Hasard ou coïncidence ? Cette rencontre a eu lieu le jour même où la nouvelle extension du Self Employed Assistance Scheme et du Wage Assistance Scheme pour le secteur hôtelier a été annoncée. Une aide étatique étendue jusqu’à décembre. C’est l’une des préoccupations des artistes. «Malgré l’ouverture des frontières, le 1er octobre, et la reprise attendue, tous les artistes qui se produisent dans le circuit touristique ne reprennent pas nécessairement le travail. Les Rs 5 200 c’est toujours mieux que rien. Nous rencontrons toujours des difficultés financières», souligne la présidente de l’union.

Là où ministère et syndicat se rejoignent : le document de l’UNESCO, qui sert de base pour élaborer le Status of Artist bill. «Nous avons aligné les règlements et objectifs de l’union sur ces recommandations de l’UNESCO», affirme Joëlle Coret. L’un des points clés de ce document de travail c’est qu’il concerne les travailleurs des industries créatives dans leur ensemble, pas que les chanteurs, musiciens et danseurs. Mais aussi les DJ, les Make-up artists, les ingénieurs son et lumière, les plasticiens, etc.

«Nou but se pa vini pou lager», précise la présidente. Qui attend avec impatience les nouvelles consultations annoncées par le ministère des Arts et du patrimoine culturel, dans le cadre de l’élaboration du Status of Artist bill. «Nous sommes là pour chercher la reconnaissance légale des artistes, que l’on nous respecte, tout en contribuant à la professionnalisation du secteur.»

Autre sujet abordé : le récent moratoire accordé aux hôteliers pour le paiement des tarifs pour l’utilisation de la musique. Le paiement des redevances à la Mauritius Society of Authors (MASA) a été gelé pour ce secteur pour une année. Alors que l’utilisation de la musique – live et enregistrée - dans le secteur hôtelier est l’une des principales sources de revenus des artistes. «Le ministre a surtout mis en avant que le nombre d’utilisateurs payants de la musique a augmenté. Désormais, les fournisseurs d’internet et de chaînes satellitaires sont parmi les utilisateurs payants de la musique.»

Pour l’Union des artistes, ce n’est pas un début mais un nouveau départ. Si ce syndicat avait vu le jour en 2008, il a été en sommeil à partir de 2013. La pandémie l’a non seulement réveillé, mais dynamisé, conclut la présidente.

Le négociateur syndical Ivor Tan Yan : «nécessité d’élaborer un contrat de travail pour les artistes»

Ivor Tan Yan est le négociateur syndical de l’Union des artistes. Il explique d’emblée que la définition du travailleur c’est le «lien de dépendance entre le donneur d’ordre» et celui qui fournit un service. Il déplore que certains employeurs utilisent divers subterfuges pour nier ce lien. Dans le cas des artistes, ils ont été les «grandes victimes d’un système qui n’est pas à cheval sur le respect des droits des exécutants». Pour Ivor Tan Yan, dans ce secteur, «on a souvent eu affaire à des marchands de gloire, qui ont fait miroiter un avenir extraordinaire aux artistes en échange de leurs talents».

Le négociateur syndical martèle qu’il faut «détruire cette illusion», qui établit une distinction entre artiste local ou mainstream et ceux qui évoluent dans le secteur hôtelier. Avec un sous-entendu d’infériorité pour la seconde catégorie. «L’union des artistes n’accepte pas cette distinction. Ce n’est pas le lieu où l’artiste exerce son art qui compte. C’est enfoncer une porte ouverte».

Est-ce que les artistes sont des travailleurs atypiques, tels que définis récemment dans l’un des amendements aux lois du travail ? Ivor Tan Yan précise : «l’artiste n’est pas dans cette catégorie, mais son contrat de travail peut corriger ce que la loi ne précise pas».

D’où l’une des suggestions de l’union : proposer à ses membres un contrat standard, adapté aux exigences des différentes catégories d’artistes pour «encadrer leur relation de travail avec divers employeurs». Et ainsi avoir une protection légale «plus solide». Ce qui pourra se concrétiser en collaboration avec les ministères du Travail et des Arts et du patrimoine culturel pour définir des Remuneration Orders. Choses qui n’existent pas encore pour les artistes. «Le contrat sera élaboré par divers comités au sein de l’union. Beaucoup de choses ont été révélées suite au Covid-19. Par exemple, que certains artistes devaient payer des bakshish à des responsables d’animation pour pouvoir travailler dans les hôtels.» L’ironie, souligne le négociateur syndical c’est que le responsable d’animation est couvert par un Remuneration Order, mais, «il prend une commission sur le dos de ceux qui ne sont pas couverts». Ivor Tan Yan propose, dans la foulée, que le contrat standard soit, à terme, validé par l’association des hôteliers.

Le négociateur syndical souligne également que parmi les règles mises en place au sein de l’union : le temps à la présidence est limité à deux mandats de trois ans chacun. «C’est pour faire revivre la démocratie syndicale.» 

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