Hausse des prix: les importateurs de ciment font marche arrière

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En sus du ciment et des barres de fer, il faut d’autres matériaux, tels les blocs, le rocksand et le macadam. Tout cela a contribué à la hausse d’au moins 15 % du budget d’une construction de maison.

En sus du ciment et des barres de fer, il faut d’autres matériaux, tels les blocs, le rocksand et le macadam. Tout cela a contribué à la hausse d’au moins 15 % du budget d’une construction de maison.

Dépréciation de la roupie, hausse des coûts des matières premières et du fret, pénurie de cargaisons et de bateaux sont autant de facteurs qui affectent négativement le prix des matériaux de construction et de tout le secteur. Or, ces raisons ne sont pas suffisantes pour expliquer la hausse des prix, selon le ministère du Commerce. Résultat, les deux principaux importateurs de ciment ont accepté de baisser leurs prix. Si le ministère suit la situation de près, l’on peut s’interroger sur des alternatives comme privilégier l’importation régionale des matières premières ou briser les monopoles pour des prix compétitifs.

Nous ne sommes certainement pas sortis de l’auberge, mais l’évolution de la situation est encourageante. Suivant l’ultimatum du ministère du Commerce aux importateurs de revoir leurs prix à la baisse d’ici le 1er octobre, les négociations ont été concluantes et les deux importateurs de ciment, Lafarge et Kolos, ont finalement accepté de revoir leurs prix à la baisse à un taux variant entre 5 % et 6 % sur deux types de ciment. Maintenant la ligne dure, le ministre du Commerce, Soodesh Callichurn, prévient : «Après négociation, les importateurs ont accepté de baisser leurs prix jusqu’à décembre, mais de notre côté le ministère compte suivre la situation de près et nous prendrons des actions si cette baisse n’est pas appliquée.»

Quel est le contentieux ? Il ressort que de juin 2020 à ce jour, il y a eu pas moins de quatre augmentations du prix du ciment représentant une hausse de 15 %. Le prix des barres de fer a aussi augmenté avec le résultat que la construction de votre maison coûte plus cher que prévu. Pour commencer, voyons l’ensemble des coûts inclus dans un projet de construction. En plus du ciment et des barres de fer, il faut bien d’autres matériaux incluant les blocs, le bois, le rocksand et le macadam, parmi d’autres. Hormis le coût des matériaux, votre budget comprend aussi la main-d’œuvre et les spécialistes, dont les architectes. Prenant tout cela en considération et dans un contexte économique difficile, vous prévoyez donc un budget via un emprunt bancaire à la roupie près. Mais voilà qu’entre-temps les prix des matériaux augmentent petit à petit, devenant un poids pour ceux qui ont entrepris la construction de votre maison, mais aussi pour vous.

Pourquoi ces augmentations ? La raison principale avancée reste les frais faramineux d’importation, conséquence directe de la dépréciation de la roupie face au dollar, qui s’échange actuellement à Rs 42,90 et qui accentue la pression sur les prix déjà exorbitant du fret. Ajoutez à cela, les problèmes de logistique, dont les difficultés à avoir une cargaison à un prix raisonnable, les transbordements, etc. Vous avez là le mélange parfait pour une hausse des prix des matériaux de construction.

Or, une question que l’on peut se poser est pourquoi continuer d’importer de pays éloignés et donc de se soumettre à ces conditions difficiles, quand on pourrait à la place opter pour la régionalisation et donc importer d’Afrique en s’appuyant sur nos divers accords bilatéraux ? Nous avons tenté, encore une fois, d’avoir des précisions de Lafarge et de Kolos, mais nos appels sont restés vains.

Toutefois, un directeur de Samlo Koyenco Steel Co. Ltd, Mahen Gowressoo, nous en dit plus. «Nous avons commencé à ressentir ces augmentations de coût en janvier dernier. À titre d’exemple, le prix de la tonne de ferraille est passé de Rs 27 000 à Rs 48 000 et le fret connaît des augmentations incroyables. Pour la ferraille, nous importons principalement d’Inde et de Turquie et les prix pratiqués par ces pays ont augmenté.» Pourquoi ne pas importer de nos voisins sudafricains ? «Le problème est que Maurice importe trop peu, l’Afrique du Sud exporte en grandes quantités et pour nos besoins en termes de volume, nous avons très peu de marge pour négocier les prix. Prenez l’Inde par exemple, nous importons leur surplus, les prix sont donc différents, même si nous importons peu», explique Mahen Gowressoo.

Comme indiqué plus haut, le prix du ciment, qui représente environ 18 % du coût total de la construction d’une maison individuelle, a aussi pris l’ascenseur. Pour l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM), qui a tiré la sonnette d’alarme depuis le mois d’août et qui suit la situation de près, il faut aussi faire attention à la situation de monopole de Lafarge et de Kolos. Justement, que dit la Competition Commission (CC) à ce sujet ?

«Le ciment étant un produit importé, il ne fait aucun doute qu’il sera affecté par ces facteurs économiques externes. Cet impact n’est pas limité au ciment mais à toute une série de produits importés.»

Selon les experts de la CC, les particularités de l’industrie du ciment à Maurice, incluant les besoins d’investissements et les exigences logistiques, entre autres, sont telles qu’il n’est pas anormal qu’il n’y ait que deux opérateurs, c’est-à-dire, Lafarge (Mauritius) Ltd et Kolos Cement Ltd. En effet, si dans une certaine mesure, des additifs locaux sont mélangés au ciment, ce produit reste essentiellement importé. «Ces deux opérateurs sont effectivement en situation de monopole pour la fourniture du ciment à Maurice, car ils détiennent pratiquement 100 % des parts de marché dans la fourniture en gros de ciment et, individuellement, chacun détient plus de 30 % des parts du marché; c’est-àdire, le seuil des parts de marché prescrit par la Competition Act. Or, être en situation de monopole n’est pas interdit par la loi ; en revanche, ce qui n’est pas autorisé, c’est l’abus de cette situation, mais dans le cas actuel nous ne pouvons pas conclure que les prix ont augmenté artificiellement», dit-on à la CC.

Selon les représentants de l’institution, il faut mettre en contexte l’impact de la pandémie sur les coûts d’importation. «Le ciment étant un produit importé, il ne fait aucun doute qu’il sera affecté par ces facteurs économiques externes. Cet impact n’est pas limité au ciment mais à toute une série de produits importés. Cela dit, nous surveillons constamment le marché et si nous constatons qu’il existe des motifs raisonnables de croire que les opérateurs abusent de leur position sur le marché, la CC enquêtera et prendra les mesures appropriées.»

Est-ce que cela aiderait d’avoir plus d’opérateurs dans ce créneau pour stabiliser les prix ? À cela l’institution tient à faire ressortir qu’il n’existe aucune restriction à l’importation de matériaux de construction à Maurice. «L’approvisionnement en matériaux de construction est assuré par des fabricants locaux, des importateurs en gros et, dans certains cas, les matériaux sont importés directement par les utilisateurs, mais le rôle de la commission est d’agir contre tout ce qui peut nuire au processus de concurrence. Ainsi, il faudrait encourager l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché.»

En ce qui concerne les barres de fer, par exemple, depuis avril 2007, il n’y a pas de restriction sur le volume de barres de fer importées mais elles sont soumises à des permis et à des contrôles de qualité de certification par le Mauritius Standards Bureau. Le même contrôle s’applique aux barres de fer fabriquées localement. Il faut savoir que le marché inclut quatre grands acteurs et plusieurs petits opérateurs.

Pour rappel, il y a quelques jours, le président de l’Association of Small Contractors, Gérard Uckoor, expliquait dans les colonnes de l’express que le client qui fait construire sa maison risque de payer entre 15 % et 20 % plus cher actuellement. Finalement, dans tous les cas, si la baisse du prix du ciment peut apporter un peu de fraîcheur dans vos projets de construction, la situation restera difficile pour les mois à venir. Alors, préparez-vous…

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