Covid-19: les chiffres en perspective

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Les tests rapides, même si positifs, ne sont pas comptabilisés dans les cas Covid-19.

Les tests rapides, même si positifs, ne sont pas comptabilisés dans les cas Covid-19.

En fonction de l’angle duquel on se place, les chiffres du Covid-19 ne s’appréhendent pas de la même manière. Du point de vue macro, externe, Maurice n’est pas si mal loti. De l’intérieur, en revanche, sachant que l’on teste moins via PCR, que l’on ne prend pas en compte les tests antigéniques, et que les autorités ne communiquent pas de nombreuses données, on ne peut que s’interroger. Dépendant de la façon de compter, on pourrait presque faire dire ce que l’on veut aux chiffres.

Depuis le 5 septembre, les tests PCR sont réservés uniquement aux personnes positives symptomatiques nécessitant une hospitalisation. Cette mesure, annoncée à travers une circulaire, a beaucoup fait sourciller car elle est perçue comme une décision visant à faire baisser les chiffres du Covid-19.

Dès lors, beaucoup de questions se posent. La première concerne les communiqués. Comment est-ce que des centaines de cas symptomatiques sont annoncés chaque jour alors que les tests PCR ne sont pas faits sur eux ? «Ce n’est pas tout à fait exact. Les tests PCR sont aussi faits sur ceux qui sont en contact direct avec les patients positifs qui ne sont pas vaccinés», avance une source du ministère de la Santé. Ou encore, les cas contact âgés ou avec des comorbidités. D’où les cas asymptomatiques annoncés.

Il précise toutefois que le nouveau règlement stipule que les personnes avec un schéma vaccinal complet, en bonne santé et sans symptômes sont soumises uniquement à un test rapide même si elles sont en contact direct avec les cas positifs. Si le test rapide, qui a une fiabilité moindre que les tests PCR, est positif, le patient est mis en auto-isolement mais il n’est pas comptabilisé dans le décompte des communiqués. Donc on n’aura que des non-vaccinés positifs… mais on ne saura pas combien de vaccinés sont contaminés…

Est-ce que cela fait baisser les chiffres, donc ? Du 1er au 15 septembre, alors que le protocole des tests a changé, Maurice a enregistré 3 201 cas positifs au Covid-19. Pour les 15 derniers jours du mois d’août, le pays avait recensé 1 815 cas. Pas de baisse de ce côté. Cependant, en ce qui concerne les décès liés au Covid-19, Maurice en a enregistré 18 pour les 15 premiers jours du mois de septembre alors que neuf personnes ont perdu la vie à cause du Sars-Cov 2 du 15 au 31 août. Au total, le pays déplore 99 décès de patients positifs, dont 38 directement liés au Covid-19. Quant aux patients positifs dont les décès ne sont pas liés au Covid-19, le nombre n’est plus rendu public.

Que signifient ces chiffres ? Depuis que le ministère ne fait plus de walk-in PCR tests dans les flu clinics et ne le fait pas systématiquement avec tous les cas contact, le nombre de tests PCR a baissé. De ce fait, le nombre de cas annoncés a aussi baissé. Par exemple, les personnes asymptomatiques de moins de 65 ans, ou encore, les personnes vaccinées positives sans comorbidités entre autres, ne sont plus comptabilisées. Comme le décompte par âge, sexe et schéma vaccinal est jalousement gardé, il est impossible de savoir ou même de prévoir combien de cas le pays compte dans cette catégorie. Mais dans ce cas, qu’est-ce qui explique le fait que le pays compte davantage de cas depuis que moins de tests sont faits ?

Selon le Dr Vasantrao Gujadhur, le calcul est simple. «Le nombre de cas annoncé ne concerne que les tests PCR sur une catégorie restreinte de personnes. Le nombre de cas réel doit être au moins deux fois plus élevé que les cas annoncés», dit-il. En gros, si le nombre de cas augmente avec moins de tests, cela veut dire qu’il y a plus de tests positifs qu’avant et, par conséquent, il y a plus de cas dans la communauté. «Et comme nous ne savons pas combien de tests sont réalisés, il est impossible de calculer le taux d’infection», ajoute-t-il.

Illustrations biaisées

Lors de la conférence de presse du National Communication Committee, hier, Steven Obeegadoo a fait défiler plusieurs infographies réalisées par l’OMS pour démontrer la gestion de la pandémie par Maurice. Cependant, les illustrations sont faites à partir de données fournies par le gouvernement, comme l’a fait ressortir le Deputy Prime Minister. Or, vu qu’il n’y a qu’une partie des cas qui sont testés et une bonne partie des cas contact n’est plus éligible aux tests PCR, les données fournies à l’OMS et les illustrations sont de ce fait biaisées.

Ainsi, le pays est passé d’une moyenne de 330 cas à la fin du mois d’août à une moyenne de 161 cas à la mi-septembre. La baisse correspond au moment où le nouveau protocole est entré en vigueur. En ce qui concerne les décès, alors qu’en avril 2020 le taux de risque de décès par rapport à la population contaminée était de 3 % alors qu’en ce moment, le pourcentage est de 0,3 %. Quant au taux d’infection, selon Steven Obeegadoo, une personne contaminée infecte moins d’une personne selon les derniers chiffres. Ces deux baisses, a-t-il précisé, sont les effets directs de la campagne de vaccination. Cependant, il faut faire ressortir que sans tester le maximum de cas à risques, le taux d’infection ne peut pas être exact.

Réouverture des frontières : Obeegadoo a trouvé son bouc émissaire

Rebelote hier. Après les cris d’orfraie de mercredi, le gouvernement, par la voix de Steven Obeegadoo, rend encore une fois la presse responsable si les touristes ne (re)viennent pas à Maurice. Car pour lui, cette éventualité ne sera nullement en raison de la récente flambée de contaminations et de décès liés au Covid à Maurice et répercutée à l’étranger, notamment à travers la mise en garde de l’organisme américain Centers for Disease Control and Prevention. Répondant à une question d’un journaliste de la MBC lors de sa conférence de presse d’hier, le Premier ministre adjoint a condamné les articles de presse qui seraient, dira-t-il en substance, antipatriotiques.

Voilà donc le bouc émissaire tout trouvé pour justifier les promesses risquant maintenant de ne pas se concrétiser, venant, notamment, du ministre des Finances, comme accueillir 650 000 touristes entre ce premier octobre et le 30 juin 2022. Pour faire encore plus d’effet, le ministre Obeegadoo a parlé, les mains tremblantes, des 100 000 Mauriciens qui se retrouveront sans emploi et sans revenu par la faute des journalistes qui ont, eux, préféré tenir un langage de vérité au lieu d’induire les potentiels touristes en erreur. La photo de Nad Sivaramen de l’express a encore été affichée dans le journal de la MBC de 19 h 30 hier.

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