Winda Chevalier: motiver les femmes à exploiter pleinement leurs potentialités

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Winda Chevalier, Senior Manager à EY et co-fondatrice du Board of Good.

Winda Chevalier, Senior Manager à EY et co-fondatrice du Board of Good.

S’il est vrai qu’historiquement, les hommes ont toujours bénéficié de privilèges sociaux, d’où leur présence en grand nombre à des postes de leadership, souvent, les femmes se mettent des barrières invisibles dans la tête en ne se croyant pas suffisamment capables. Or, avec la bonne motivation, elles pourraient repousser leurs limites et exploiter pleinement leurs potentialités. C’est la conviction de Winda Chevalier, Senior Manager à Ernst and Young (EY) et co-fondatrice, avec Natacha Emilien, de l’initiative citoyenne Board of Good.

Winda Chevalier, née Jean-Pierre, a le goût du risque, quitte à avoir à recommencer à zéro, comme cela se verra au cours de son parcours, signe qu’elle a intériorisé l’adage «Qui ne risque rien n’a rien». Cette quadragénaire, originaire de Grand-Gaube, est issue d’une famille nombreuse et modeste. Son père vit de la fabrication de casiers pour les pêcheurs et sa mère, bien qu’élevant sept enfants, est celle qui négocie le prix des matières premières pour son père. 

Malgré qu’ils n’aient pas un niveau d’instruction très élevé, les Jean-Pierre encouragent leur fille à étudier à l’école et à se dépasser. Si Winda Chevalier voit surtout son père à l’oeuvre, c’est au moment où elle devient maman, des années plus tard, qu’elle réalise pleinement la contribution de sa mère dans l’activité de son père et dans celle de la famille en général. 

C’est au collège Friendship que Winda Chevalier est scolarisée. En grandissant, elle prend conscience des différences sociales et se rend compte qu’il y a des gens qui ont une aisance à s’exprimer et d’autres pas. Elle se dit alors qu’un jour, elle défendra les minorités, qui n’arrivent pas à faire entendre leurs voix et qu’elle les aidera à aller plus loin. Mais en avançant dans ses études secondaires, elle opte notamment pour la comptabilité. Si au départ, c’est pour émuler un cousin comptable qu’elle admire, elle apprécie la matière pour ce qu’elle est. «La comptabilité, ce n’est pas que les chiffres. C’est comment les interpréter et comment communiquer, inspirer et faire voir plus loin.»

C’est donc tout naturellement qu’à la fin de ses études secondaires, elle demande et obtient son admission à l’université de Maurice (UoM) où elle étudie pour obtenir un Bachelor of Science en Accounting and Finance. Après un début à Accenture, elle rejoint la firme comptable BDO, et en parallèle à son emploi, elle étudie, avec sa meilleure amie, pour obtenir l’imprimatur suprême pour les comptables, à savoir la reconnaissance de l’Association of Certified Charterered Accountants (ACCA) qu’elles réussissent brillamment. 

Le premier risque qu’elle va prendre, c’est dans sa vie personnelle quand elle décide d’entretenir une relation à distance. Une de ses soeurs aînées étant mariée à un Français et installée à Pornic, petit village portuaire à l’Ouest de la France, celle-ci la met en contact avec Jérôme Chevalier, le neveu de son mari. C’est un jeune chimiste. Ainsi, pendant un an et demi, ils communiquent et finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. Ils prennent la décision de se fiancer et de se marier. L’instinct de notre interlocutrice lui dit que tout ira pour le mieux. «J’étais confiante que les choses se mettraient en place et que tout irait bien pour moi.» Ils unissent ensuite leurs destinées et Winda quitte Maurice pour Pornic.

C’est une fois en France qu’elle découvre que professionnellement, ni son diplôme universitaire de l’UoM, ni sa certification d’ACCA ne sont reconnus dans ce pays. Elle doit alors recommencer à zéro. Dans un premier temps, elle travaille avec son beau-père, qui a mis en place une structure à but social et profitable, qui fait de la sous-traitance d’usinage de pièces pour les Chantiers Atlantique et le contrôle de qualité de déclencheurs d’airbags pour Airbus et des sociétés dans l’industrie automobile. Cette structure emploie à 80 % des personnes en situation de handicap physique. Elle s’occupe non seulement de comptabilité mais aussi du personnel et de l’accueil des clients. Elle est ravie de pouvoir «mettre l’humain au coeur de tout, de mettre en avant des personnes en situation de handicap et de montrer ce dont elles sont capables.» 

Son petit monde professionnel est chamboulé par la crise financière de 2008, qui sape les meilleures intentions du monde et les oblige à mettre la clé sous le paillasson. Winda Chevalier reprend alors ses études à l’université de Nantes où elle obtient un Masters en contrôle de qualité et d’audit. Elle fait un stage à KMPG et au final, la direction, qui est satisfaite de son travail, l’embauche pour faire l’audit. Ce qu’elle fait pendant cinq ans et a même l’occasion de remplacer la responsable comptable à la Société Générale. Ses responsabilités professionnelles ne l’empêchent pas de concevoir et mettre au monde deux enfants, Timéo et Eva, aujourd’hui âgés de sept et cinq ans.

Winda Chevalier passe presque dix ans en France, bien qu’elle et les siens viennent régulièrement en vacances à Maurice. Le décès de son père en 2010 lui fait prendre conscience que la vie est courte, que sa mère se fait vieille, même si elle est courageuse – elle a suivi et réussi un cours d’alphabétisation à 70 ans. De plus, Winda Chevalier veut que ses enfants se familiarisent à la culture mauricienne. Les Chevalier décident de venir poser leurs valises à Maurice. Avant de faire le grand saut, elle s’assure de trouver un emploi à EY en tant que Manager. Le déménagement de la France à Maurice a lieu en 2016 et Winda Chevalier intègre cette firme comptable le 15 septembre de cette année-là. Cela fait cinq ans qu’elle y est et a suivi plusieurs formations, tout comme elle en a animées et est très fière d’appartenir à «une organisation internationale, qui a la même méthodologie aux quatre coins du monde. J’aime évoluer dans cet univers international, avec des collègues locaux mais aussi échanger avec des collègues dans d’autres pays. J’aime ce monde de challenge, de croissance, cet environnement dynamique qui me permet d’évoluer.» Cette Senior manager à EY a aussi beaucoup voyagé professionnellement dans plusieurs pays dont l’Afrique du Sud, Madagascar et le Kenya. «Je suis passionnée par mon travail bien qu’il soit exigeant et j’aime toutes les opportunités qui me sont offertes. Je veux grandir encore, évoluer», confie-t-elle. 

Plusieurs éléments dont un souci de santé, l’an dernier, vont lui faire recentrer ses priorités. Elle assiste à un séminaire de développement personnel intitulé Unleash the Power Within et visionne une vidéo du Motivational Speaker Les Brown intitulée Live full and die empty, qui la fait réfléchir car cet Américain exhorte les spectateurs à vivre leurs rêves dès maintenant et ne pas les repousser à un demain, qui ne viendra peut-être jamais. «Je me suis dit que je veux que ma vie ait du sens maintenant. Cela ne veut pas dire lever le pied, au contraire, c’est mettre davantage le pied mais m’impliquer différemment dans tous les aspects de ma vie, pour me réaliser pleinement que ce soit dans mon travail, ma vie de maman, dans mon couple, pour ma santé et aussi en tant que citoyenne responsable et solidaire.»

Plusieurs éléments dont un souci de santé, l’an dernier, vont lui faire recentrer ses priorités. Elle assiste à un séminaire de développement personnel intitulé Unleash the Power Within et visionne une vidéo du Motivational Speaker Les Brown intitulée Live full and die empty, qui la fait réfléchir car cet Américain exhorte les spectateurs à vivre leurs rêves dès maintenant et ne pas les repousser à un demain, qui ne viendra peut-être jamais. «Je me suis dit que je veux que ma vie ait du sens maintenant. Cela ne veut pas dire lever le pied, au contraire, c’est mettre davantage le pied mais m’impliquer différemment dans tous les aspects de ma vie, pour me réaliser pleinement que ce soit dans mon travail, ma vie de maman, dans mon couple, pour ma santé et aussi en tant que citoyenne responsable et solidaire.» 

Par rapport à son parcours professionnel, elle évoque la question avec un des associés d’EY et ils discutent et mettent en place bon nombre de projets professionnels. Elle arrive à la conclusion qu’elle a également besoin d’un mentor pour lui faire réaliser son plein potentiel dans d’autres domaines. Ayant lu un article sur Natacha Emilien, Chief Executive Officer de Red Dot, qui lui paraît une femme accomplie et toujours en quête d’innovation, elle la contacte. Elle accepte de lui accorder une heure d’entretien à la suite duquel elle se dit disposée à être son mentor à condition que Winda Chevalier ait pour objectif de grandir en tant que femme leader mais aussi d’avoir un impact positif sur les autres et sur le pays. Au cours de cet entretien, Natacha Emilien lui parle de l’initiative citoyenne Board of Good qu’elle compte lancer très rapidement. Winda Chevalier décide alors de devenir la co-fondatrice du Board of Good.

L’objectif de cette initiative citoyenne, indépendante et à but non lucratif, est axé sur l’émancipation des femmes leaders mauriciennes avec des principes de leadership inclusif, bienveillant et moral. Elle vise aussi à encourager les femmes à prendre leur place dans le leadership, qu’elles se défassent de leurs propres blocages, ainsi que du manque de confiance en elles afin de réaliser leurs pleins potentiels. 

Le Board of Good a lancé un registre gratuit qui compte aujourd’hui une liste de 165 femmes directrices ou celles qui veulent l’être et décident d’organiser régulièrement des webinars et d’autres initiatives afin que d’ici 2030, il y ait au moins 500 femmes dans des postes de leadership. Le premier webinar a eu lieu début septembre et d’autres suivront. «Ce n’est pas une question de se mettre en avant mais un réel besoin de s’entraider pour créer une dynamique d’inclusion des femmes avec les hommes. Les femmes sont différentes des hommes mais femmes et hommes sont complémentaires. On veut que les femmes se rendent compte de leurs compétences, de leurs capacités et que ce faisant, elles soient prêtes à assumer elles aussi des postes de leadership». Les co-fondatrices du Board of Good veulent aussi mettre en place un Business Club pour les femmes afin qu’il y ait davantage de networking entre elles.

Winda Chevalier reconnaît que certaines compagnies font de la place aux femmes dans le leadership, notamment la sienne où il y a trois femmes associées et plusieurs femmes dans le management mais concède qu’il n’y en a pas suffisamment. Quand on lui fait remarquer qu’il y a des femmes qui ne se font pas de cadeaux entre elles, Winda Chevalier déclare préférer voir le côté positif des choses. «Oui, je sais que cela existe mais je veux regarder les femmes et les hommes qui font avancer le pays. Je ne veux pas regarder les exemples négatifs, qui tirent vers le bas. Nous sommes en 2021 et les femmes ne peuvent plus continuer à avoir l’attitude de s’écraser devant les autres, ni d’écraser les autres.» 

Et d’un point de vue personnel, elle espère que d’ici cinq ans, sa famille sera encore plus épanouie qu’elle ne l’est aujourd’hui, qu’elle sera personnellement au top de sa forme personnelle et professionnelle. Elle y croit dur comme fer et son prénom y est pour quelque chose. «Dans Winda, il y a d’abord Win. Cela a une grande signification pour moi. Cela me permet de ne pas avoir peur d’avancer, de prendre des risques, de win…»

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