Métro de Rose-Hill à Ebène: ces coups de pioche qui enterrent les commerçants

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Nouvelle étape enclenchée. Alors que les travaux vont bon train en ce qui concerne la prochaine phase d’installation du métro, des commerçants, qui avaient déjà du mal à respirer en raison du Covid, notamment, affirment que leur business suffoquera davantage.

La rue Vandermeersch, de la jonction du bâtiment du Central Electricity Board (CEB) à la route A1 (St-Jean-Port-Louis) près du bureau de poste, est à sens unique depuis le 8 septembre. La raison ? Larsen & Toubro (L&T), ayant débuté la troisième phase du Metro Express, de Rose-Hill à Ebène, une nouvelle configuration, notamment des déviations, est nécessaire. Ainsi, pour rejoindre la rue Vandermeersch, les automobilistes devront emprunter la route A1 vers Beau-Bassin pour ensuite dévier sur la rue Kennedy (devant la MCB) et l’avenue Julius Nyerere. La desserte Rose-Hill/Réduit sera opérationnelle en décembre 2022.

Cependant, la poussière et le bruit commencent à incommoder les résidents et les commerçants. Ceux en face de la gare du côté d’Atrium, ont eu à peine le temps de souffler en reprenant graduellement leur business après presque deux ans depuis la mise en opération de la phase une, de Rose-Hill à Port-Louis. Voilà que leur quotidien est à nouveau chamboulé par de nouveaux travaux qui dureront 24 mois. Autre coup dur alors qu’ils augurent des jours pénibles à l’horizon pour leurs affaires.

«Ce sera difficile.» C’est un peu le leitmotiv des commerçants qui résonne en ce jeudi matin. L’amertume, l’impuissance, le désespoir… voilà quelques sentiments qui les animent. Debout devant son magasin, ce propriétaire muni de son balai essaie de repousser la poussière qui s’est entassée. Pour lui, une route fermée jusqu’en 2022 est comme une douche froide. «Zot bisin fouye travay, me mo osi bizin travay. Bizin enn konsensus», lance-t-il. Il appréhende déjà une nouvelle baisse de son chiffre d’affaires, surtout en période de fêtes de fin d’année, avec les gros travaux qui seront déjà entamés. «Piblik pa pu sirkile kouma avan. Pu bizin ferm boner.» Les deux confinements du Covid-19 n’ont pas amélioré la situation. «Pendant 3-4 mois, je n’ai pas pu opérer. Cela a repris un peu pour à nouveau se retrouver en confinement. Covid ek metro in tap ansam», se désole-t-il. Selon lui, avec la déviation, les clients se font rares à présent.

David, autre commerçant du coin, abonde dans le même sens. «Depuis que des barrières ont été installées, les clients ne viennent plus.» Lui qui essaie de se remettre des deux ans qu’a duré la construction de la phase une du métro. Selon lui, la situation s’envenimera avec les nouvelles déviations. A-t-il été rassuré lors de l’exercice de communication de l’équipe de Metro Express Limited (MEL) le 8 septembre ? «Zot zis la pou fer developman. Nou pa dir ki li pa bon mais zot pa konn nou problem. Mo pa ditou rasire par seki zot in dir», explique-t-il, tout en murmurant que c’est bien difficile d’autant plus qu’il n’a pas eu assez de temps pour rattraper les deux ans perdus avec la phase une.

Erjaaz Ramjaun, de Star Trading, cache difficilement son amertume. «Li bien difisil. Avan mo ti pe gagn klian. Me enn dimounn pena kot mwa la», confie ce propriétaire de magasin de vêtements pour dames et accessoires de literie, qui nous montre l’intérieur du magasin vide. Selon ses dires, pendant deux ans, les commerçants en face de la gare centrale ont beaucoup souffert sans aucune compensation en retour. «Nanien pann gagne. Nu pey lokasyon cher ici», lamente celui dont le père occupe ce magasin depuis huit ans. Il fait ressortir que le chiffre d’affaires est au plus mal avec une baisse de 60 %. «Pri pe monte, li pu vinn pli pir.» Il explique que le confinement a aussi eu un impact sur la vente. Si, admet-il, les affaires ont repris pendant quelque temps avec la mise en opération du tram, elles ne le sont plus car une partie de la route est fermée à la circulation et des barrières ont été installées. «Si bann-la ouver enn pasaz kot cross-here dimounn pu revini.»

Plus loin, Arvin, un fleuriste qui occupe un espace depuis un an et demi, ne connaît pas les inconvénients de la phase une. Il est en mode wait and see. «J’attends que les travaux débutent pour voir si les clients vont venir ou s’ils vont rester loin à cause de la poussière.» Cependant, il estime qu’avec une seule voie, il sera difficile de débarquer ses fleurs sans bloquer la circulation.

Assis derrière le comptoir, Ajit Hookoomsing Beenessreesingh attend des clients qui se font rares. Depuis 21 ans qu’il a ouvert le magasin Sélection en face de la gare, les travaux et la nouvelle configuration routière n’arrangent pas les choses. «On ne peut rien faire car c’est le gouvernement qui a donné cette permission. Ils vont construire jusqu’à Réduit. Et ça va passer devant ma maison. Même si vous n’êtes pas d’accord, que faire ? », confie celui qui est aussi un membre de l’association des commerçants de Rose-Hill. Il fait un parallèle avec une nouvelle route principale construite, il y a 30 ans. Si la décision avait été prise à l’époque pour exproprier les terres d’environ huit résidences, il y a eu des protestations et une mise en demeure des habitants. «C’est eux qui décident, c’est comme ça», se désole-t-il. Selon lui, depuis 15 jours, les nuits à Rose-Hill sont plus bruyantes. «Presque toute la nuit, ils travaillent. Vous voyez les tonnes de terre qu’ils ont jetées, même au bas, sur la berge de la rivière ? lance-t-il. Quoi qu’il en soit, le coup d’envoi des travaux marque le début du calvaire des commerçants de Rose-Hill pendant deux ans.

Abattage d’arbres, fouilles, “piling”… Le chantier démarre

Si depuis juin, le constructeur indien L&T a effectué des études géotechniques dans la région de Rose-Hill et Ébène, ce n’est que mercredi que le coup d’envoi officiel de la phase 3 de Rose-Hill à Réduit a débuté. Long de 3,4 km, cette extension sera construite au coût de Rs 4,55 milliards. A Rose-Hill, des travaux de “piling” (NdlR, enfouissement des poutres pour les rails surélevés du métro) débuteront aussitôt que l’identification et le déplacement des services publics prendront fin. Le paysage en direction d’Ebène change. Des barrières de filets verts ont été installées pour délimiter les voies ferroviaires sur lesquelles passeront les trams en décembre 2020, au même moment que se terminera la phase 2, entre Quatre-Bornes et Curepipe.

En ce jeudi matin, quelques ouvriers s’affairent sur le chantier. La ruelle qui mène vers les à Curepipe. résidences, qui surplombent la rivière Sèche, a perdu de sa tranquillité avec le va-et-vient des ouvriers et des machines. Des montagnes de gravats, de matériaux de construction ont été déversés devant les murs des résidents, défigurant ainsi le quartier. Plus bas, des montagnes de terre jonchent la berge de la rivière. Des signes visibles que le chantier est ouvert. Plus loin à Réduit, du côté de l’ancien pont ferroviaire, le paysage est désolant. Des arbres ont été abattus et un tractopelle procède au nettoyage. Plus bas sur la berge de la rivière Cascade, les ouvriers de L&T ont démarré le piling.

Selon le tracé, un viaduc de 548 m de long reliera la gare de Rose-Hill à celle qui sera construite à l’entrée d’Ebène SSS (Filles). Ensuite, un pont de chemin de fer de 90 m sur la rivière figure sur le cahier des charges. Le tracé passe au sol pour rejoindre un nouveau pont de 120 m qui sera construit alors que l’ancien sera préservé tout comme celui qui surplombe le ravin de la Grande-Rivière-Nord-Ouest (GRNO). Le nouveau pont requiert une attention technique particulière en raison de sa proximité avec le barrage d’une unité de production d’électricité, au milieu d’une topographie complexe. La station surélevée de Rose-Hill sera connectée à celle d’Ébène, qui sera construite au sol ainsi que celle de d’alimentation d’électricité seront construites à Ébène et Réduit.

Arab Town ou la désillusion des marchands

Leur gagne-pain avait été rasé pour faire place à la phase une du Metro Express, entre Rose-Hill et Port-Louis. Eux, ce sont les marchands de l’ancienne Arab Town. Si cela fait quatre ans qu’ils ont été relocalisés à la rue Duncan Taylor, dans la New Arab Town, que les autorités leur ont promis monts et merveilles, ils ont vite déchanté. Aujourd’hui, ils ne veulent plus de promesses en l’air. Ces marchands s’accordent à dire qu’ils n’arrivent plus à joindre les deux bouts. «Bizin donn nou grant. Trwa zer travay la mort. Ti kapav reloz nou anba metro», s’écrie Goolam, marchand de fruits. Rajesh, qui vend des vêtements, parle de la rareté des clients à cause de l’ancienne gare routière qui desservait les lignes St-Patrick, Trèfles et Camp-Levieux et qui a disparu. «Pena publik isi depi inn tir la lign bis. Ena marsan pa pe kapav fer la vant depi katran inn vinn la.»

Goolam, marchand de fruits.

D’ailleurs, il affirme avoir alerté les autorités sur cette problématique car cette démarche aurait beaucoup affecté leurs ventes qui ont drastiquement chuté. «Nous avons perdu notre clientèle qui recherche désormais des endroits plus accessibles grâce à une desserte de bus.» Selon Rajesh, la New Arab Town est située après le marché de Rose-Hill et le supermarché Central Way, ce qui dissuaderait les clients de venir. «Si remet bis tou marsans travay normal.» Il explique que plusieurs marchands ont abandonné leur étal par manque de clients. «Ena marsan batem mem pa fer. Zis kan fet fer enn ti la vant. Le 23 desam bizin ramase ale pena travay», déplore-t-il. L’étal de Chehin se trouve au fond. Elle voit à peine des clients passer. «Travay pa bon. Dimounn pa vini. Asize pu nanien. Dan vid. La vant enn lotri. Enn kout kapav gagn enn klian.» Nazia Jeawon abonde dans le même sens. «Depi nu vinn travay isi, travay in tombe net. Inn met nou dan enn plas kot dimounn pa vini.» Quant à ce marsan alouda, il explique que le tram n’a rien apporté. Selon lui, l’ancienne Arab Town était un lieu stratégique où il y avait du mouvement car des gens la traversaient pour aller au boulot et il y avait des collégiens. «Ici nou bizin atir dimounn. Kan krie dimounn et dimounn pase arete li fer enn diferans. Si tir manze, bwar tou sa dimonun la pa viv. Ena dimounn pa mem fer batem.»

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