Vasant Kumar Bunwaree: «Il nous faut petit à petit ouvrir l’économie sans menacer la santé publique»

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Vasant Kumar Bunwaree, ex-ministre des Finances, du Travail, de l’Éducation et cardiologue.

Vasant Kumar Bunwaree, ex-ministre des Finances, du Travail, de l’Éducation et cardiologue.

Le cardiologue de carrière examine l’état de santé de l’économie, sérieusement secouée par la soudaine émergence du Covid-19 et les mesures prises par le gouvernement pour en atténuer l’impact sur la population. En tant qu’ex-ministre des Finances, du Travail et de l’Éducation, il prend aussi la mesure des effets de ce phénomène sur l’économie. Optimiste, Vasant Bunwaree estime que le pays dispose du potentiel et des moyens nécessaires pour relever le défi que pose la pandémie.

En tant qu’ex-politicien, vous avez été ministre des Finances alors que la médecine n’a aucun secret pour vous. Pour une des rares fois de son histoire, notre économie est confrontée à une étape de son parcours où une pandémie lui impose le chemin de son évolution. Comment trouver le juste équilibre entre les impératifs économiques et les devoirs de protéger la santé de la nation ? 
Les deux sont aussi importants et l’un ne peut survivre sans l’autre. Il est cependant bon de savoir qu’aucune économie ne pourrait, ni ne saurait perdurer ou s’épanouir sans une population en bonne santé avec les aspects psychologiques qui entourent le phénomène Covid. Nous connaissons en effet, de temps en temps, des crises économiques comme celle-ci avec des causes et effets nationaux et internationaux. Les précédentes, dont celle de 1997-98, ou des années 2005-2010, ont eu tendance à tomber dans l’oubli ou du moins à avoir eu des effets dilués alors que la présente, dont l’origine a une base socio-hygiénique propre, a effrayé des plus grands aux plus petits peuples à travers le monde, et ça dure. Nous avons à Maurice beaucoup de potentiel peu ou mal exploité, de nouveaux domaines à explorer et à faire naître, et surtout il ne faut pas avoir peur. Encore fautil faire vite et avoir l’esprit ouvert et chevronné. Il y aura sûrement quelques échecs aussi mais la possibilité de réussir est énorme grâce, bien entendu, à l’intelligence de notre peuple, son savoir-faire, sa nature travailleuse. 

Cette protection, les autorités espèrent l’obtenir lorsque le pays aura atteint le niveau d’immunité collective escompté, tout à fait possible avec les efforts des autorités. Cette théorie qui repose sur une vaste campagne de vaccination vautelle toujours le coup si on tient compte des risques d’émergence de variants qui peuvent contribuer à remettre le compteur à zéro ? 
La vigilance est de mise et devra le rester. En fin de compte, la campagne de vaccination porte ses fruits et continuera à le faire. Nous devons rester toujours avant-gardistes à ce sujet et contempler la revaccination des sujets déjà vaccinés à partir de janvier 2022. Sinon tout le bien d’avant partira en fumée. Pour cela, il faut déjà se lancer à la recherche, bien à l’avance, de suffisamment de doses de vaccins tout en suivant de près l’efficacité de tel ou tel autre vaccin pour vraiment protéger la population. La notion de «tester/isoler/ retracer» doit aussi rester toujours présente.

Dans ce cas, comment les autorités devraient-elles s’y prendre pour s’assurer que la cohabitation est toujours jouable entre des risques associés à la pandémie et le retour normal aux activités indispensables à la survie économique du pays ? 
Il faut toujours avoir à l’esprit la «nouvelle normalité» et elle aussi pourrait être appelée à évoluer. Ce virus, invisible à l’oeil nu, qui ne bouge pas, ne vole pas, n’agresse pas, si on le laisse tranquille en dehors du corps humain, nous a donné plusieurs leçons de vie et de modes d’action. Si on ne garde pas l’esprit grand ouvert, réceptif et réactionnel en conséquence, on ne sortira pas vainqueur dans une guerre ouverte contre cet ennemi pourtant ô combien impuissant ! et qui ne trouve sa force que dans la faiblesse de nos actions mal conçues par manque de réflexion profonde sur le ‘pour’ ou le ‘contre’ de telle ou telle mesure. Il nous faut ouvrir l’économie petit à petit, en permettant à ceux qui le peuvent de persévérer sans menacer la santé publique et en facilitant ceux qui ont du potentiel et de la ténacité, de démarrer. Encore faut-il en permanence être à leurs côtés pour parer à toute difficulté ou éventualité en cours de route. 

C’est une des rares fois où l’économie mondiale est confrontée à un phénomène qui n’épargne aucun pays. Quel est votre constat par rapport aux mesures prises par le gouvernement pour tant soit peu atténuer les effets de la pandémie sur l’économie ?
Enfin, c’est une façon de voir. Sachez que le monde en a connu d’autres dans d’autres circonstances, par exemple, la tuberculose, la variole, la grippe aviaire, le SIDA qui lui, continue à tuer des gens et j’en passe. Ici la nature du virus, son mode d’éclosion encore flou, voire suspect, son génie malgré les facilités du temps moderne, ont évolué à tel point que nous avons été pris de court et abattus dès le départ. Le gouvernement a agi avec le meilleur de ses moyens tant bien que mal. Il ne faut pas oublier que ce sont eux au gouvernement qui ont presque toutes les données et les facilités d’études, de recueil et d’analyse des données internationales. Cela constitue un facteur d’une importance capitale lorsqu’il s’agit de gérer une situation qui découle d’un manque de certains éléments parmi nos compétences locales ou qui résulte des prises de décisions. 

Là où le bât blesse, c’est que la maison de la radio et de la télévision nationale (MBC) passe et perd un maximum de son temps et du coup du nôtre aussi, fortuitement, et sournoisement et malencontreusement à essayer de défendre régulièrement des actions et des prises de décisions du gouvernement, souvent indéfendables, nous prenant en passant pour des bêtes, pour ne pas dire autre chose, au lieu de faire preuve de son vrai sens d’existence, de devoir et de grandeur dans une démocratie qui se respecte, en exposant les détails à retenir et qui soutiennent les raisons de telle ou telle décision concernant le fonctionnement de notre économie dans la «nouvelle normalité», une situation qui incite à admettre qu’il y a toute une rééducation du peuple à faire. La MBC serait-elle à la hauteur pour accomplir cette tâche plus qu’herculéenne au service de la nation ?

Vous qui avez déjà assumé la gestion de l’économie du pays, que se passe-t-il dans la tête d’un ministre des Finances lorsqu’il est confronté à une situation qui constitue un véritable défi pour l’économie ? 
Il y règne un sursaut permanent, une prise de conscience et le désir de vouloir faire du sens du devoir pour la patrie sa raison de vivre. On a le sentiment de tout faire pour suivre l’évolution de la situation, si je peux dire, d’heure en heure et rester en permanence à l’écoute de toutes les parties prenantes et utiliser à fond ses ressources et sa matière grise pour agir et réagir efficacement et promptement afin de réussir à traverser les obstacles avec un minimum de heurts. Toute «mauvaise décision» pourrait avoir un impact douloureux et négatif sur toute ou sur une partie de notre population. Il s’agit d’une situation qui pourrait laisser des séquelles à moyen et à long termes, dont certaines pourraient s’avérer indélébiles. 

Venons-en à l’ouverture de nos frontières par rapport aux personnes, services et produits de l’étranger. Dans les circonstances actuelles, le pays estil prêt pour amorcer l’ouverture de ses frontières territoriale, commerciale, économique et sociale ? 
Il n’est sûrement pas prêt, mais peut-on rester les bras croisés ? Il nous faut suivre la situation au jour le jour tant sur le plan international et rester très vigilants et prêts à faire face à toute éventualité. Nous avons, dans notre pays, suffisamment d’experts qui maîtrisent divers aspects pour faire fonctionner le phénomène de réouverture. Encore faut-il que leurs voix soient entendues et prises en compte. Le gouvernement a établi un comité conjoint de représentants des secteurs public et privé. Ce qui constitue une bonne initiative. Si le choix me revenait, j’aurais opté pour la mise sur pied, parallèlement à ce comité, d’un forum regroupant les compétences ayant pour principal objectif la responsabilité de revoir tous les jours la situation. Avec les moyens de communication efficaces d’aujourd’hui, le travail et donc les résultats seraient obtenus de manière rapide, valable et saine. On agirait ainsi en toute transparence et sécurité. Ne dit-on pas que «du choc des idées, jaillit la lumière» ? 

Tout n’est pas perdu pour autant. Quand on parle de réouverture de nos frontières aux étrangers, on parle surtout de la venue des touristes. Il ne faut cependant pas négliger de porter une attention toute particulière à d’autres secteurs de notre économie où il est indispensable de mettre en place un nouveau programme de développement ou à qui on devrait offrir l’opportunité de se réinventer. La pandémie de Covid-19 a créé et continue à donner la possibilité à nos entrepreneurs de se réévaluer et de se réinventer. Il existe de nombreux domaines qui peuvent encore davantage faire fructifier et produire de la richesse et de l’emploi. Je me permets d’évoquer, entre autres, l’industrie océanique où Maurice dispose d’une immense étendue de mer ; l’agriculture où il est possible d’envisager l’autosuffisance grâce à une meilleure utilisation des terres ; le secteur offshore où le travail à distance qui existe chez nous déjà depuis bon nombre d’années bien avant l’arrivée de la pandémie de Covid-19.

Quels sont les risques inhérents à une telle décision ? 
Mentionnez-moi, ne serait-ce qu’un domaine d’activités humaines où les risques n’existent pas ! Mais je suis d’accord qu’ils doivent être bien étudiés et il nous faut pour chaque domaine avoir un plan B, voire un plan C. L’imprévu n’arrête pas de nous prendre par surprise avec ce virus. Le plus grand risque, selon moi, c’est l’arrivée, avec les passagers de l’étranger, de nouveaux variants, certains plus dangereux que d’autres, voire de nouvelles souches qui pourraient prendre d’assaut notre population même vaccinée. C’est là que la vigilance et les plans A, B, C… doivent être de mise pour éviter le plus rapidement possible l’étendue à l’intérieur de nos frontières. 

La poursuite du programme de vaccination, son renouvellement aussi et la poursuite sans relâche des mesures barrières et une campagne d’information tous azimuts doivent être suffisamment fortes pour choquer l’opinion publique. Nous sommes partis avec ce virus pour quatre à cinq ans, voire plus d’années maintenant. Il faut le savoir. Je suis de nature optimiste et fonceur, gardant la tête bien sur les épaules pour mieux faire face aux plus grands des défis. Encore faut-il que le courant passe, que la confiance règne et que la lucidité prédomine. Oui, apprenons à vivre avec le virus et gardons la porte ouverte à en accueillir d’autres, sans perdre le sens des valeurs et de ce mode de vie et le pouvoir de fonctionner dans des environnements inconnus.

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