Patrimoine: qui veut la peau des trottoirs pavés de Port-Louis ?

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C’est la «Trafic Management and Road Safety Unit» qui remplace les pavés par du béton.

C’est la «Trafic Management and Road Safety Unit» qui remplace les pavés par du béton.

Sacrilège. Du béton à la place des pierres taillées des trottoirs de la rue Dauphine. Comment est-ce possible, s’insurgent citadins et défenseurs du patrimoine depuis la fin de la semaine dernière. Alors que tous s’accordent à reconnaître que les trottoirs pavés de la capitale ont une valeur historique. Portant sans faiblir l’histoire d’une ville. 

C’est la mairie de Port-Louis qui est «propriétaire» des pierres taillées des trottoirs de la capitale. Sauf que, selon le lord-maire, Mahfooz Moussa Cadersaib, la mairie n’est pas responsable de ce chantier. D’ailleurs, le lord-maire n’était pas au courant de ces travaux. 

Le lord-maire explique : «Mercredi dernier, je suis passé là-bas. Dès que j’ai vu ce qui se passe à la rue Dauphine, nous avons écrit aux autorités concernées. Nou finn dir zot nou pa anpes zot fer travay, mé pa tous bann ros-la. Et de remettre en place les pierres taillées, comme elles étaient auparavant.» Il confirme que c’est la Trafic Management and Road Safety Unit (TMRSU) qui est responsable des travaux à la rue Dauphine. À son tour, la TMRSU a engagé un entrepreneur pour réaliser le chantier. 

«Nous avons écrit au ministère concerné», affirme le lord-maire. C’est-à-dire celui des Infrastructures publiques et du Transport. À hier matin, le lord-maire n’était pas en mesure d’indiquer si une réponse des «autorités concernées» était parvenue à la mairie de Port-Louis. La mairie était-elle au courant de ces travaux ? Mahfooz Moussa Cadersaib précise qu’il n’a pas l’information. «Cela peut arriver que la mairie ait accordé un wayleave (NdlR, une autorisation) depuis pas mal de temps déjà. Et que c’est seulement maintenant que les travaux sont entrepris». Il tient à souligner que même si la mairie aurait accordé un «wayleave», «nou pann donn otorizasion pou tir ros selma». 

À la rue l’Église, des pavés avaient été emportés récemment. La mairie a décidé de les remplacer.

«Maintenir ces pierres» 

Quelle est l’attitude de la mairie – et du lord-maire – vis-à-vis des trottoirs de la rue Dauphine en particulier et des pavés de Port-Louis en général ? Mahfooz Moussa Cadersaib dit clairement qu’il faut «maintenir ces pierres». 

Qui dit protection du patrimoine dit ministère des Arts et du patrimoine culturel. Il est le gardien officiel du patrimoine classé, qui comporte plus de 200 sites et bâtiments. Sauf que la liste du patrimoine national ne comprend pas les trottoirs pavés de Port-Louis. 

N’empêche, au ministère des Arts et du patrimoine culturel, on indique qu’en apprenant l’attaque au béton de la rue Dauphine, une visite des lieux a eu lieu dans le courant de la semaine dernière. «Au début, on croyait que c’était un cas de vol de pierres taillées.» Il a fallu se rendre à l’évidence que c’est un chantier officiel. «En principe, pour tous les projets où il y a des pavés, la mairie de Port-Louis recommande que l’on remette en place les pierres taillées après les travaux.» Dans ce cas précis, indique-t-on, la TMRSU installe une «table road» qui sert à freiner le trafic. «D’où la construction d’un support qui a demandé qu’on enlève environ une douzaine de pierres taillées.» Selon les indications disponibles, des pierres seront remises en place, «kot pou kapav».


«Il faudrait que la main gauche coupe la main droite», dit un architecte

Rue Dauphine, c’est un chantier de la TMRSU qui remplace des trottoirs – propriétés de l’État – par du béton. Réaction d’un architecte et défenseur du patrimoine : «Il faudrait que la main gauche coupe la main droite.» Pour avoir beaucoup plaidé en faveur d’un urbanisme raisonné à Port-Louis qui tiendrait compte de la protection du patrimoine, l’architecte se demande quel est le rôle du National Heritage Fund ? «Est-ce que tant qu’il n’y a pas de loi protégeant les trottoirs pavés, on peut assassiner légalement ?» Il estime que la protection des trottoirs historiques va bien au-delà du cadre des lois. «Il ne faut pas une loi pour toute chose. C’est aussi une question de bon sens, car le gouvernement a d’autres priorités.» Sans oublier une «cohérence entre les mesures». 

Le cas de la rue Dauphine vient s’ajouter à une longue série de non-respect, quand il ne s’agit pas tout bonnement de pillage des pierres volées. L’architecte confie qu’il y a «beaucoup de projets privés construits avec des pierres récupérées. Donc, c’est un business». Qui achète les pierres taillées ? «Le paradoxe, c’est qu’il s’agit de gens qui aiment la vieille pierre.» Un «amour» qui alimente un commerce illicite. Il est d’avis que les amendes existantes pour ceux trouvés coupables ne seraient pas suffisamment punitives. «Il faudrait que ce soit tellement cher qu’il vaudrait mieux ne pas acheter.»

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