SEM Zhu Liying: «De nombreux produits mauriciens ont un gros potentiel d’exportation sur le marché chinois»

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SEM Zhu Liying, ambassadeur de la République populaire de Chine à Maurice.

SEM Zhu Liying, ambassadeur de la République populaire de Chine à Maurice.

Fraîchement en poste à Maurice, le nouvel ambassadeur chinois expose le potentiel économique de l’accord de libre-échange entre Port-Louis et Beijing. Nos produits locaux, qui sont bien accueillis par les consommateurs chinois, représentent des recettes d’exportations d’environ Rs 12 milliards. De plus, un marketing ciblé sur les aspirations des touristes chinois pourrait aider à mieux vendre notre destination. L’ambassadeur évoque également la position de son pays dans la pandémie de Covid-19…

Nouvel ambassadeur à Maurice, quel est votre constat de la coopération Chine-Maurice en pleine pandémie ? 
La Chine a été l’un des premiers pays à établir des relations diplomatiques avec Maurice en 1972. Depuis, la confiance mutuelle entre nos deux pays n’a cessé de se renforcer, la coopération dans tous les domaines, comme l’économie, la culture, le tourisme et la santé, a donné des résultats fructueux. La Chine attache une grande importance à ses liens avec Maurice. Au moment crucial de la lutte contre l’épidémie à Maurice, la Chine a fourni des dons urgents de matériels sanitaires et de vaccins au gouvernement mauricien, pour l’aider à contrôler le plus vite possible la propagation du virus, ce qui est encore une fois une preuve de l’amitié sincère entre nos deux pays. La Chine est toujours prête à multiplier la coopération avec Maurice dans la lutte contre le Covid-19. L’année 2022 marquera le 50e anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays. À cette occasion, celles-ci connaîtront de nouvelles opportunités importantes de développement en profondeur.

D’un point de vue économique, tous les pays ont ressenti l’impact de la pandémie. Que peut-on dire du niveau actuel de la consommation en Chine ? 
La Chine est maintenant le deuxième plus grand marché de consommation au monde. Les statistiques démontrent qu’entre 2012 et 2020, le total des ventes au détail de biens de consommation en Chine est passé de 20,6 billions à 39,2 billions, avec un taux de croissance annuel moyen de 8,4 %. La consommation est déjà devenue le premier moteur de la croissance économique chinoise. Il est vrai que la pandémie de Covid-19 a impacté la consommation chinoise, mais elle a aussi créé de nouvelles opportunités. Pendant la pandémie, la consommation en ligne s’est considérablement développée, le télétravail et l’enseignement virtuel sont devenus indispensables. La santé, le bien-être et l’alimentation de qualité s’avèrent aujourd’hui être des secteurs clés de la consommation chinoise. 

Dans ce contexte, l’accord de libreéchange Chine-Maurice est en vigueur depuis janvier. Quid des exportations mauriciennes vers la Chine ? 
L’accord de libre-échange entre nos deux pays couvre différents aspects, dont le commerce de marchandises, les services, l’investissement et la coopération économique. Après sa mise en oeuvre, le taux des produits exemptés de taxes vers le marché chinois a finalement atteint 96.3 %. De nombreux produits mauriciens comme le textile, les produits de la mer, le rhum, la bière, les fruits, les bijoux et les pierres, entre autres, ont un gros potentiel et pourront prendre de l’ampleur grâce à leur exportation vers le vaste marché chinois. Selon les recherches de l’Economic Development Board de Maurice, cet accord pourra rapporter des revenus bruts d’environ Rs 12 milliards en exportations.

Les produits mauriciens peuvent-ils percer sur le vaste marché chinois ? 
La Chine possède un énorme marché ouvert. Ces dernières années, les besoins des consommateurs chinois n’ont pas cessé d’augmenter et de se diversifier. En 2020, la bière Phoenix a atteint le marché chinois et a été très bien accueillie. Tant que Maurice aura des produits dont les consommateurs chinois ont besoin, la Chine sera intéressée à les importer. La deuxième édition de l’exposition économique et commerciale Chine-Afrique se tiendra en septembre 2021 en Chine et la présence de Maurice est bienvenue. Cet événement offrira une plate-forme large pour ceux qui recherchent des opportunités d’affaires sur le marché chinois et une excellente occasion de promouvoir les produits Made in Mauritius auprès du peuple chinois. 

Maurice exporte désormais son sucre vers la Chine grâce à l’accord de libreéchange, quel est l’intérêt des Chinois pour les sucres spéciaux mauriciens ? 
L’exportation de sucre de Maurice vers la Chine existe depuis longtemps. Pendant les discussions de l’accord, la Chine a pris en considération les avantages de Maurice et y a inclus un quota tarifé de 50 000 tonnes de sucre de canne. Cela permettra d’éliminer davantage les barrières tarifaires, et contribuer à une hausse considérable de l’exportation du sucre, surtout des sucres spéciaux de Maurice vers le marché chinois et, de manière générale, apporter un soutien au développement de la plantation, la production et la vente de sucre de canne.

De votre point de vue, quelles sont les avenues de coopération via cet accord de libre-échange à explorer avec plus d’attention ? 
La pandémie a profondément affecté l’économie mondiale, dont chinoise et mauricienne. Il faut savoir saisir les nouvelles opportunités en situation de crise. En Chine, certains secteurs traditionnels ont été affaiblis bien entendu, mais d’autres secteurs innovants se sont renforcés. Le commerce en ligne notamment, sans oublier l’enseignement à distance et les consultations médicales à distance. Tout ceci a énormément contribué au développement des technologies de communication, d’information et de logistique. À Maurice, après mes premiers contacts avec le gouvernement et le monde économique, un mois après ma prise de fonctions, je suis profondément impressionné par la compétitivité économique du pays et le niveau du développement de votre secteur des TIC, de même que votre plateforme financière. En ces temps difficiles, la Chine et Maurice pourraient saisir l’opportunité pour mettre en oeuvre l’accord de libre-échange et utiliser leurs avantages dans les nouvelles technologies pour sortir ensemble de la crise. 

Les investisseurs chinois s’intéressent-ils toujours à Maurice pour la mise sur pied de parc industriel ou pour faire le pont avec le continent africain ? 
L’accord de libre-échange avec Maurice est un accord unique entre la Chine et l’Afrique. Vous mesurez l’importance accordée par la Chine à la coopération mauricienne. La Chine soutient toujours Maurice dans son rôle important de trait-union sino-africain. Votre pays possède beaucoup d’atouts, comme sa position géographique privilégiée, sa stabilité politique, son environnement favorable au commerce et la qualité de ses ressources humaines. C’est un avantage pour faire redécoller l’économie nationale.

Maurice rouvrira totalement ses frontières en octobre, dans quelle mesure notre destination peut-elle intéresser les touristes chinois ? 
Maurice n’est pas étranger aux touristes chinois. Il y est connu comme «l’origine du paradis» et «la perle de l’océan Indien». Vous avez de beaux paysages naturels, un climat très agréable, un grand nombre d’hôtels de luxe et surtout, la coexistence harmonieuse des différentes cultures. À Maurice, les touristes ont l’occasion de découvrir les cultures indienne, musulmane, créole et, bien sûr, chinoise ; ce sont les atouts particuliers de Maurice. De plus, les touristes chinois n’ont pas besoin de visa pour venir à Maurice, cela rend leur voyage plus facile. Pour l’instant, les frontières sont toujours fermées en Chine à cause des contraintes sanitaires, mais les Chinois veulent voyager et attendent impatiemment de pouvoir le faire ; de plus, presque 80 % de la population chinoise est vaccinée à ce jour. 

La baisse des arrivées touristiques de la Chine date d’avant le Covid-19, comment repositionner notre destination en fonction des besoins des touristes chinois ? 
Le marketing est bien sûr nécessaire. Les autorités compétentes mauriciennes sont bienvenues en Chine pour élargir la visibilité du pays. Ensuite, les vols directs facilitent la décision des touristes ; ils hésitent s’ils doivent choisir un itinéraire compliqué pour arriver à leur destination. Il faut davantage de promotions de la destination mauricienne en Chine, mais l’exercice doit être adapté au marché chinois.

L’Inde se positionne dans l’océan Indien à travers Agalega ; les États-Unis et le Royaume-Uni, via les Chagos et les Seychelles, ont de bonnes relations avec les pays arabes, comment se positionne la Chine dans la région ? 
L’océan Indien est suffisamment vaste et représente des opportunités pour tout le monde. L’apport de tous dans un pays ou un autre doit être complémentaire et bénéfique à tous. Nous préconisons une coopération internationale sur la base de l’ouverture, l’inclusion, le respect mutuel gagnant-gagnant. La philosophie chinoise consiste à une communauté de destin de toute l’Humanité. Autrement dit, faire le gâteau plus grand pour que chacun y coupe sa plus grande part. C’est ainsi que la Chine entretient d’excellentes relations avec tous les pays de la région et fait de son mieux pour que son partenariat avec Maurice soit exemplaire. 

La Chine a très peu de nouveaux cas de Covid-19. Dans le monde, la peur des variants est tenace, comment la Chine se protège-t-elle ? 
Depuis quelque temps, la Chine s’est engagée dans la lutte contre le variant Delta. L’épidémie de Guangzhou qui a éclaté en juin a été la première transmission communautaire de la souche Delta en Chine. Heureusement, nous possédons déjà une riche expérience. Face au Delta, le gouvernement chinois a adopté des mesures telles que des tests PCR à grande échelle et des lockdowns totaux dans des régions à haut risque. Le peuple chinois respecte, avec un esprit de se protéger et de protéger les autres, les réglementations et se fait vacciner. C’est pourquoi la Chine a pu éviter la propagation rapide du Delta. Par ailleurs, selon des études scientifiques, les vaccins chinois sont toujours efficaces contre la souche Delta en prévenant considérablement les symptômes graves et en réduisant la mortalité. Au 21 août, 1,92 milliard de doses de vaccin avaient été administrées en Chine.

Une bonne partie de la population mauricienne est vaccinée au Sinopharm ; or, ce vaccin n’est pas reconnu partout à l’étranger… 
Beaucoup de pays, dont Maurice, utilisent les vaccins chinois. Il y a des contraintes politiques mais pas de désapprobation scientifique. Quant à la fabrication de vaccins, nous pensons le faire à Maurice et pas uniquement contre le Covid-19, avec le projet de Maurice de se lancer dans la production de vaccins. 

Les recherches sur l’origine du virus se poursuivent ; or, la Chine n’a pas accepté une deuxième enquête de l’OMS à Wuhan, pourquoi ? 
La Chine soutient toujours les recherches scientifiques sur les origines du virus et continuera à le faire. Ce à quoi elle s’oppose, ce sont des recherches politisées, qui vont à l’encontre de la résolution de l’Assemblée mondiale de la santé, et rejettent les conclusions du rapport de l’équipe conjointe. Depuis le début de la pandémie, la Chine a partagé rapidement ses expériences avec la communauté internationale et fait tout ce qu’elle pouvait pour aider les autres et lancé en premier une coopération sur les vaccins dans le monde, la plus vaste jusqu’à présent. 

La Chine a déjà fourni plus de 800 millions de doses de vaccins à plus de 100 pays et s’est engagée à faire un don de 100 millions de dollars américains à la facilité COVAX. Cette année, elle aura fourni 2 milliards de doses de vaccins au monde. C’est une contribution importante de sa part dans la lutte mondiale contre la pandémie. Toujours de bonne volonté, la Chine a participé activement à la coopération internationale sur le travail scientifique d’identification, en invitant à deux reprises les experts de l’OMS pour des études. L’OMS a publié officiellement en mars le rapport conjoint Chine-OMS, qui a établi les conclusions les plus professionnelles et les plus rigoureuses au plan scientifique. Le rapport de ces recherches a jugé que la fuite du virus du laboratoire de l’Institut de virologie de Wuhan était «très peu probable». Pourtant, des politiques américains persistent dans la théorie de «la fuite du virus du laboratoire à Wuhan» en ignorant délibérément la conclusion scientifique de l’OMS.

Donc L’Institut de virologie de Wuhan n’y est pour rien ? 
L’Institut de virologie de Wuhan n’a jamais mené de recherche sur le coronavirus jusqu’à fin 2019 et n’a jamais tenté de fabriquer ce genre de virus et n’a eu aucun cas positif parmi son personnel. C’est le constat sérieux établi par les enquêtes scientifiques de l’OMS dans son rapport. Si les États-Unis persistent sur l’idée de la fuite du laboratoire, il leur faudrait inviter les experts scientifiques de l’OMS à mener des enquêtes dans leurs propres laboratoires, notamment le fameux laboratoire militaire de Fort Detrick dans le Maryland, où ils ont une longue et riche expérience de travail sur le coronavirus. L’existence du coronavirus aux États-Unis date de plus longtemps qu’on l’imagine. Sur cette question purement scientifique, la Chine s’oppose à la manipulation politique. 

À ce jour, plus de 100 pays se sont prononcés ouvertement contre la politisation des recherches sur les origines du Covid-19, tout en soulignant que l’esprit du rapport conjoint Chine-OMS doit être défendu. Plus de 300 partis politiques, organisations sociales et groupes de réflexion ont soumis une déclaration commune à l’OMS dans ce même but. Le virus ne connaît ni frontière, ni ethnie. La Chine, comme les autres pays, en est victime. Nous voulons tous trouver ses origines et en stopper la propagation le plus vite possible. Maintenant que l’épidémie repart, promouvoir une distribution plus équitable des vaccins et lutter ensemble contre le Covid-19 demeurent notre priorité. Dans la coopération sur l’identification des origines du virus, nous devons adopter une approche scientifique et nous opposer fermement à la politisation. La Chine travaillera avec toutes les parties pour mener activement des recherches scientifiques sur les origines du virus dans le monde et apporter sa contribution à la victoire finale de l’humanité contre la pandémie.

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