Thierry Montocchio: «Il faut revoir l’offre de la destination Maurice pour séduire une nouvelle clientèle»

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Thierry Montocchio, Chief Executive Officer du groupe Veranda Leisure and Hospitality.

Thierry Montocchio, Chief Executive Officer du groupe Veranda Leisure and Hospitality.

«Maintenant pour demain». C’est le nouveau programme de développement durable du groupe VLH, pôle hôtelier du groupe Rogers. Thierry Montocchio, directeur exécutif du groupe, fait le point sur ce projet et sur la reprise du secteur.

Quelle est la raison du nouveau programme «Now for tomorrow» ? 
Le Covid-19, en éveillant les consciences et en chamboulant la façon de voyager dans nos marchés émetteurs, a donné un coup d’accélérateur à nos projets. Le conscious travelling, phénomène grandissant à travers le monde, implique une révision holistique de l’offre de la destination Maurice pour séduire cette nouvelle clientèle. De nombreux voyageurs sont désormais conscients de l’impact de leurs vacances sur l’environnement, et par conséquent sur les générations futures. Ils recherchent donc des activités avec une empreinte carbone réduite. Cette charte est un programme inédit à Maurice, où nous nous engageons sur cinq piliers – la transition énergétique, la biodiversité, l’économie circulaire, le développement inclusif et l’intégration des communautés dans nos opérations. 

En quoi consiste-t-il ? 
En effet, dès octobre, nous serons le premier groupe hôtelier mauricien à offrir des séjours «neutres en carbone» dans les établissements Heritage Resorts, à Bel-Ombre, en compensant l’intégralité des émissions de dioxyde de carbone (CO2) inévitables lors d’un séjour. Cet objectif sera réalisé à travers l’achat de crédits carbone du Groupe Aera, qui financera des projets environnementaux dans le monde. Nous prévoyons également de participer dans des projets locaux de «compensation carbone», tels qu’une ferme photovoltaïque et le reboisement des terres non-utilisées. Dans les hôtels Veranda Resorts, nous proposerons à nos clients la possibilité de contribuer à ces projets, s’ils le souhaitent. À partir de janvier 2022, 100 % des fruits et légumes, fruits de mer, volaille et viande consommés dans nos hôtels proviendront de fermiers et producteurs mauriciens, ou de partenaires de la région océan Indien dans le but de raccourcir nos circuits d’approvisionnement, limitant ainsi notre empreinte carbone, tout en valorisant le terroir et le savoir-faire mauricien et régional. Un autre objectif est de recycler, d’ici 2022, 75 % de nos déchets et de développer une approche scientifique pour réduire le gaspillage alimentaire dans nos hôtels en nous engageant dans un projet pilote en collaboration avec le label The PLEDGE on food waste. 

Le lancement se fait en vue de la reprise du secteur touristique, pourquoi ?
Le 15 juillet, Maurice a rouvert ses frontières après un an et demi. Pour notre industrie, cette étape marque un moment important pour relancer nos activités, d’autant que la concurrence avec les autres destinations de l’océan Indien était déjà accrue avant même la pandémie. Nous nous devions donc de rouvrir avec une offre revue, pour nous démarquer de nos activités passées. De plus, durant la pandémie, les consciences se sont éveillées. Dans nos marchés émetteurs, la nature est devenue une échappatoire du quotidien confiné et dépourvu d’interactions humaines. Le concept de conscious travelling a ainsi pris de l’ampleur. Le groupe VLH se doit de saisir les opportunités que cette prise de conscience représente. Cela dit, Now for tomorrow est plus qu’une démarche dictée par une responsabilité envers nos clients et parties prenantes. Nous sommes conscients de l’impact de l’industrie du voyage et du tourisme sur la planète. C’est dans cette optique que nous souhaitons changer la donne en réduisant, notamment, l’empreinte carbone de nos activités.

Quelles sont vos attentes par rapport à ce projet durable ? 
Le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 9 août, est sans équivoque : le changement climatique s’accentue dans toutes les régions du monde. De nombreux changements ont été relevés pour la première fois depuis des milliers, voire des centaines de milliers d’années, et certains phénomènes déjà en cours, comme l’élévation continue du niveau de la mer, sont irréversibles sur des centaines, voire des milliers d’années. Il y a urgence ! Nous nous devons d’agir en bonne intelligence. Ce programme est la contribution du groupe VLH dans la lutte que nous menons. En tant que groupe responsable, nous avons voulu montrer la voie et nous espérons que d’autres acteurs du secteur hôtelier et des loisirs nous emboîteront le pas en s’inspirant de nos engagements. 

Plusieurs hôtels adoptent et prônent les stratégies de développement durable, pourquoi est-ce si important alors que le secteur touristique est en pleine crise ? 
Aujourd’hui, plus personne ne peut ignorer l’urgence climatique. Il y va de notre survie, comme l’a souligné le rapport du GIEC. En tant qu’hôtelier, nous devons aussi tenir compte du fait que les conscious travellers sont de plus en plus nombreux dans nos marchés émetteurs. Ils sont à la recherche d’expériences authentiques, au plus près de la nature et des populations locales, et surtout respectueux de l’environnement. En adaptant notre offre et nos services, et en misant sur le développement durable et l’inclusion, grâce à notre charte Now for tomorrow, nous comptons attirer ces conscious travellers dans nos hôtels. Le repositionnement de Maurice en tant que destination résolument plus durable et inclusive est une des clés pour sortir de la crise à laquelle nous faisons face. Il est primordial d’intégrer les communautés locales dans nos opérations, puisqu’elles sont de véritables partenaires stratégiques dans le développement de nos activités, notamment en termes de main-d’oeuvre sur laquelle nous pouvons compter.

Après la crise occasionnée par le Covid-19, quelle est la santé financière de VLH ? 
Comme l’ensemble de l’industrie du tourisme et des loisirs, nous n’avons pas été épargnés par la crise du Covid-19. Les efforts consentis par le groupe et les employés, associés au soutien financier de la Mauritius Investment Corporation, nous ont permis de garder la tête hors de l’eau. Je dois également souligner que la résilience du groupe est surtout due à la diversification de ses activités au fil des années. Cela dit, l’annonce de la réouverture des frontières représente une véritable bouffée d’air frais pour VLH et pour l’industrie touristique dans son ensemble. Nous le constatons déjà dans la reprise des réservations. En effet, nous notons un intérêt croissant pour la destination Maurice provenant en particulier de nos marchés émetteurs, notamment la France, le Royaume Uni, l’Allemagne et l’Afrique du Sud. Nous sommes donc confiants dans notre avenir. 

Quelles sont vos attentes par rapport à la prochaine réouverture des frontières ? 
Dès octobre, nous nous attendons à une reprise progressive des activités touristiques. Accueillir à nouveau des visiteurs permettra une reprise durable du tourisme et des activités connexes. À court terme, cela contribuera à préserver l’emploi et à redynamiser l’économie. Cependant, cette réouverture doit se faire dans le strict respect des mesures sanitaires et des gestes barrières pour prévenir toute propagation du virus dans la population. La vaccination est une avancée majeure puisqu’elle est un outil important dans la lutte contre le Covid-19. De plus, cette reprise devra être accompagnée d’une promotion tous azimuts de la destination Maurice dans nos marchés émetteurs. Le groupe VLH y participe déjà activement à travers deux campagnes internationales lancées le mois dernier – To new beginnings pour notre chaîne d’hôtels de luxe Heritage Resorts, et Holidays are better barefoot pour nos établissements de milieu de gamme Veranda Resorts. 

Êtes-vous optimiste par rapport à la barre de 650 000 arrivées touristiques d’ici 2022 ? 
Il est important de s’assurer que la réouverture d’octobre se fasse dans les meilleures conditions avec la mise en place de protocoles sanitaires stricts. Je suis d’avis que le chiffre de 650 000 arrivées touristiques est un objectif qui dépend surtout du nombre de vols sur Maurice jusqu’à juin 2022. Audelà des estimations chiffrées, il nous semble important de bien positionner Maurice sur nos marchés traditionnels, d’assurer une connectivité aérienne adéquate et de tout mettre en oeuvre pour préserver l’attractivité et la compétitivité de la destination à travers des offres appropriées.

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