Industrie: Historic Marine se bat contre le confinement et les produits importés

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L’absence de touristes depuis un an et demi a frappé de plein fouet cet atelier de maquettes de bateaux et voiliers, situé à Goodlands. Mais la détermination du jeune directeur Serge Piat et de son équipe est remarquable. Un exemple qui pourrait inspirer d’autres...

Dynamisme, passion, réadaptation, attitude positive et surtout bosseur : telles sont les qualités que l’express a notées non seulement chez Serge Piat mais aussi chez ses artisans dévoués. L’usine, qui occupe un des plus rares créneaux au monde, à savoir la fabrication de maquettes de bateaux, existe depuis 1982, quand elle a été fondée par le père de Serge, Charles Edouard. Mais jamais durant son existence n’a-t-elle subi un tel malheur. «Heureusement», nous dit Serge Piat. Mais le chiffre d’affaires a plongé de 80 %. Et pourtant, la confiance est toujours là…

L’atelier emploie une vingtaine de personnes, y compris deux handicapés. Une atmosphère de convivialité mêlée au sérieux règne dans cette usine, qui a débuté dans la fabrication de maquettes de bateaux et voiliers anciens, surtout des navires de guerre français et anglais. Mais aussi de grands navires d’exploration tels que Soleil Royal et HMS Victory. Ces navires déterminèrent du 15e au 19e siècle la découverte et la colonisation de beaucoup de territoires dans le monde et leur peuplement. Les modèles de paquebots modernes du 20e siècle sont aussi fabriqués comme le fameux Titanic.

Les maquettes sont en bois et les autres pièces en métal, en bronze principalement. Les moindres détails du navire d’origine sont respectés. Non seulement l’extérieur mais parfois aussi l’intérieur. «Mais nous ne fabriquons ce dernier genre de modèles d’arsenal que sur commande.» Serge Piat se débrouille pour avoir les plans des navires auprès des musées ou ailleurs. «Certains sont disponibles maintenant sur Internet.»

Qui sont ses clients ? «Des musées, des particuliers amateurs de maquettes navales.» Il a réussi à dénicher un nouveau marché : les amateurs de leur propre yacht et autre voilier. Les propriétaires de bateaux individuels – en nombre de plus en plus grandissant – demandent volontiers à Historic Marine de fabriquer un modèle réduit qu’ils placeront dans leur salon ou au bureau. «Principalement des Français, mais aussi des Britanniques, des Italiens et Allemands», nous confie-t-il.

Récemment, Serge Piat a découvert un autre créneau : les maquettes destinées à l’industrie navale. «C’est un marché prometteur.» D’ailleurs, il en dépend beaucoup durant cette période d’absence de touristes. Il faut savoir que Historic Marine écoule ou plutôt écoulait 80 % de ses produits aux touristes. En fait, la disponibilité à prix d’usine de ces maquettes constituerait un attrait additionnel pour le pays aux visiteurs qui ne recherchent pas seulement le sable et le soleil. Au sommet des produits artisanaux locaux, figure la maquette de bateau. Certes, elle n’est pas à la portée de tout le monde puisqu’un bateau d’un mètre coûte en moyenne Rs 40 000. «Le touriste n’a pas à s’embarquer avec la maquette dans l’avion», nous explique Serge. «Il fait son choix, règle la facture et nous nous occupons de l’envoi à l’adresse fournie.»

Cependant, depuis la fermeture des frontières, Historic Marine n’a pas vendu une seule maquette aux rares touristes. Que faire alors ? «Des acheteurs privés nous passent leur commande par Internet.» Historic Marine a une page Facebook et un site internet qui sont beaucoup visités. Serge Piat et son équipe attendent avec impatience que les touristes foulent à nouveau le sol mauricien et viennent lui acheter ses produits. «La vue de la maquette devant ses yeux est différente d’une photo sur Internet.» Les produits : des maquettes entières de bateaux, coupe transversale de navires anciens. Les tailles varient de 40 cm au plus grand de deux mètres. Les plus vendus sont les modèles d’un mètre.» Pas de kit de maquettes pour enfants ou adultes amateurs de modélisme. «Ce n’est pas simple, même pour les modélistes les plus aguerris, de remonter un navire ancien.»

Toutefois, jamais à court d’idées, Serge Piat a découvert une niche particulière : les tintinophiles. Les lecteurs et fans de Tintin, grands ou petits, «de 7 à 77 ans», veulent avoir la maquette des fameux navires dans les histoires de Tintin et le capitaine Haddock. L’Aurore de L’Étoile mystérieuse muni de son hydravion, le Karaboudjan du Crabe aux pinces d’or et surtout La Licorne dans Le secret de La Licorne où d’ailleurs l’histoire tourne autour d’une maquette du navire qui apparait en grandeur nature dans l’épisode suivant, Le Trésor de Rackam Le Rouge.

Ce qui frappe le plus dans cette entreprise familiale, c’est la belle relation direction-travailleurs. Ces derniers se sont sacrifiés et ont continué à travailler même avec un salaire réduit. Il faut dire que la direction donne l’exemple…

Souvenir de Maurice «Made In China»

La fabrication de maquettes de bateaux anciens a beaucoup marché dans le passé mais elle a commencé à rencontrer des difficultés à partir des années 2000, notamment avec l’arrivée sur le marché de produits bon marché d’Asie, mais pas d’aussi bonne qualité. Selon nos renseignements, les produits artisanaux en général, et pas que les maquettes de bateaux, envahissent le marché, parfois avec de faux Made in Mauritius. Selon une entrepreneuse franco-mauricienne, les vendeurs des boutiques d’artisanat préfèrent acheter des produits moins chers importés, car non taxés, parfois avec le label Souvenir de Maurice. Avec le traité de libre-échange entre Maurice et la Chine et l’Inde, le secteur artisanal avec ses centaines d’ouvriers mauriciens est appelé à connaître encore plus de concurrence déloyale, quand ce n’est pas tout simplement de la concurrence malhonnête. On nous parle par exemple de Terres de Chamarel importées de… Chine ou de Madagascar.

L’histoire de la fabrication de maquettes de bateaux

C’est José Ramar qui lança en 1978, à Curepipe, la première fabrique de maquettes de bateaux anciens. Son succès fit des émules et l’on a vu des ateliers surgir aux quatre coins de l’île. Le nombre a diminué par la suite, avec une baisse de commandes, due probablement aux changements des goûts mais aussi de l’importation de produits à bas prix. Il n’existe plus qu’une petite poignée d’ateliers de fabrication de maquettes de bateaux dans l’île. Tous sévèrement frappés par l’absence de touristes.

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