En cas de marée noire: Maurice rit jaune

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«L’épisode Wakashio» est englué dans les mémoires. Le 25 juillet 2020, le vraquier s’échouait sur nos côtes, engendrant la pire catastrophe écologique qu’on ait jamais connue. Et cela aurait pu être pire, si ce n’était la réaction patriotique des Mauriciens. Mais presque un an après, les autorités ont-elles pris le taureau par les cornes ?

Le monde a connu des marées noires durant des décennies. L’une des pires est l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, opérée par le groupe British Petroleum, le 20 avril 2010. Cette explosion a provoqué un gigantesque incendie au milieu de l’océan et la plateforme conçue pour des forages pétroliers en haute mer a sombré dans les abysses. 780 millions de litres de pétrole ont été déversés dans le Golfe du Mexique ravageant ainsi l’écosystème marin. Il a fallu près d’une centaine de jours pour arrêter les fuites de pétrole. En sus des dégâts à l’environnement marin, les zones profondes ont aussi été affectées par la marée noire.

En 1989, le pétrolier Exxon Valdez a déversé 40 000 tonnes d’hydrocarbures souillant 800 kilomètres de côtes. Avec l’échouement du MV Wakashio le 25 juillet 2020, environ 1 000 tonnes de fioul se sont échappées des entrailles du vraquier japonais, le 6 août, provoquant ainsi le pire désastre écologique de Maurice. Même si la quantité d’hydrocarbures déversée n’est pas comparable aux pires marées noires de l’histoire, force est de constater que le millier de tonnes du MV Wakashio dépassent le niveau 3 (Tier 3) du National Oil Spill Contingency Plan (NOSCP).

Le plan approuvé par le Cabinet en 2003 a classé les marées noires en trois catégories : le Tier 1 signifie qu’une marée noire atteint jusqu’à 10 tonnes métriques; le Tier 2, jusqu’à 100 tonnes métriques; et Tier 3 quand elle dépasse les 100 tonnes métriques. Lors des travaux de la Cour d’investigation mercredi pour enquêter sur le MV Wakashio, le directeur de l’environnement à la retraite, Santaram Mooloo, et le directeur intérimaire, Shiv Sewbaduth, ont tous deux reconnu que Maurice n’est pas équipé pour gérer une marée noire plus conséquente. «Notre capacité est limitée en cas de marée noire», a concédé Santaram Mooloo.

Selon lui, la maintenance des équipements disponibles coûte Rs 100 millions par an. Et s’il faut faire l’acquisition d’autres équipements, cela coûterait encore plus cher. L’ancien directeur fait ressortir que pour combattre une marée noire au-delà du niveau 1, la meilleure approche est de se tourner vers une assistance régionale. «Nous avons un plan régional. Il est plus théorique.»

Shiv Sewbaduth abonde dans le même sens. Il explique que selon le plan d’action pour Maurice dans un cas de niveau 3, les aides nationale, régionale et internationale sont recherchées. Cependant, il fait ressortir que le plan d’urgence ne capte pas tous les scénarios. «Le Contingency Plan n’est pas un document parfait. Il doit être mis à jour. Dépendant du site, de la sensibilité, du fioul et du risque, la gestion de la marée noire ne sera pas la même.» Selon lui, des équipements sont disponibles à Maurice pour une marée noire de niveau 2, soit jusqu’à 100 tonnes métriques. Il explique que le secteur privé et la Mauritius Ports Authority (MPA) apportent également leur soutien. «Ensemble, ils aident à combattre jusqu’à un niveau 2.»

Shiv Sewbaduth explique que tous les ans, la liste des équipements est mise à jour. Le ministère de l’Environnement recense, entre autres, des booms, écrémeurs (skimmers), réservoirs, barrages en haute mer, ou encore tampons absorbants. Or, dans le cas du MV Wakashio, le directeur intérimaire souligne que Polyeco, recruté par l’assureur Japan P&I, a fourni des équipements anti-pollution. «Tous les équipements n’étaient pas disponibles. La plupart des équipements à Maurice avaient été utilisés. Polyeco avait des avions prêts à décoller de la Grèce avec à leur bord des équipements, si besoin était.»

L’on se souvient que, face à la situation, le Premier ministre avait décrété un «état d’urgence environnementale» sollicitant l’aide de plusieurs pays amis. La France à travers La Réunion avait dépêché le Champlain, un navire de la marine française ainsi qu’un avion militaire avec des équipements de lutte anti-pollution spécialisés et des experts à bord. Par la suite, d’autres aides internationales se sont succédées pour venir à bout à la pire marée noire du pays. Au niveau local, une mobilisation nationale s’est formée avec la fabrication de booms artisanaux pour faire barrage aux hydrocarbures. Shiv Sewbaduth expliquera en cour que ces booms artisanaux en paille étaient d’une utilité partielle, soit 50 %, comparée aux booms professionnels. Les cheveux utilisés dans la fabrication de ces booms, dira-t-il, sont nuisibles à l’écosystème.

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Le 26 juillet, les habitants de Pointe d’Esny se réveillent avec une triste image: l’épave du MV Wakashio drossée sur les récifs. Le navire japonais battant pavillon panaméen s’est échoué la nuit précédente. 12 jours après, il déverse son contenu dans nos lagons, causant une marée noire. Sans perdre de temps, les Mauriciens, main dans la main, s’activent pour limiter les dégâts. Retour sur la pire catastrophe écologique du pays…

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