Sport-Etudes - Le Lycée des Mascareignes s’apprête à lancer une Section d’Excellence Sportive

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Philippe Dariel, proviseur du Lycée des Mascareignes et initiateur du projet de Section d’Excellence Sportive

  Philippe Dariel, proviseur du Lycée des Mascareignes et initiateur du projet de Section d’Excellence Sportive  

De concilier le sport de haut niveau et les études n’a jamais été facile pour les élèves mauriciens. C’est ce qui a motivé le Lycée des Mascareignes à mettre sur pied un dispositif pour accompagner les jeunes sportifs à la rentrée, en août. La cerise sur le gâteau sera la labellisation de ce lycée – que celui-ci devrait bientôt recevoir - comme ‘Etablissement Génération 2024’ pour la promotion des JO à Paris. En attendant, Philippe Dariel, proviseur du Lycée des Mascareignes, a bien voulu nous parler de ce projet.

Genèse du projet

L’idée de créer un pôle jeunes espoirs au Lycée des Mascareignes est née il y a 2 ans. En prenant la direction de l’établissement en août en 2019, Philippe Dariel a cherché des idées de développement pour l’institution scolaire de Helvetia. Il a proposé deux hypothèses au conseil d’administration. La première tournait autour de la création d’une section scientifique pour aider les Mauriciens, dans des programmes spécifiques, à acquérir un BAC français et à aller ensuite poursuivre études scientifiques en France. La seconde avait trait au mouvement sportif. « Pendant mes 3 mois d’analyse, je me disais qu’il y avait un manque, quelque part, dans le paysage mauricien. On m’a aussi appris que globalement, quand on est sportif de haut niveau, à Maurice, on arrête l’école ou on est freiné dans sa progression sportive parce que l’école met beaucoup de pression. Les jeunes partent ensuite vers dans des dispositifs qui existent à l’étranger. Or l’idée d’adhérer à notre projet c’est d’espérer que beaucoup moins d’athlètes partent pour l’étranger et encourager leur progression sportive en restant au pays » dit Philippe Dariel. Celui-ci propose au conseil d’administration de lui laisser le mandat de faire passer le Lycée des Mascareignes de 600 à 700 élèves. « On va faire un dispositif pour accompagner les sportifs de haut niveau. Et on va combler ce manque dans la tranche des 12 et 19 ans » affirme le proviseur du Lycée des Mascareignes. Pour celui-ci, certaines conditions doivent être réunies pour créer une structure d’accompagnement sportive et scolaire: « Il faut une adaptation des horaires scolaires, une adaptation pédagogique, une adaptation du curriculum et la création d’une base vie (Ndlr : ici, logement destiné aux athlètes, pour leurs cours particuliers, les soins de kinés, les besoins de stretching et où des espaces sportifs, de détente, d’alimentation sont aménagés) pour garder les élèves toute la semaine avec nous, pour qu’ils n’aient pas à faire des trajets entre leurs familles le matin et le soir pour venir sur l’établissement; il faut donc qu’il y ait la construction d’une base vie – sur un terrain d’ENL property située sur une aire contiguë, près de notre gymnase - et par la suite la création de partenariats qui vont nous faire des liaisons entre l’école et le monde sportif. Parce qu’il faut bien qu’on aille capter les meilleurs sportifs de l’île pour pouvoir leur proposer le produit et éventuellement les accueillir » lance Philippe Dariel.

60 élèves d’ici 2024 pour les sports individuels

Globalement, pour le pôle espoir, le projet avance. Ont été identifiés 15 élèves par an, de 13 fédérations différentes. L’idée c’est d’en avoir 15 par an pour arriver à 60 élèves en 2024. En 2021, le pôle commencera par les 15 premiers, garçons et filles obligatoirement : 4 athlètes, 4 boxeurs, 4 judokas et 3 tennismen. La deuxième année,  seront intégrés 4 nageurs, 4 badistes, 4 haltérophiles, 1 triathlète et 2 joueurs de tennis « On va, vers 4 ans, intégrer davantage d’athlètes avec le cyclisme ensuite, le tir à l’arc, l’équitation etc ; et à la fin, on aura 60 athlètes de 13 fédérations pratiquant des sports individuels et olympiques. Ces 13 fédérations qui ont été choisies sont celles qui ont le plus de chances effectivement de mettre les athlètes dans les olympiades, voire d’être potentiellement pour certaines d’entre elles, médaillables » fait savoir Philippe Dariel. Pour mettre sur pied ce projet, le proviseur du Lycée des Mascareignes s‘est d’abord mis en contact avec l’AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger) pour s’assurer d’une homologation du Ministère de l’Education Nationale française et d’une labellisation du réseau AEFE pour que ce dispositif soit reconnu et mis en valeur par lui puisqu’un tel projet n’existe nulle part ailleurs. « Je travaille sur ce système-là et je créé finalement un système de Baccalauréat en 4 ans, une seconde en 3 semestres, une première en 3 semestres et une terminale en 2 semestres. On construit comme ça un dispositif qui va permettre grâce à ces 2 semestres supplémentaires d’allonger la scolarité, c’est-à-dire de permettre à des élèves qui viennent d’un autre système de s’adapter et puis, même à ceux qui sont de très bons élèves, éventuellement de dégager du temps. Ça, ça me donne l’homologation. Ce qui fait que j’arrive à dégager, à un moment donné, les conditions nécessaires pour qu’un élève puisse avoir 2 entraînements par jour. Parce que c’était la clé pour parler de haut niveau, pour parler de pôle, pour parler de section d’excellence, il faut 2 entraînements par jour. Le matin, préparation physique, l’après-midi, on est sur du technique et chacun part dans sa fédération » explique Philippe Dariel. Le projet de Section d’Excellence Sportive a aussi été proposé au Trust Fund Fort Excellence In Sports (TFES). « Le service que nous offrons au pôle espoir est destiné aux fédérations mauriciennes sous l’égide du Trust Fund, qui lui-même a un mandat du ministère et un financement du gouvernement. Nous leur offrons ce service. J’ai besoin qu’on signe une convention. Parce qu’au-delà du financement, les responsabilités sont énormes, les engagements des uns et des autres est énorme. La convention a été validée par nos services juridiques. Elles correspondent parfaitement aux attentes françaises d’homologation et de labellisation section d’excellence mais on les a fait réécrire par un cabinet d’avocats, réputée sur la place de Port Louis. Les hommes de loi ont réécrit, avec nous, cette convention. Elle est au TFES pour projet depuis plusieurs semaines. On attend simplement leur validation indique Philippe Dariel.

Le joueur de rugby Noah Gookhool, 16 ans (au c.) - du SSS St Aubin - et Philippe Dariel, entourés de
Jean- Baptiste Gobelet, DTN de rugby et Catherine Vaudequin, au Lycée des Mascareignes.

Les sports collectifs avec 45 athlètes additionnels d’ici 2024

Le Lycée des Mascareignes a aussi voulu intégrer les sports collectifs au projet. L’AEFE a été une nouvelle fois contactée. « L’idée c’est de faire un système de 3 ans parallèlement à un système en 4 ans. De voir, à l’entrée, quel est le potentiel scolaire des élèves et de mettre au bout d’un semestre, les gens à leur bonne place. Ceux qui ont un potentiel scolaire qui est très proche du nôtre, on ne les freine pas, on les met dans un système adapté, similaire (20 h par semaine, 2 entraînements par jour sur un programme en 3 ans). Et ceux qui viennent d’autres systèmes locaux, qui doivent faire un saut dans un nouveau système francophone, comme le Lycée des Mascareignes de standard international, il faut les mettre dans un système sur 4 ans. Je vais gérer la partie scolaire avec mes équipes. En 3 ans, pour des jeunes qui seraient loin d’un potentiel pour obtenir un baccalauréat, on travaillera à partir de la 2e année avec des partenaires pour faire une éducation professionnelle. Travailler soit sur de la qualification, soit sur de la diplomation avec pourquoi pas, Flacq, la restauration ou la mécanique. On ne mettra en échec personne ; j’ai réussi à convaincre l’AEFE ; du coup on valide et on créé ici une unité, section d’excellence sportive, dont une partie est en 4 ans pour les sports du Lycée des Mascareignes et une autre est en 3 ans relative aux sports collectifs, mais qui peuvent avoir des ponts en termes de pédagogie les uns avec les autres » rapporte le Français. Avec ce 2e volet du projet, le pôle passera d’un groupe de 15 à un autre groupe de 15. Avec le premier groupe, on se retrouvera avec 60 athlètes au bout de 4 ans. Avec le selon groupe qui fera 3 ans, on se retrouvera à la fin avec 45 athlètes. En tout, on atteindra un peu plus de 100 élèves. « On devrait pouvoir accompagner une centaine de jeunes âgés de 15 à 19 ans pour passer du haut niveau au très haut niveau. Et ensuite, évidemment, l’objectif c’est qu’en 3 ans, on ait construit des partenariats pour que l’enseignement supérieur suive. Pour que ces jeunes ne s’arrêtent pas là et puissent continuer sur un dispositif un peu identique voire voisin mais qui soit mené par les partenaires qui souhaiteront se saisir ce dispositif.» précise le proviseur du Lycée des Mascareignes.

Un projet ambitieux

La base vie hébergera 60 athlètes et non 100. Pour ceux qui se rapprocheront d’une plus normale ou classique, ils rentreront chez eux le soir. Mais pour ceux qui seront pris en charge par le TFES, ce sera 7 jours sur 7, 24 sur 24. « Nous aurons 60 élèves qui sont intégrés dans le pôle espoir pour 4 années, durant toute la semaine, du lundi matin jusqu’au vendredi soir. La mise sur pied du dispositif est destiné à aider l’élève à s’entraîner 2 fois par jour, s’instruire, 20 fois par semaine, se diplômer, s’épanouir, apprendre à devenir autonome et à gérer les contraintes de la vie d’un sportif ambitieux » dit Philippe Dariel. Le 2e batch correspondant aux sports collectifs, sera financé par les familles ou un business club; il y a des entreprises qui s’intéressent à notre projet et grâce auxquels les familles n’auront pas à payer les frais de scolarité. « A la rentrée, nous serons labellisés première section d’excellence sportive du réseau de l’AEFE sur 500 établissements à l’étranger. Nous attendons aussi d’être labellisés Etablissement Génération 2024. C’est-à-dire que le pôle sera identifié comme une institution qui fait la promotion des Jeux Olympiques à Paris et qui va mettra en valeur tout ce qu’on va mettre en place maintenant au sujet de la jeunesse, du sport et de l’olympisme » affirme le Français.

Un dispositif bien structuré

La Section d’Excellence Sportive mettra l’accent sur l’individualisation du parcours, avec le soutien scolaire, le soutien individuel, et l’articulation autour du sport. « L’idée c’est qu’effectivement le sport se fasse ici et c’est pourquoi on a besoin de Moka City, de partenaires et de Côte d’Or. Ce qui est bien c’est de se dire qu’à Moka tout y est. A 7 heures du matin, tout est déjà là. Le mardi et le jeudi, on a de quoi faire un entraînement physique spécifique. Mais le lundi, le mercredi et le vendredi, les 100 athlètes devront être là. C’est au Lycée des Mascareignes que ça se passe, avec notre staff ; la préparation physique se fera ici. On veut prendre à notre charge l’athlète. A 14h50, tous les après-midis, ils seront libérés. Et là, c’est leurs fédérations qui vont gérer la partie plus technique liée à leur discipline. Car c’est grâce à tous ces groupes qu’on va faire un vrai travail de fond qui permettra d’avoir la certitude d’avoir tous les athlètes. Le Ministère des sports nous a dit que tout sera fait pour qu’on puisse avoir au moins accès aux installations de Côte d’Or » précise Philipe Dariel.

BIO

Philippe Dariel, 46 ans, est chef d’établissement depuis 15 ans en France. Précédemment professeur d’éducation physique sportive pendant une décennie en lycée à Paris, il a ensuite travaillé dans un collège en Guyane française. De là, on lui a proposé, un jour, de diriger un établissement scolaire au fin fond de l’Amazonie française pour ouvrir un établissement à la frontière entre le Surinam et la Guyane française. Après cela, il est parti pour la Savoie où, pendant 5 ans, il a dirigé un lycée des métiers de la montagne ; au sein de ce lycée, il y avait le pôle France des activités de ski. Plusieurs champions de ski dont certains l’ont été au niveau mondial ont fait partie de la génération qu’il a accompagnée. C’est surtout là-bas qu’il a appris les rudiments du métier de l’enseignement pour les sportifs de haut niveau et qu’il a connu les contraintes que peuvent avoir ces derniers. Suite à cette expérience, il a dirigé le lycée français de Pondichéry pendant 5 ans où il a ouvert une section d’excellence scientifique, avec le CRNS et des partenaires comme l’école polytechnique ‘le Lycée Louis Legrand’. Il est rentré par la suite en France pour diriger un Lycée de technologie numérique dans l’est de la France. 3 ans après, soit en 2019, il  a été appelé au Lycée des Mascareignes. A noter que Philippe Dariel détient un ESSEC Executive MBA de l’Essec Business School.

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