Vaccination anti-Covid-19 des jeunes handicapés: les parents dans le flou

Avec le soutien de
Les jeunes handicapés ne peuvent se rendre directement dans les centres publics de vaccination, comme ici à Curepipe.

Les jeunes handicapés ne peuvent se rendre directement dans les centres publics de vaccination, comme ici à Curepipe.

«J’ai peur pour ma fille. Je ne sais pas quoi faire. On n’a aucune information…» lâche Marilyne Jandoo, 58 ans, une habitante de Curepipe. Elodie, sa fille de 28 ans, qui est trisomique, fréquente des centres sportifs et de formation. Depuis quelques jours, mère et fille s’interrogent sur la vaccination au Covid-19 pour avoir accès à ces lieux suivant les nouveaux règlements de la Quarantine Act (2020). 

En effet, les Mauriciens de 18 ans et plus doivent présenter leur carte de vaccination ou un test PCR négatif pour entrer dans les établissements. «Notre tête fourmille de doutes. C’est un gros problème car maintenant il faut s’activer pour les vaccins de nos enfants alors que nous n’avons même pas encore procédé aux nôtres. D’ailleurs, la vaccination est-elle sûre pour les handicapés ? Personne ne nous éclaire dessus», soutient la mère de famille.

Le flou persiste aussi pour Norah, une autre maman de 72 ans, alitée suivant une fracture, et dont le fils de 30 ans est aussi handicapé. «Il va dans un centre deux fois par semaine. Là je suis perdue. Je dois le faire vacciner mais je ne connais pas les démarches. En plus, dans mon état, j’attends mon rendez-vous à l’hôpital le 17 juin pour pouvoir me renseigner», confie-t-elle. 

Davantage de considération

Ali Jookhun, activiste pour les droits des enfants handicapés, constate justement ces confusions au sein des familles de ces jeunes. «Les parents ne savent où aller et comment faire. Ces derniers craignent également de sortir avec leurs enfants handicapés dans des situations pareilles. Aussi, il faudrait leur accorder plus de considération», déclare-t-il.

En effet, confirme le Dr Audrey Chui Wan Cheong, Medical Director de City Clinic Ltd, «les Mauriciens handicapés sont plus susceptibles de contracter le Covid-19. Et comme, parallèlement, ils dépendent de leurs accompagnateurs, cela multiplie le risque face à la pandémie». D’où l’importance de toujours maintenir les gestes barrières, renchérit-elle.

Quelles sont les procédures et options vaccination pour les jeunes handicapés de 18 ans et plus ? Actuellement, ils ne peuvent se rendre directement dans les centres publics de vaccination puisque l’exercice priorise les séniors. Selon le ministère de la Santé, il faut s’inscrire auprès de l’Economic Development Board (EDB) pour obtenir un rendez-vous. Cependant, depuis hier, la hotline 203-3800 était inaccessible par un bon nombre de Mauriciens désireux de s’inscrire pour la vaccination. 

Un responsable à l’EDB explique que ce numéro relié à leur call centre peut traiter dix appels simultanément mais reçoit plusieurs centaines d’appels par heure depuis le début de la campagne vaccination, ce qui cause peut-être une saturation et peut expliquer des difficultés d’accès hier.

Inscription via l’EDB

Aussi, l’inscription pour la vaccination est la plus indiquée, soit sur le lien suivant :vaccination.edbmauritius. org, pour tous les individuels, y compris le personnel scolaire ainsi que les étudiants âgés de plus de 18 ans. 

Du 5 au 7 juin 2021, 11 000 demandes de vaccination pour le Covid-19 ont été enregistrées en ligne sur la plateforme de l’EDB. «Cela prendra entre deux et trois jours pour traiter ces demandes, car, par jour, nous envoyons en moyenne 6 500 personnes à la vaccination. S’y rajoutent 15 000 autres inscriptions émanant des opérateurs économiques, ce qui équivaut à un total de 26 000 pour deux à trois jours», déclare-t-il. 

Il ajoute que dans le secteur éducatif, la vaccination est priorisée pour avant le 12 juin. Depuis la deuxième phase de la vaccination du 2 juin, l’EDB a envoyé 34 426 personnes pour se faire inoculer.

Une formule qui marche pour les professionnels et étudiants. Cependant, divers parents de jeunes handicapés ne maîtrisent pas ou n’ont pas accès aux outils informatiques. Ali Jookhun plaide pour qu’une voie rapide soit instituée pour cette catégorie, qui est plus vulnérable. «Le directeur médical à la sécurité sociale a un rôle important à jouer. Ce département possède les statistiques sur le nombre de Mauriciens en situation de handicap. Il faudrait dégager une stratégie pour venir vers ceux qui y sont confrontés. De plus, ce ministère a recruté plus de 250 médecins pour les visites à domicile», avance-t-il.

Problème de mobilité

D’autant que divers handicapés de plus de 18 ans ont des problèmes de mobilité. Comment faire dans ce cas ? La question reste entière pour Pauline, 36 ans. «Je suis désemparée. Depuis hier, j’ai appelé toutes les hotlines possibles mais en vain. Mon frère ne peut pas se déplacer. Dois-je solliciter une ambulance ? Les médecins ne peuvent-ils pas administrer le vaccin chez nous vu son état ?» se demande-t-elle. 

Au ministère la Sécurité sociale, on nous indique que la vaccination contre le Covid-19 incombe à celui de la Santé, qui de son côté, affirme que les demandes doivent être acheminées vers l’EDB. 

Qu’en est-il des options au privé où l’administration par dose de vaccin coûte Rs 300 ? Les jeunes handicapés et étudiants réguliers majeurs… en quête d’être vaccinés devront patienter. «Nous procédons à la vaccination de tous, dont les personnes handicapées entre autres, à partir de 18 ans, sauf en cas de grossesse ou d’allergie sévère. L’État nous a remis 500 doses de vaccin. Celles-ci sont épuisées depuis la semaine dernière. Une requête a été faite pour des vaccins additionnels. Nous attendons toujours», déclare le Dr Mike Sooknundun, directeur de la Clinique du Nord. Il indique avoir réitéré la demande hier.

Quantité de doses contrôlée dans les cliniques

Du côté de C-Care, qui faisait mention de la réception d’un stock de 2 000 doses de vaccin de Sinopharm le 3 juin pour ses instituts de Moka (Wellkin) et Grand-Baie, a complété ses réservations le même jour. À présent, l’établissement est en attente de plus d’informations concernant les vaccins. 

Sur cet aspect, le ministère de la Santé confirme que les demandes des cliniques sont sans doute en cours de considération et des vaccins remis en quantité contrôlée. En effet, celle-ci est inférieure en nombre comparé aux taux prévalant dans les centres de vaccination publics.

À la City Clinic Ltd, la campagne recommencera cette semaine. Les citoyens peuvent appeler ou envoyer un courriel sur [email protected]. mu. «Le personnel et la direction de la City Clinic ont été vaccinés à 100%. Le protocole Covid-19 a été conçu par notre Health and Safety Officer et le management pour un cadre optimal de sécurité. Nous saluons les efforts du ministère de la Santé pour son aide dans la campagne nationale de vaccination», indique le Dr Michael Ah Tow, Administrative Manager à la City Clinic.

Pourquoi immuniser le personnel éducatif ?

La vaccination du personnel de l’école fait toujours rage. Depuis le début de la pandémie, il a été établi que les enfants sont moins à risque. Selon l’OMS, les enfants et ados de moins de 18 ans représentent 8,5% des cas recensés et le taux de mortalité est inférieur à 1% en Europe et aux États-Unis. Cependant, la létalité de cette infection n’est pas le seul problème. Il y a de plus en plus de signes de «long Covid» chez les enfants.

À Maurice, aucun décès d’enfants n’a été enregistré pour l’heure. Quant au taux de contamination, le chiffre est disponible mais n’a pas encore été communiqué. Est-ce donc nécessaire de forcer le personnel de l’éducation à se faire vacciner ? Dans plusieurs pays, il a été noté que les enfants gardent les séquelles de la maladie.

Le long Covid

Les études citées par l’OMS ont démontré que 30 % des patients adultes, même ceux qui n’avaient que des symptômes légers, ont des séquelles même neuf mois après la guérison. D’autres études parlent de 87 % d’adultes qui présentent au moins un effet longue durée de la maladie. Parmi eux, on retrouve la fatigue, la perte de mémoire, douleurs abdominales, palpitations, perte de l’odorat, entre autres. En ce qui concerne les enfants, les données sont encore rares et toutes les études datent de 2021. Mais les chiffres disponibles affirment, pour l’instant, que la prévalence du long Covid-19 est le même chez les enfants.

Une étude datant de mars 2021 a été faite sur les effets du Covid-19 chez 510 enfants avec une moyenne d’âge de 10,3 ans. Il a été établi que la plupart des enfants présentent au moins une séquelle plus de huit mois après la guérison. Les symptômes longue durée sont la fatigue et la perte de forte (87,1 %) douleurs musculaires (68,4 %) ou encore vertiges (48 %), entre autres. Les autres symptômes post guérison sont douleurs aux joints, rougeurs, maux de tête, crampes abdominales et irritabilité. 484 enfants (94,9 %) ont présenté au moins quatre de ces symptômes.

Les chiffres concernant l’état général des enfants sont aussi parlants. Après guérison, seulement 10 % des enfants ont pu retourner à leurs niveaux d’activités pré-infection. Quant à ceux qui faisaient du sport quotidiennement, seulement 17 (11,8 %) ont pu retourner à leur niveau d’avant. 64 enfants qui ont participé à l’étude, soit 28,7 %, ont retrouvé la totalité de leurs facultés mentales. Les autres souffrent toujours de difficultés à comprendre des informations, à se concentrer ou encore, à faire des travaux de routine.

La vaccination des patients guéris

Les patients guéris du Covid-19 ne sont pas exemptés de la vaccination. Ce qui fait sourciller plus d’un, car dans plusieurs pays, le temps d’attente est entre trois et six mois.

D’ailleurs, en conférence de presse en avril, la Dr Catherine Gaud avait dit que les patients guéris doivent attendre trois mois avant de se faire vacciner. Elle avait dit, à l’époque, que la première dose devait se faire entre trois et six mois après la guérison. Au-delà de ce lapse de temps, les deux doses seraient obligatoires. Or, désormais, les recommandations ont changé. 

«Il y a certes des pays qui préconisent l’attente, mais d’autres non», rappelle l’immunologue. Elle précise toutefois qu’il y a débat sur la deuxième dose pour ces patients guéris, mais la première dose fait l’unanimité.

Est-ce que cela représente un risque ? «Non. Disons que c’est moins utile, mais il n’y a pas de situation où trop d’anticorps peuvent nuire», dit-elle. D’ailleurs, selon la littérature médicale disponible, le seul effet d’avoir trop d’anticorps est des effets secondaires plus forts.

305 480 Mauriciens ont reçu leur première dose 

À ce jour, 305 480 Mauriciens ont reçu leur première dose de vaccin, dont 13 393 hier. Quant à la deuxième dose, le taux de vaccinés est de 214 009 dont 1 003 effectués hier.

La résistance s’organise sur le Net

Une pétition a été mise en ligne sur Avaaz pour contester la vaccination obligatoire. Et une page facebook. hettps://mybodymychoicemyvoice.com/ revendique «le libre choix d’être vacciné ou non. La vaccination ne doit pas être un chantage au travail ni à la liberté de vivre». Les rédacteurs de la pétition lancent «le cobaye c’est vous», affirmant que «les vaccins injectés à Maurice sont TOUS en phase III : ce sont des vaccins expérimentaux». 

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
Suivez le meilleur de
l'actualité à l'île Maurice

Inscrivez-vous à la newsletter pour le meilleur de l'info

OK
Pour prévenir tout abus, nous exigeons que vous confirmiez votre abonnement

Plus tardNe plus afficher

x