Budget 2021-22: définir les contours d’une reprise

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Le ministre des Finances avant son premier grand oral l’année dernière. © Beekash Roopun

Le ministre des Finances avant son premier grand oral l’année dernière. © Beekash Roopun

À neuf jours de la présentation du deuxième Budget national en pleine crise sanitaire et économique, les yeux seront rivés sur les faits et gestes du ministre des Finances, Renganaden Padayachy. Celui-ci change de braquet à partir de cette semaine pour entrer dans la dernière ligne droite. Les attentes sont nombreuses comme les défis pour sortir le pays de la crise.

Si l’année dernière, la crise inédite, après celle de 1929, avait trouvé sa réponse dans une nouvelle normalité, celle de 2022 doit définir les contours pour une sortie de crise. Ce qui a motivé le supplément Eco de l’express de réunir dans la présente édition une brochette d’économistes pour analyser et partager leurs réflexions sur les stratégies à mettre en place pour sortir le pays de cette tempête économique. Cela dans le sillage du dernier rapport de la Banque mondiale, rendu public la semaine dernière, intitulé «Mauritius through the eye of a perfect storm: coming back stronger from the Covid Crisis» et qui pose les conditions et définit les problématiques à surmonter pour favoriser une reprise économique. Ils sont Nalini Burn, Pierre Dinan, Rajeev Hasnah, Chand Rattan Khushiram, Pamela Leste, Kugan Parapen, Vikram Punchoo, Satyam Ramnauth et Sameer Sharma et animent à leur façon le débat économique et sociétal.

Ne nous voilons pas la face : personne ne souhaiterait être à la place de Renganaden Padayachy pour présenter le Budget national dans un contexte de crise où l’issue d’une reprise économique est toujours tributaire des effets de la pandémie du Covid-19. L’avènement d’un deuxième lockdown en mars dernier et les risques d’un troisième sont bien réels avec les nouveaux variants qui circulent à l’échelle planétaire. D’ailleurs, l’ex-ministre des Finances et économiste Rama Sithanen a raison de souligner que la campagne de vaccination pour atteindre l’immunité collective de la population n’est pas à elle-seule suffisante comme la condition sine qua non pour ouvrir les frontières d’ici la fin de ce mois. De ce fait, le timing de cette décision cruciale devient nécessairement un enjeu économique de taille qui pèsera de tout son poids dans sa stratégie de relance.

Marge de manoeuvre

A l’approche du discours du Budget, qui chaque année monopolise les conversations populaires et agite les réflexions des spécialistes, toute la problématique liée à la marge de manoeuvre du ministre des Finances et de ses options budgétaires refait surface. Certains – c’est presque une obsession – deviennent subitement des experts à la faveur des talk-shows sur les plateaux de radios privées.

Certes, la question qui se pose et qui interpelle les spécialistes comme le commun des mortels se résume à celle-ci : est-ce que Renganaden Padayachy dispose réellement d’une certaine marge de manoeuvre qui l’éviterait à marcher sur la corde raide en prenant certaines décisions qui politiquement sont impopulaires au Sun Trust mais bénéfiques économiquement pour le pays sur le long terme ?

Après une contraction économique de 15 % l’année dernière et une projection de croissance de 5 % en 2021, qui est d’ailleurs un simple rebond technique par rapport à 2020 où le PIB a volatilisé sous l’effet de la crise, cédant Rs 70 milliards, le Grand Argentier n’a pas droit à l’erreur s’il veut jeter les bases pour retrouver le dynamisme économique et le rythme de croissance de décembre 2019. Même si, avouons-le, le pays parvenait difficilement déjà avant la pandémie à franchir le seuil fatidique de 4 % de croissance pendant au moins une décennie.

Ces dernières semaines, Renganaden Padayachy a défendu l’idée d’ouvrir de nouveaux chantiers de réformes pour relancer l’économie et atteindre une croissance robuste. Or, le constat dressé par les économistes montre que malheureusement le plan de relance de l’économie avec une enveloppe de Rs 100 milliards, déployé dans le dernier exercice budgétaire, n’aurait pas donné des résultats escomptés. Certains diront que c’est carrément un échec, relevé diplomatiquement d’ailleurs par des institutions internationales dans leurs rapports successifs.

Aujourd’hui, des indicateurs macroéconomiques jouent contre le ministre des Finances. Il marche visiblement sur les oeufs avec un déficit budgétaire qui pourrait atteindre 12 % du PIB au terme de l’année fiscale 2020-21 s’il devrait avoir recours aux fonds non utilisés du dernier exercice budgétaire. Et une dette publique à 91 % du PIB alors même que des analystes financiers sont d’avis qu’elle a déjà dépassé la barre de 100 % du PIB, s’il faut additionner tous les Special Purpose Vehicles lancés par le gouvernement pour financer des projets tels que Metro Express et Safe City mais qui se veut une manière de masquer le niveau d’endettement réel de l’Etat.

La menace d’un nouveau downgrading de Moody’s, qui enfoncerait le pays dans une logique de faillite et forcerait les principaux établissements bancaires à sombrer dans un sub-investment grade, doit faire réfléchir le ministre des Finances à bien choisir ses options budgétaires. A cet effet, le rapport de la Banque mondiale insiste que la meilleure stratégie d’une reprise solide reste à bien des égards un mix entre des mesures financières ciblées pour soutenir les firmes et les ménages sérieusement affectés par l’effet de la pandémie et un programme de réformes pour s’attaquer aux «pre-existing structuring challenges».

Un message somme toute clair pour rappeler à Renganaden Padayachy qu’il doit être sélectif et ciblé quant à son plan de financement destiné à raviver les entreprises systémiques car certaines, considérées comme des canards boiteux, seront appelées à disparaître quoiqu’elles soient mises sous perfusion. De la même manière, il doit restructurer les secteurs traditionnels, jadis porteurs de croissance, aujourd’hui en chute libre, couplés à l’avènement de nouveaux piliers pour soutenir l’économie à franchir un nouveau palier.

Si les spécialistes sont plus ou moins convaincus que le Budget reste avant tout un balancing act, voire un exercice comptable pour réconcilier les impératifs économiques aux urgences sociales, il reste néanmoins un puissant outil de redistribution de richesses économiques. 

Du coup, on peut se demander si le réalisme économique dictera Renganaden Padayachy à revoir l’Etat Providence pour que les fruits de la croissance de demain soient plus inclusifs. Plus particulièrement après que l’effet économique du confinement a entraîné l’endettement des familles, privant 76 % d’entre elles de la possibilité à joindre les deux bouts, dont plus de 20 % sont incapables de s’acquitter de leurs factures d’utilité publique. Est-ce qu’il est prêt à faire table rase de certaines promesses électorales de novembre 2019, dont l’augmentation de la pension de vieillesse à Rs 13 500 en 2023, la publication du Pay Research Bureau aux fonctionnaires ? Ou pourquoi pas à limiter certaines subventions à des familles au bas de l’échelle ?

Pour le moment, Renganaden Padayachy ne compte pas appliquer les recettes du FMI pour préparer la sortie du pays de la crise. Comme il ne privilégie pas la fontaine de la Banque de Maurice pour s’abreuver de sa soif des milliards. Alors le Dr Padayachy doit faire preuve d’imagination pour adoucir la pilule. Pour le reste, il faudra attendre la prescription le 11 juin.

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