Tourisme: optimisme mais urgence

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Derrière les nuages du manque de visibilité, pointe le ciel bleu d’une demande de voyages post-Covid accrue.

Derrière les nuages du manque de visibilité, pointe le ciel bleu d’une demande de voyages post-Covid accrue.

Sans surprise, la chute des arrivées touristiques de janvier à avril 2021 est de 99 %. Coup de massue pour l’économie locale. Selon les chiffres du World Travel and Tourism Council, le tourisme et les voyages avaient rapporté pas moins de Rs 94,4 milliards en 2019, un manque à gagner colossal pour le produit intérieur brut (PIB) du pays, car cela fait maintenant plus d’une année que ce segment, pilier de l’économie mauricienne, est en berne. Toutefois, les opérateurs qui ne perdent pas espoir s’attendent à ce que la demande soit encore plus forte que les années pré-Covid à la reprise. 

Selon un rapport de Skyscanner, Maurice est très demandé dans les moteurs de recherche. «...Mauritius, the destination with the biggest search rank increase from 2019...», peut-on lire dans le rapport Skyscanner Horizon, the return of travel. 

En effet, comparé à 2019, les recherches pour la destination Maurice ont augmenté de 126 places en 2021. Des chiffres qui redonnent espoir aux opérateurs qui misent sur une campagne de vaccination efficace et rapide pour permettre une réouverture des frontières suivant des mesures strictes. 

Toutefois, à ce jour, une décision concernant Air Mauritius, et une visibilité sur l’ouverture des frontières sont prioritaires. Au-delà d’attirer touristes et investisseurs, cette visibilité est nécessaire pour mesurer la reprise. Quand la date de réouverture sera annoncée et que Maurice enregistrera ses premières réservations, la demande sera plus facilement quantifiable, cela grâce au nombre de sièges d’avion retenus, ou au nombre de chambres d’hôtel réservées. Ces informations garantiront une marge de manoeuvre considérable aux hôteliers, acteurs du secteur de l’aviation et autres opérateurs du tourisme pour se préparer. 

Sans une date d’ouverture arrêtée, il est également difficile de lancer des campagnes marketing sur Maurice. «Il n’y a pas vraiment de campagne qui se fait actuellement. Une campagne de promotion a pour but de créer de la visibilité et d’appeler à une action, ensuite on mesure les réservations obtenues à travers cette campagne pour savoir si elle est efficace. Or, nous ne savons pas encore quand les frontières rouvriront. Un comité travaille actuellement sur les protocoles à adopter. Donc notre communication est plutôt informative pour l’instant, à travers les réseaux sociaux entre autres et sur des marchés cibles», explique Arvind Bundhun, directeur de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). Il affirme qu’un travail de fond a été enclenché pour aborder et décider des différentes phases de cette fameuse et tant attendue réouverture des frontières. «Nous avons su maîtriser la pandémie, ce qui est à notre avantage. À titre d’exemple, les autorités britanniques estiment qu’il est moins risqué de venir à Maurice que d’aller aux Maldives. Donc si le touriste anglais vient à Maurice, il n’aura que cinq jours d’isolement à domicile de retour dans son pays.» 

Nouveaux marchés cibles 

Sachant que l’Europe, notre marché le plus important, fait toujours face à la crise, dans le cas d’une réouverture de nos frontières avant la fin de l’année, il nous faudrait d’ores et déjà identifier et lancer une opération de séduction sur de nouveaux marchés cibles. «Il ne faut pas oublier les pays où nous avons des vols directs à l’instar des Émirats arabes unis ou encore l’Arabie saoudite. Ensuite, les derniers chiffres démontrent que la Russie et l’Europe de l’Est sont de gros marchés pourvoyeurs de touristes. Nous devons impérativement pallier la chute des marchés traditionnels, sud-africains, indiens et européens», ajoute Arvind Bundhun. 

Cet optimisme, de nombreux hôteliers la partagent à mesure que la campagne de vaccination progresse. «Je pense que la destination est définitivement prête pour rouvrir ses frontières avec certains marchés émetteurs tels que l’Angleterre, qui a déjà vacciné une bonne partie de sa population. Une très grande partie du personnel de notre industrie, ici, est vaccinée. Oui, nous nous devons d’être prudents, mais il nous faut démarrer», dit Sydney Pierre, Senior Vice President Commercial de The Lux Collective. Il ajoute qu’un protocole comportant très peu de risque pourrait dans un premier temps fonctionner : la présentation d’un test PCR négatif ou en effectuer un à l’arrivée, des transferts sécurisés accompagnés de professionnels formés, imposer la distanciation sociale dans les hôtels tout en autorisant les clients à profiter des facilités de l’établissement, sports nautiques et visites de quelques sites de l’île, entre autres, sous supervision bien entendu. «Une fois notre immunité collective atteinte, ce même protocole pourrait être assoupli, en autorisant la venue de clients vaccinés et non vaccinés. Je lance un appel au personnel de notre industrie et à leur famille pour qu’ils se fassent vacciner, pour notre propre sécurité et la sauvegarde de notre industrie qui est à l’agonie. Les autorités ont plusieurs fois déclaré que nous atteindrons l’immunité collective en juillet, mais l’annonce de la réouverture doit se faire bien avant pour permettre un bon marketing.» 

Mais que faire des chambres d’hôtel vides en cas de faible demande ? Contrairement aux sièges d’avions, les hôtels sont des infrastructures déjà existantes. Face aux dettes restées intactes ou en hausse, percevoir 60, 50, 20 ou même 10 % de revenus, c’est mieux que pas de revenu du tout. 

Toutefois une belle reprise est attendue. «Tous les acteurs de l’industrie sont d’avis que la demande sera très grande à l’annonce de la réouverture des frontières bien que cela ne se traduise pas en termes de commandes pour le moment, à cause de la situation incertaine. Je sais que quelques pays qui constituent notre marché ne pourront voyager avant 2022, mais ne soyons pas étonnés si d’autres marchés dépassent les performances de la période pré-Covid. Je suis assez optimiste, mais il nous faut faire vite, sinon nous risquons de payer cher», prévient Sydney Pierre. 

Toutefois, une réouverture efficace ne pourra se faire sans le concours d’Air Mauritius. Selon le Policy research paper Covid-19 and African airlines de l’United Nations Economic Commission for Africa, daté de décembre 2020, la perte de revenus d’Air Mauritius est estimée à $ 544 millions, impactant directement le PIB. 

Où est Air Mauritius ? 

Cependant, avec plus d’une année qui s’est écoulée et un fossé entre l’offre et la demande, selon les données d’instances internationales à l’instar de l’IATA, la reprise ne se fera pas avant au moins 2023.Une rencontre entre les ministres du Tourisme des pays membres du G20 au début du mois de mai, révèle qu’en 2020, les arrivées touristiques dans le monde affichaient un recul de 73 %. «Nous soulignons que la reprise des voyages et du tourisme est cruciale pour la reprise économique mondiale, en raison de l’impact économique direct et indirect de ce secteur sur les autres. Les voyages et le tourisme sont des moteurs essentiels pour une croissance et un développement durables et équilibrés. Ils représentent une contribution précieuse à l’agenda du G20», peut-on lire dans un communiqué du G20. Plusieurs aspects y ont été abordés : la sécurité sur le plan sanitaire des aéroports dans le monde, une meilleure gestion des crises à venir qui pourraient affecter le tourisme, la transformation digitale et plus de résilience, entre autres. 

Encore une fois, où est donc Air Mauritius (MK) dans toute cette organisation si une réouverture des frontières avait lieu ? Selon Megh Pillay, ex-Chief Executive Officer de MK, en 2019, parmi les vingt lignes régulières sur Maurice, Air Mauritius transportait à elle seule 40 % de nos touristes, s’imposant comme l’épine dorsale du paysage aérien de Maurice. «C’est tout un système. L’aérien fonctionne sur la base d’une planification en amont pour optimiser ses coûts. Cette planification se fait sur la base d’une demande anticipée et on anticipe cette demande en concertation avec les opérateurs du secteur, incluant les tour-opérateurs et les hôteliers. Comme nous travaillons également avec des lignes aériennes étrangères, il faut mobiliser la flotte et les ressources en fonction de cette demande anticipée. Pour commencer, il nous faut maintenant mesurer le potentiel de notre marché pour la réouverture, Maurice est une destination de niche, je suis sûr qu’il ne nous faudra pas beaucoup de temps pour atteindre la limite de notre offre pour les sièges et les chambres d’hôtel. Les gens veulent voyager, ils n’attendent que de pouvoir bouger.» 

Dans toute cette logistique, MK reste le meneur. Une compagnie d’aviation étrangère qui gère déjà de nombreuses destinations ne perdra pas de temps à la planification, l’alignement de l’offre des sièges d’avion en fonction des hôtels mauriciens entre autres. «Bien gérée, Air Mauritius rivalisait très bien dans un environnement de plus en plus compétitif. MK peut retrouver un niveau d’efficience opérationnel et commercial car il est moins certain qu’une nouvelle ligne grandisse et prenne la relève de MK pour participer à la relance à l’ouverture des frontières», dit Megh Pillay.

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