Décès de Nooresh Juglall, Golden Tractor euthanasié: qu’est-ce qui ne va pas au Champ-de-Mars ?

Avec le soutien de

Un champion s’en est allé, plusieurs jockeys se sont blessés. Golden Tractor a été euthanasié, Rule The Night serait mal en point… Ces drames auraient-ils pu être évités en ce samedi fatidique ?  En attendant l’enquête judiciaire qui sera instituée par le Directeur des poursuites publiques, ils sont nombreux à montrer du doigt l’aspect sécuritaire de l’hippodrome du Champ-de-Mars après le drame survenu samedi. 

Car rappelons qu’en sus de l’incident dramatique survenu dans la 7e course qui a coûté la vie à Nooresh Juglall et dans lequel le cavalier malaisien Benedict Woodworth s’est également blessé (au coude), deux autres jockeys ont chuté à l’occasion de cette journée inaugurale : Akash Aucharuz a subi une fracture du métatarse après sa chute sur Zigi Zagi Zugi dans la 3e course et Nabeel Batchameah s’est retrouvé à terre après avoir été désarçonné par Supreme Orator dans la 6e course. On a également noté que plusieurs incidents ont eu lieu dans le premier virage peu après le but lors de cette journée. 

Plusieurs jockeys se sont, d’ailleurs, plaints de l’exiguïté de ce tournant qui, selon eux, met en péril leur intégrité physique mais également celui du cheval. Autant d’incidents en l’espace d’une seule journée, c’est assez inhabituel et cela a de quoi nous interpeller. Comment expliquer cela ? Avant d’épiloguer sur la question, il est primordial de préciser qu’il n’est un secret pour personne que le Champ-de-Mars – qui date de 1812 – est dépassé. Cet hippodrome, un des plus vieux au monde, possède, certes, un cachet historique unique et exceptionnel, mais dans le cadre de la compétition, il comporte pas mal d’inconvénients. La piste circulaire est étroite et les virages sont particulièrement abrupts : ce qui fait que les nouveaux jockeys étrangers ainsi que les nouveaux chevaux ont besoin d’un temps d’adaptation – c’est-à-dire quelques courses pour gagner en expérience – afin de pouvoir mieux cerner les spécificités de l’hippodrome. 

Il faut également faire ressortir que le Champ-de-Mars est également un des rares hippodromes où il y a quatre passages (crossings) qui donnent l’accès au public mais également aux centaines de véhicules qui convergent quotidiennement sur les aires de stationnement. Le problème est que le gazon ne repousse pas sur ses ‘crossings’. Les préposés de la piste de la Mauritius Turf Club Sports and Leisure (MTCSL) essaient tant bien que mal de remédier à ce problème en couvrant ces passages avec du gazon et de la paille le jour des courses. Toutefois, les chevaux – surtout les nouvelles unités – qui sont de nature très sensibles à la couleur, ont tendance à se montrer capricieux lorsqu’ils abordent les passages, où la couleur du gazon n’est pas uniforme. L’origine de l’accident Dans ce contexte, l’accident au cours duquel Nooresh Juglall a perdu la vie a eu lieu justement sur le passage qui donne accès au Champ-de-Mars du côté de l’école primaire De La Salle. Même si à ce stade, on n’est pas en présence de tous les éléments – vu que les commissaires n’ont pas encore débuté leur enquête –, on estime néanmoins que c’est le ‘crossing’ ou du moins le comportement de deux nouveaux chevaux, Quatro Five Six et Golden Tractor, sur ce fameux «crossing» qui sont à l’origine de la chute mortelle du cavalier mauricien. Pour rappel, Juglall était en selle sur Rule The Night (cheval de l’année 2019) et aux abords des 600 m, il suivait en queue de peloton dans le sillage des deux nouveaux chevaux Golden Tractor (Woodworth) et Quatro Five Six (Horil). L’incident s’est produit quand la nouvelle unité Quatro Five Six, qui était sur les barres, a abordé maladroitement le ‘crossing’, soulevant ainsi de la terre sur cette partie de la piste à environ 450 mètres de l’arrivée. Golden Tractor (Woodworth), une autre nouvelle unité qui suivait dans son sillage, a alors pris peur (shy away) et a également sauté le «crossing» à son tour et s’est retrouvé complètement débalancé. Rule The Night (Juglall), qui était en queue de peloton, n’a pu éviter Golden Tractor. Il s’est fracassé littéralement dans les talons (clipped the heels) de ce dernier et Juglall a été carrément projeté à l’avant de sa monture. Sur les images diffusées sur le site web de la MTSCL, on peut voir que Juglall a perdu son «skull cap» avant même de se retrouver à terre ! 

Cela nous donne une idée de la violence de cet accident qui s’est déroulé en l’espace de deux à trois secondes. Malheureusement, le pire était à venir pour le cavalier mauricien car les deux chevaux sont ensuite carrément tombés sur lui dans leurs chutes respectives. L’accident pouvait-il être évité? De nombreux observateurs estiment que la MTCSL doit songer à supprimer les «crossings» pour éviter d’autres drames similaires à l’avenir. Même si les accidents mortels en course sont fréquents en Europe et en Australie, il est bon de noter que Nooresh Jugall est seulement le deuxième jockey à être victime d’une chute fatale en plus de deux siècles de course au Champ-de-Mars. Le premier cas remonte à 1925 lorsque le cavalier australien Gilbert Moncrieff avait connu une fin tragique. Sur ce postulat, on estime qu’au-delà de la présence des «crossings», c’est le comportement des chevaux – surtout des nouvelles unités qui font leur baptême du feu sur la piste – qui est, à notre avis, la source du problème. En effet, alors que dans les années précédentes, les «rules of racing» exigeaient que les nouveaux coursiers soient soumis à au moins deux «barrier trials» pour pouvoir débuter au Champ-de-Mars, cette règle a été amendée et ils peuvent désormais courir après une seule sortie sur la grande piste. Cela n’est clairement pas suffisant pour qu’ils se familiarisent avec le gazon du Champ-de-Mars. 

D’ailleurs, un des nouveaux chevaux impliqués dans l’accident, en l’occurrence Golden Tractor, avait déjà affiché une certaine frilosité sur ce fameux passage lors de son unique «barrier trial» en mars dernier. Le cas du cheval Coup For Lute, une nouvelle unité de l’écurie Daby qui était ‹engagée dans la 8e course, mérite également d’être cité. Un autre drame a été évité de justesse lorsque ce cheval a fait des siennes sur le passage où avait eu lieu l’accident fatal quelques minutes plus tôt. Quand on sait que ce cheval avait maladroitement, pour ne pas dire grossièrement, sauté ce fameux passage lors de son unique «barrier trial» (20 avril), on peut se demander comment son entraîneur a obtenu l’autorisation pour l’aligner dans cette course. À la lumière de ces incidents, il est plus que jamais nécessaire que les commissaires de courses revoient le protocole sur les débuts en compétition des nouveaux chevaux. Ils devraient également songer à prendre en considération les suggestions des turfistes avisés qui suggèrent l’utilisation d’un gazon synthétique sur les différents passages.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
Suivez le meilleur de
l'actualité à l'île Maurice

Inscrivez-vous à la newsletter pour le meilleur de l'info

OK
Pour prévenir tout abus, nous exigeons que vous confirmiez votre abonnement

Plus tardNe plus afficher

x