Filtrage des réseaux sociaux: des géants du Web et la société civile réagissent aux propositions de l’ICTA

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La colère contre le filtrage des réseaux sociaux proposé par l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA) a dépassé nos frontières. Des GAFAM, acronyme des géants du Web – Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft – prennent déjà position contre ces propositions. Un communiqué de Google, rédigé en collaboration avec Mozilla, éditeur du navigateur Firefox mercredi dernier, en fait état. Dans ce document envoyé à l’ICTA et rendu public, les deux géants de l’Internet soulignent avoir des réserves sur l’aspect technique qui sera adopté pour filtrer les réseaux sociaux, dont Facebook. 

Selon ce membre du GAFAM, les amendements de l’ICTA imposeront aux internautes d’installer un certificat digital afin de permettre aux connexions vers les réseaux sociaux de transiter par un serveur qui va intercepter, décrypter et sauvegarder les données des utilisateurs. Google et Mozilla se disent conscients des barrières de langues, mais estiment que l’approche adoptée est sévère et disproportionnée par rapport à la protection des données et la sécurité des citoyens mauriciens. Ces géants d’Internet soulignent que l’outil de filtrage va ébranler la confiance fondamentale des infrastructures informatiques sécurisées, d’autant plus que 80 % des sites Web, dont les réseaux d’e-commerce et ceux qui font des transactions financières sensibles, utilisent la technologie HTTPS. 

Les amendements à l’ICTA, qui visent à faire transiter le trafic des réseaux sociaux via un serveur proxy, vont mettre en péril la vie privée des Mauriciens et va compromettre l’intégrité et la sécurité des systèmes informatiques qu’utilisent chaque jour les internautes. Ceci pourrait faire d’Internet un lieu moins sécurisé, entraînant des fraudes, usurpations d’identité et intrusions dans la vie d’autrui. Mozilla et Google rappellent qu’il y a déjà eu des tentatives de contrôler ou de bloquer à travers des mécanismes. Les deux multinationales affirment avoir toujours tout fait pour protéger leurs utilisateurs. De plus leur document souligne que le système d’interception de trafic des réseaux sociaux pourrait ne pas fonctionner, car les smartphones vont limiter l’usage de ces types de certificats digitaux. 

Le Center for Law and Democracy, en collaboration avec le parti 100% Citoyens, a soumis ses propositions et a réagi sur la consultation en cours. L’organisation demande au gouvernement d’abandonner les propositions du Consultation Paper basé sur la surveillance de masse, les violations du cryptage et les contenus trop vagues. Le gouvernement devrait surtout s’assurer que de nouvelles lois n’enfreignent la liberté d’expression et l’ingérence dans des pratiques commerciales. Il faudrait que Maurice collabore davantage avec les sociétés qui proposent des plateformes de réseau social. Le Center of Law and Democracy dénonce les exemples cités pour justifier ces propositions, car il y a des informations trompeuses comme le conflit avec les Rohingyas, qui violent plusieurs conventions et lois en matière de liberté d’expression. 

Au niveau local, le Diocèse de Port-Louis prend position par l’entremise de son vicairegénéral, Jean-Maurice Labour. Il propose d’étendre le délai de l’ICTA pour organiser un dialogue national et de demander à un comité de sages d’écouter et de faire des recommandations suivant ce débat où tout le monde pourra participer. Jean Maurice Labour demande à l’organisme régulateur de rendre publics les points de vue et diverses contributions des spécialistes et des citoyens. Le représentant de l’Église catholique souligne que ces propositions sont une épée de Damoclès sur la liberté d’expression qui est garantie par l’article 12 de la Constitution : «Le mécanisme tel que proposé affaiblirait notre démocratie. En voulant ainsi prévenir des abus d’usage, ne risquons-nous pas d’étouffer la liberté d’expression des Mauriciens ?»

L’ICTA répond avec une vidéo explicative

Pour justifier sa consultation et répondre à une vidéo réalisée par LSL Digital sur la mise en place de son système de filtrage, l’ICTA a réagi en émettant une vidéo qui veut démystifier ce filtrage des réseaux sociaux en l’appelant un «cadre légal». Elle souligne que les propositions ne vont pas bafouer la Constitution. Dans cette vidéo, elle cite sept exemples auxquels elle ne va pas s’intéresser. L’autorité insiste qu’elle ne veut pas toucher à la liberté d’expression mais mettre une plateforme sécurisante pour les utilisateurs. La vidéo souligne que le filtre ne surveillera pas les communications, plus précisément les conversations privées entre utilisateurs sur des messageries instantanées. Le filtre n’agira que sur les postes publiques. Le décryptage de la technologie HTTPS ne permettra pas à l’ICTA de voir ou de stocker les identifiants, mots de passe, adresses mail, messages privés et détails bancaires, le filtre ne contrôlant pas Internet, mais seuls des postes abusifs qui auront fait l’objet de plaintes. Ses propositions, dit-elle, n’empêcheront personne de s’exprimer contre le gouvernement avant de rappeler qu’elle ne fait que des consultations et que c’est au gouvernement de voter des lois. De plus, la «Data Protection Act» protège les données personnelles et ne permet pas la sauvegarde de ces informations. La vidéo ne donne pas des détails précis sur le fonctionnement du filtre et ne répond pas vraiment aux questions du public. Les consultations devraient prendre fin le 20 mai.

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