Saisie record de drogues - Anna Gurroby: «Mes fils ont été piégés par jalousie»

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(De g. à dr.) Nitesh, Ritesh et Niresh Gurroby, interpellés dans cette affaire, sont tous en détention.

(De g. à dr.) Nitesh, Ritesh et Niresh Gurroby, interpellés dans cette affaire, sont tous en détention.

Il est 11 heures en ce jeudi le 6 mai. L’express se rend ce jour-là à la cite EDC à Grand-Baie, là où vit la famille Gurroby. Les habitants du quartier vaquent à leurs occupations, comme à l’accoutumée. Les voisins des Gurroby semblent bien agités dans leur cour. À notre arrivée, chacun a hâte de venir voir ce qui se passe chez les Gurroby. La maison de ces derniers semble divisée en deux parties. Les frères Gurroby vivent à l’étage alors que leurs parents habitent au rez-de-chaussée.

Anna, la mère de Niresh, Ritesh et Nitesh Gurroby, s’y trouve en compagnie d’un bébé. Il semblerait qu’il n’y ait personne d’autre dans la maison. Elle ne se montre pas très amicale au départ en raison de tout ce qui a été dit, écrit et publié d’incriminant à propos de ses fils. Ces articles font suite à l’importante saisie de 243,45 kg d’héroïne, et de 26 kg de résine de cannabis, d’une valeur de plus de Rs 3 milliards, retrouvés sur un terrain à Club Med Road, Pointe-aux-Canonniers où se trouve un conteneur appartenant à Ritesh Gurroby et qui était surveillé par Siwdanand Rawah, un vigile de 37 ans, habitant Petit-Raffray.

Anna Gurroby montre qu’elle sait manier l’ironie. «Mo lasanté pa bon ek inn fini ekrir pouritir mem, abé kontinié ékrir samem.»

On finit par recueillir ses impressions. «Mon instinct maternel me dit que mes fils ont été piégés. Quand la saisie a eu lieu, ils n’étaient pas à la maison. Le vigile a appelé mon fils pour lui demander d’ouvrir son conteneur, qui abritait de vieilles barres de fer pourries, ainsi que des pièces de rechange usagées de bateaux.»

Elle poursuit en disant que depuis 2017, son fils a quitté ce chantier et que n’importe qui aurait pu y avoir accès. «N’importe qui peut y entrer, fouiller et mettre n’importe quoi sur ce terrain. Zot inn piez mo zanfan. Si vraiment on était plein aux as, mes enfants et moi, ainsi que mon mari, nous n’aurions pas besoin de vivre au premier étage d’une maison. Ils dorment chacun dans une chambre.».

Elle ajoute que si les journalistes avaient besoin d’informations sur ses fils, ils n’avaient qu’à interroger leurs voisins. «Mes voisins vous diront que mes enfants ne connaissent qu’un seul trajet, celui du port jusqu’à leur domicile et vice-versa. Zot pena Samdi ni Dimans, zot rant tar lakaz apré travay. Quand pensez-vous qu’ils auraient le temps de s’adonner à des transactions illicites ? Se bann zanfan ki pa bwar pa fimé sa.»

Elle reste perplexe quant à la façon dont cette drogue a été déterrée et elle se demande qui a indiqué aux policiers où se trouvait cette drogue. «Personne ne le sait. Quant au gardien, il est sur les lieux depuis 2017 pour surveiller notre conteneur. Et bien qu’il n’y ait pas grand-chose à surveiller, il est resté sur place depuis et on ne l’a pas chassé. Mes fils sont généreux. Vu qu’il n’a nulle part où aller, il est bien traité. On lui donne à manger. Je suis choquée : est-ce vraiment lui qui a déclaré qu’il a vu mon fils arriver avec des sacs et en compagnie d’autres personnes ? Ni mwa ni ou pa pou kone.»

Anna Gurroby précise qu’il arrive que le gardien ne soit pas de garde et que si des gens sont entrés pour y dissimuler de la drogue, ses fils ne le sauraient pas.

Elle ajoute que le jour de la saisie, comme ses fils n’étaient pas à la maison, elle s’est rendue sur place car le gardien réclamait la clé du conteneur. «J’y ai été avec mon époux. Une fois sur le terrain, nous avons été choqués de voir autant de policiers. Ils insistaient en me disant qu’ils cherchaient Ritesh. Je leur ai demandé pourquoi ils le cherchaient mais ils n’ont rien voulu me dire. J’ai donc appelé mon fils pour lui dire de venir car les policiers veulent ouvrir le conteneur en sa présence. Une fois le conteneur ouvert, ils n’y ont rien trouvé. Comment ont-ils trouvé de la drogue sous le sable ? Ce n’est certes pas mon fils qui a attiré leur attention dessus.»

«Kisann-la ki pa kasiet enn tigit kas pou fer enn devlopman?»

Interrogée quant à la provenance d’importantes sommes d’argent en devises étrangères et de pierres précieuses retrouvées dans une malle en bois chez le beau-frère de Nitesh à Congomah, elle dit que son fils a travaillé dur et fait des économies. «Il a économisé cet argent pour se faire construire une maison et il l’avait caché pour ne pas avoir à le déclarer. Kisann-la ki pa kasiet enn tigit kas pou fer enn devlopman? Cet argent n’est pas sale comme on le prétend.» Et quid des pierres précieuses ? Elle réplique qu’il les a achetées et précise qu’il a conservé tous les reçus pouvant l’attester. Elle ajoute que ses enfants étaient très petits quand elle et son mari Tesswur, plus connu comme Babul, ont voulu faire des progrès dans la vie. «Nous avons commencé par vendre des gâteaux sur la plage et plus tard, j’ai mis mon terrain en gage pour prendre un prêt bancaire auprès de la Banque de Développement. Mon époux rejoignait les pécheurs et allait pêcher avec eux. C’est ainsi que l’on gagnait notre vie. On a fait beaucoup de sacrifices.» Notre interlocutrice explique comment la famille a pu agrandir le business. «Le bateau Islander était à mon nom. Ritesh m’a demandé de le transférer à son nom afin qu’il puisse l’offrir en garantie pour contracter des emprunts et agrandir le business de poisson en achetant de nouveaux bateaux.» Appelée à dire pourquoi Niresh Gurroby était porté manquant pendant plusieurs jours, elle dément. «C’est un mensonge. Mon fils était chez moi. Où voulez-vous qu’il aille ?»

Le travail de terrain a payé

Découvert à Pointe-aux-Canonniers la semaine dernière de la drogue d’une valeur de Rs 3,6 milliards. Une saisie record, qui a choqué tout le pays. Comme l’a déclaré le DCP Choolun Bhoojun, le chef de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), cette opération a été menée après un travail de longue haleine sur le terrain, qui a porté ses fruits. C’est l’équipe de l’inspecteur Mohess, qui a mis en place toute l’opération. «Pa asiz dan biro gagne sa», lâche un ancien de l’unité de l’ADSU.

Les policiers de la brigade antidrogue ont surveillé jour et nuit l’endroit où ont été enfouis les sacs de drogue. Comment les policiers ont-ils su que la drogue était enfouie sous le sable et dans trois endroits différents ? C’est l’expérience, le travail se fait à travers des informateurs, et par l’Intelligence Unit. «C’est à force de travail sur le terrain que l’intelligence se développe», dit un officier de l’ADSU.

Cette fois, ce n’est pas le chien renifleur, qui est à l’honneur mais bien l’équipe de l’ADSU de la Metropolitan Division.

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