Bruno Raya: «On prend les artistes pour des ‘roder bout’»

Avec le soutien de

Le ministère des Arts et du Patrimoine culturel a présenté un plan d’aide pour soutenir les artistes durement affectés par la pandémie. Sauf que, ni la formule choisie – les œuvres doivent correspondre à des thèmes – ni les montants ne trouvent grâce aux yeux du porte-parole de l’Association Auteur Compositeur Mauricien (AACM).

Lundi, le ministère des Arts et du Patrimoine culturel a présenté un «support plan» pour aider les artistes en difficulté à cause de la crise sanitaire. Comment accueillez-vous cette nouvelle formule d’aide ?

Je suis très déçu. Zot pe pran nou pou enn bann iletre, enn bann san konpran. Pe gagn nou roder bout. Que veut dire un support plan ? C’est pour nous soutenir dans les temps difficiles, non ? Là, le support plan est une espèce de concours. Le ministère nous impose des thèmes…

Pour obtenir une aide, les artistes doivent présenter des œuvres qui cadrent avec l’un des neuf thèmes identifiés par le ministère. Pourquoi n’êtes-vous pas d’accord avec cela ?

Dans la catégorie musicale, il faut présenter une maquette. Zordi zour tou zafer se larzan. Le ministère nous demande de puiser de notre poche, alors que nous sommes en difficulté, pour faire une maquette. S’il trouve la maquette bonne, le ministère donne Rs 15 000. Et pour utiliser l’œuvre, il donne Rs 30 000. Ce qui veut dire que la maquette doit être professionnelle. Laissez-moi vous dire que faire un morceau en studio, de façon professionnelle, cela coûte plus de Rs 30 000.

Juste pour un seul morceau?

Oui, juste pour un seul morceau.

Et une maquette ?

Rien qu’avec la programmation (NdlR, sans musiciens en live) cela peut aller jusqu’à Rs 10 000. Après ça, le ministère vous donne Rs 15 000. Quel type de soutien est-ce ça ? Ce n’est pas ce que nous avions demandé. Nous attendions un soutien pendant les moments difficiles, comme celui qui est donné aux planteurs ou d’autres catégories de travailleurs. Appelez cela comme vous voulez : une aide, une subvention, une pension qui serait versée tous les mois.

Sans que l’artiste ait à débourser avant d’obtenir une aide ?

Voilà. Ce que le ministère propose c’est un appel à projets, avec des thèmes, pas un plan d’aide. Prenez un danseur. S’il doit monter un spectacle, cela lui coûte au moins Rs 300 000. Il fait tout ça pour avoir Rs 30 000 du ministère des Arts ? (NdlR, pour les danseurs, le ministre des Arts a indiqué que les projets seront jugés au cas par cas). Ce qui est proposé n’est logique pour aucune des disciplines artistiques. On ne consulte même pas les professionnels du secteur pour savoir quelles sont les difficultés sur le terrain. On prend des mesures parce qu’il faut prendre des mesures.

 A l’arrivée d’Avinash Teeluck au ministère des Arts, il y a moins de deux ans, il y avait eu un «feel good factor». Il a communiqué avec des artistes, y compris avec vous…

C’est vrai, au début il y a eu ce «feel good». Il semblait être quelqu’un d’intéressant avec qui travailler. Il avait montré une volonté de faire avancer les choses. J’ai l’impression – peut-être que je me trompe – qu’à l’interne, komdi koze dan lakwizinn, il n’aurait pas son mot à dire. J’ai le sentiment qu’il veut faire des choses, mais qu’il ne peut pas les faire. Sauf qu’il ne peut pas venir le dire.

Vous êtes en train de dire que ce n’est pas le ministre des Arts et du Patrimoine culturel qui décide d’un plan de soutien aux artistes ?

Exactement. Parce que quand vous appelez le ministre, il essaie de trouver des solutions. Il est très accessible, plus accessible que tous les autres ministres des Arts que j’ai connus avant. Sauf que dans l’action, li pa pe al kouma pe dir. Quand on voit les mesures qui sont prises pour les artistes, j’ai le sentiment qu’elles ne viennent pas forcément du ministre. Ces mesures démontrent de l’amateurisme. Li paret komik.

 Le plan de soutien prévoit que les œuvres sélectionnées servent à la promotion de Maurice comme une destination culturelle. Qu’en pensez-vous ?

Quand il s’agit de Liverpool, on donne Rs 400 millions, dans le vide. Mais quand il s’agit d’investir en des compatriotes, là on donne des miettes. On nous donne Rs 30 000.

 L’année dernière, il y avait eu un premier plan d’aide, avec les concerts virtuels. Ces concerts virtuels n’ont finalement pas eu lieu, mais la formule était-elle meilleure ?

Ce qui a été proposé l’année dernière était intéressant, sauf que, comme d’habitude, dans la pratique, c’est totalement différent. C’est parce qu’on ne cherche pas des professionnels mais des roder bout, pour le faire. Des agents politiques, des colleurs d’affiches, zot get zot bann dimounn pou fer li.

«Quand il s’agit  d’investir en des  compatriotes,  là on donne  des miettes»

 Vous parlez de qui ? Que sont-ils censés faire dans l’organisation de concerts virtuels ?

Ceux qui allaient filmer les concerts, assurer la régie son et lumière. Encore une fois, ce n’est pas ce que nous les artistes avions proposé. L’AACM a proposé d’envoyer des photos professionnelles montrant exactement les paramètres pour que ces concerts virtuels soient de bonne qualité. Aujourd’hui, le digital est international. Quand vous postez quelque chose, c’est vu à l’étranger. Nous l’avions dit au ministre Teeluck: l’idée des concerts virtuels est bonne. D’ailleurs, j’encourage tous ceux qui veulent aller dans cette direction.

Les concerts virtuels d u ministère ne se sont pas matérialisés. Un an plus tard, vous croyez toujours dans le digital ?

Oui, dans l’économie digitale. Il ne faut pas que ce soit lancé en l’air, il faut le mettre en pratique. C’est l’avenir. Larzan trouv la aster. Il n’est plus dans les CD mais dans les plateformes digitales. Par exemple, le camarade Elvis Heroseau est en train de mettre en place une structure. J’espère qu’il aura le soutien des autorités. Zot ki ena Rs 400 millions pou al zet kot Liverpool. Alors qu’une plateforme digitale ne coûte pas autant à mettre en place.

 Que s’est-il passé après vos propositions concernant les concerts virtuels, l’an dernier ?

La société Ichos Production, avec Ashley Munisamy, avait préparé tout un plan. J’ai envoyé ce plan au ministre. L’étape suivante était de discuter du financement. On l’avait même invité à venir voir comment cela se passe en studio. De discuter des coûts directement avec un ingénieur son et lumière. D’ailleurs, je réitère l’invitation. Je suis disposé à amener le ministre et son équipe en studio pour mieux comprendre comment nous travaillons. Le ministère souhaite un travail professionnel mais sans rien débourser. Après tout ça, il n’a rien dit à Ichos Production. Par la suite, nous avons appris que le budget faisait défaut. Ce qui veut dire que pour l’art, l’industrie créative, ce sont des miettes qui sont allouées. Zot dir pe done zis pou sansasion zorey.

 En avril 2020, le ministère des Arts et du Patrimoine culturel a produit une chanson Covid-19, L’île Maurice solidaire. Elle réunissait plusieurs artistes, dont vous-même. A priori, le ministère a une idée de ce que coûte ce type d’initiative ?

Il faut bien comprendre une chose. Quand on a fait appel à nous, avec Gérard Louis, en tant que patriotes, nous avons décidé de le faire pour zéro sou. Ce n’était pas une affaire de gouvernement ceci cela, on devait affronter le Covid-19 pour la première fois. Nous devions tous nous sentir concernés pour combattre le virus. Nous avions demandé un Work Access Permit pour accomplir la mission. Ti donn nou manze bwar, mais nous n’avons jamais parlé d’argent. Avec Gérard Louis, nous avons fait cela avec amour, pour notre pays. Les artistes ont l’habitude de se mobiliser pour une cause. Nous sommes toujours là dès qu’il s’agit de faire quelque chose pour le pays. En retour, il n’y a rien pour les artistes ? C’est un secteur en difficulté qui sera déconfiné en tout dernier.

Le plan de soutien a été présenté durant la dernière semaine de confinement. Est-ce qu’il arrive trop tard?

Oui. Depuis l’année dernière, les artistes du circuit hôtelier ont un soutien. Bann ki andeor pa pe gagn nanye. C’est parce que nous n’avons pas de statut légal. Sommes-nous dans le secteur formel ou informel ? C’est très compliqué auprès de la Mauritius Revenue Authority (MRA).

Certains artistes ont collaboré à gauche, à droite. Quand la MRA regarde les rentrées d’argent, elle pense que l’artiste se fait de l’or et dit qu’elle ne peut pas l’aider. Dans mon cas, je suis un collaborateur de Radio One, où j’assure deux émissions par semaine. Si pa ti ena sa, mo mor net. Quand il y avait des concerts, des soirées, des festivals j’ai contribué à l’économie, maintenant que le système est en panne, on m’abandonne ? Ce n’est pas normal que l’artiste passe toujours en dernier

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