Chamarel: nouveau massacre à la tronçonneuse

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Obsession du gouvernement pour la construction de routes ? Des travaux accomplis en catimini en plein confinement. Quelle urgence ? Plusieurs ébéniers noirs et colophanes entre autres ont été bulldozés, certains plusieurs fois centenaires. Le ministre Ramano n’a pas nié ce massacre mardi au Parlement. Mais ce qu’il a ajouté est étonnant…

Drôle de tactique du ministre de l’Environnement, mardi, à l’Assemblée nationale à l’ajournement. Kavi Ramano a critiqué le secteur privé en défendant l’abattage des arbres endémiques à Chamarel par les autorités. Ainsi, lorsque Joanna Bérenger demande au ministre de l’Environnement, l’implorant même, de faire cesser ces abattages sauvages d’arbres, Ramano, après avoir tenté de convaincre que ces travaux sont bons «pour le développement», s’est lancé dans une tirade qui a surpris tout le monde. «Il ne faut pas être sélectif dans son approche (...) beaucoup de plantes ont été détruites par le secteur privé pour faire des projets PDS IRS et RES entre autres et certains membres de l’opposition y sont restés insensibles.» Ces commentaires du ministre ont, bien sûr, provoqué des cris de protestations de l’opposition.

Approche sélective de Ramano

Permettre l’abattage d’arbres centenaires car le secteur privé le fait ? Une déclaration qui passe très mal au niveau du mouvement Aret Kokin Nou Laplaz (AKNL). «Combien de nos correspondances (près d’une dizaine sur les 18 derniers mois) concernant ces projets privés dont il parle ici, avons-nous porté à sa connaissance pour l’alerter sur la destruction d’écosystème côtier, sont restées sans réponse ?» dit Carina Gounden d’AKNL. «Quand cela l’arrange il va opposer ces projets privés aux projets du gouvernement pour démontrer un acharnement contre son Gouvernement ou une supposée «approche sélective.» Cette dernière demande à Kavi Ramano comment ces projets privés dont il fait mention ont-ils obtenu leurs permis. Faisant référence à la déclaration du ministre mardi à l’effet que le gouvernement est «en train de prendre toutes les dispositions nécessaires pour la protection de la faune, de la flore, et aussi de la côte mauricienne». La militante écologiste lui demande comment il réconcilie «ses dispositions» avec l’abattage de ces arbres centenaires à Chama rel alors que l’Union Européenne a alloué un budget de 4 millions d’euros à l’État mauricien pour la restauration de la forêt indigène.

Pour Joanna Bérenger, les commentaires «superflus, hors contexte et remplis de sous entendus de Ramano ne servent qu’à détourner l’attention alors qu’il était à court d’arguments, comme certains de ses collègues d’ailleurs lorsqu’ils sont pris la main dans le sac.»

Pour rappel, c’est le ministre Ramano qui accorde les certificats d’Environmental Impact Assessment (EIA) aux promoteurs privés. «L’opposition doit-elle être blâmée quand le gouvernement accorde des permis pour des IRS, PDS et ERS à tour de bras ? Et là, lorsque c’est le gouvernement lui-même qui massacre des arbres sur les terrains publics, on nous demande ‘pourquoi nous avez-vous laissés faire quand il s’agissait du secteur privé ?’Drôle d’argument!»

Au-delà du débat des sec- teurs public et privé, Vincent Florens, Associate Professor en écologie à l’Université de Maurice a déclaré : «Hormis les impacts directs de la destruction visible sur les photos,il y aura les impacts néfastes indirects à plus long terme, à savoir, effets de lisière, assèchement, risques de feu accru, glissement de terrain poten- tiel, pollution des eaux et du sol, bruits - important pourles animaux, les oiseaux par exemple –, fragmentation d’habitat accrueentre autres.»

Terrain glissant

Sollicité, le porte-parole du ministère des Infrastructures publiques, responsable de la Road Development Authority et qui serait à l’origine de cette destruction de la nature, parle, lui, de deux projets dans la région. Un sur la route B104, (NdlR la route de Baie-du-Cap) concernant la prévention de glissement de terrains et qui n’a pas encore débuté. Et un autre visant à agrandir le pont St Denis à Chamarel mais qui a été au ralenti en raison du confinement. Ré- agissant sur l’abattage des arbres, il dit ne pas en être au courant mais qu’il s’agit probablement d’élagage de certains arbres qui représentent des dangers en cette période de grosse pluie.

Abattre des arbres pour prévenir des glissements de terrain alors que Vincent Florens dit le contraire…

Pourtant, la lettre de la Royal Society of Arts and Science parle de déforestation à Chamarel et en montre des photos, contrairement à ce qu’affirme le ministère des Infrastructures publiques.

Et le ministre Ramano lui-même n’a pas nié ces travaux. Qui dit vrai ? Ramano ou Hurreeram ? En tout cas, les propos du ministre de l’Environnement au Parlement mardi et ses commentaires sur le privé et l’opposition sont un bien curieux argumentaire.

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