Ouverture des frontières: les opérateurs touristiques à bout de souffle

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Outre les hôtels, ils sont légion à souffrir de la fermeture des frontières et pour certains, leurs activités professionnelles ne tiennent qu'à un fil. Zoom sur ces activités liées au tourisme, en berne depuis plus d'une année. 

Restauration : «À ce rythme je peux tenir encore un mois ou deux»

Il n'y a pas que les hôtels qui pâtissent de cette situation catastrophique depuis la fermeture des frontières. Les restaurants dépendent aussi grandement du va-et-vient des touristes pour faire tourner les affaires. Dans le Sud, les restaurateurs accumulent les coups durs entre le premier confinement, l'affaire Wakashio qui a ralenti la demande de la clientèle locale et ce second confinement. 

Pour nombreux d'entre eux, la pression s'accentue et une fermeture prochaine n'est pas exclue. «Je pense qu'il est plus que temps d'ouvrir les frontières. Il faut certes faire attention et prendre des mesures sanitaires adéquates, comme exiger que les touristes aient fait un vaccin avant d'arriver ici et qu'ils fassent un test PCR à l'arrivée entre autres, mais il faut rouvrir, sinon c'est tout le secteur qui va couler», analyse Mario de l'Estrac, du restaurant Karay Mario (photo). 

Depuis un an, son restaurant tourne avec 50 % d'activités en mois et cela alors que Karay Mario n'a ouvert ses portes qu'en 2018. «Il y a les frais qui restent incluant le salaire des employés et nous avons de plus en plus de mal à garder la tête hors de l'eau. À ce rythme je peux tenir un mois ou deux mais pas plus. La région sud est déjà excentrée et une reprise est plus qu'urgente. Au niveau local on pourrait au moins laisser les Mauriciens retourner dans les restaurants, nous pouvons adapter l'agencement des tables pour la moitié de notre capacité habituelle afin de respecter la distanciation sociale.»

Plantations : «70 % de ma production est destinée aux hôtels»

La crise de la demande s'accentue. Avec les hôtels fermés, les planteurs souffrent également de la baisse de la demande, en particulier ceux dont le coût de production est élevé à l'instar de Bipin Hulman qui s'est engagé dans la production sous serre. «Je produis environ 300 kilos de légumes par semaine et 70 % sont destinés aux hôtels en général et les 30 % restants de ma production va aux supermarchés. Mais on a dû s'ajuster à la situation avec la fermeture des frontières et des hôtels. Je vends maintenant mes produits en gros en passant par la vente à l'encan mais nous sommes affectés par cette situation.»

Pour l'instant, Bipin Hulman maintient sa production mais la baisse dans la demande impacte les prix à la vente, ce qui réduit la marge de profit pour relancer les nouvelles productions. «Le tourisme est un moteur économique et beaucoup souffrent de cet arrêt des activités.»

Taxi d’hôtels : «Nous sommes sans emploi depuis plus d’un an»

Leur revenu se chiffre quasiment à zéro depuis maintenant plus d’une année. Avec leur gagne-pain compromis, les opérateurs de taxis d'hôtels sont nombreux à dépendre du Self Employed Assistance Scheme du gouvernement et de ce «one-off» de Rs 10 000 alloué par l'Etat pour survivre. «Il nous faut plus de visibilité et pour cela il faut ouvrir les frontières, on aura une meilleure compréhension de la suite, les clients sont-ils prêts à voyager ? Combien de temps veulent-ils rester ? L'ouverture des frontières doit se faire suivant les mesures sanitaires mais doit se faire au plus vite. Nous sommes mis à l'écart par les autorités, l'attention va vers les hôtels mais quid des autres activités qui gravitent autour de ce secteur ?» se demande Yashpal Murrakhun, président de la Federation of Hotels Taxi Association. 

Depuis une année, ils sont 1 044 opérateurs de taxi d'hôtels à se débrouiller tant bien que mal. Certains ont changé de base d'opérations, «mais cela ne fonctionne pas bien car beaucoup de gens sont toujours en télétravail et il y a ceux qui ont perdu leurs emplois, ils ne vont pas prendre de taxi.»

Services de blanchisserie : «On attend l'ouverture des frontières depuis l'année dernière»

La majorité de ses activités dépendent des hôtels. Covid-19 oblige, depuis plus d'un an elle ne fonctionne donc plus à plein régime. En effet, Dry Cleaning Services tourne presque avec uniquement les 13 % que représentent les commandes des services de santé. «Avec une réduction sévère de nos activités, nous avons dû procéder à des restructurations incluant des réductions des heures de travail, une diversification de nos offres et d'autres changements. En général nous travaillons surtout avec les hôtels pour la blanchisserie, avec les uniformes entre autres mais la situation n'est plus la même. Cette ouverture des frontières on l'attend et on l'attend depuis l'année dernière», confie le directeur de Dry Cleaning Services, Stephane Chasteau de Balyon. 

Marchands de plage : «Il est très difficile de faire une autre activité»

Fermeture des frontières, pas d’accès à la plage pour les Mauriciens, les marchands de plage sombrent dans le désespoir. La résurgence épidémique n’a fait qu’empirer la situation déjà précaire pour bon nombre de ces commerçants, déclare Joomeed Aubeeluck, président de la fédération de beach hawkers.

L’allocation mensuelle du Self Employed Assistance Scheme ne suffit pas, bien qu’elle soit une aide. «Certains ne sont plus très jeunes, ils ont une expérience limitée et avec le taux de travail en baisse en cette période de crise, il est très difficile de faire une autre activité», commente-t-il. 

Aux dires du président de la fédération, ils ne demandent pas de l’argent sans travailler mais si au moins le ministère du Tourisme pouvait trouver un moyen de leur donner un travail temporaire ailleurs, cela serait d'une aide précieuse. Joomeed Aubeeluck, ayant travaillé sur le terrain durant des années avec les touristes, souhaite avoir une rencontre avec le ministre du Tourisme pour faire état de la situation afin de donner de la considération aussi aux petits entrepreneurs du secteur. 

Un point qu’a souhaité relever celui-ci est que les beach hawkers ne détenant pas de Business Registration Number (BRN) n’ont pas accès aux facilités bancaires pour survivre durant cette phase difficile. «Nous n’avons pas de BRN. J’ai moi-même déjà essayé de faire une demande comme étant beach hawker, en vain. Et au final, les critères d’éligibilité pour les demandes de prêts ne correspondent pas. Il faudrait des facilités pour les beach hawkers.»

Par ailleurs, dans le contexte de la réouverture des frontières «malgré la vaccination, il y aura une peur que le client soit positif au Covid-19. Je suis pour la quarantaine lors de la réouverture des frontières même si cela peut affecter le choix de la venue des touristes.» 

Artisanat : «Trois quarts de nos stocks de produits ont été perdus»

Mohamedally Koheratee, membre actif de la Market Traders Association pour le secteur touristique, plaide pour environ 200 marchands de produits artisanaux dans la peine. Il est d’avis qu’avec les nouveaux cas de contamination, alors que beaucoup s’attendaient à une éventuelle ouverture des frontières, le Self Employed Assistance Scheme (SEAS) pour ce secteur au point mort doit être revu à environ Rs 10 000. 

«Trois quarts de nos stocks de produits ont été perdus. Ils sont démodés, poussiéreux ou ont expiré. Certains ont investi dans de nouveaux produits en espérant une éventuelle ouverture des frontières mais nous nous sommes retrouvés en confinement une nouvelle fois. (..) Et sans les touristes, même si le marché est opérationnel, nous n’avons pas de clients.» En sus d’une solution de survie en attendant la réouverture des frontières, il estime qu’il faut trouver une stratégie afin que les marchands du secteur comme eux puissent avoir accès à la clientèle étrangère lors de l’ouverture des frontières en toute sécurité sanitaire. 

Du côté des autres artisans, la situation n’est pas meilleure. Sabrina Nobin, gérante de Royal Pottery Ltd, dans la production de décorations et de la poterie, qui travaillait principalement pour le secteur touristique, soit de 75 %, est dans le flou. Dans ce contexte, elle demande à revoir la liste de ceux éligibles pour le SEAS de ceux du secteur touristique. «Nous sommes fournisseurs des hôtels et des villas mais nous n’obtenons pas cette assistance financière. Nos produits ne sont pas des produits de première nécessité pour les Mauriciens en cette période de crise. Le volume de vente avec la clientèle mauricienne est minime. Nous sommes aussi en difficulté», explique-t-elle. 

Après cette nouvelle vague, elle veut revoir sa production. Elle a pour projet de lancer de nouveaux produits pour mieux toucher la clientèle locale, tenant en compte l’engouement pour les tendances comme la culture de légumes fins, le secteur du tourisme K.-O. et l’avenir incertain. 

Par ailleurs, comme beaucoup d’artisans ont du mal à écouler leurs produits, elle soutient que dans le Budget, il faut des mesures concrètes et abordables pour que ces entrepreneurs puissent avoir de la visibilité sur le marché local également. En ce qui concerne la réouverture des frontières, il faudrait, ajoute-t-elle, revoir le système de quarantaine. 

Plaisanciers : «Nous demandons un ‘grant’ de Rs 100 000 pour nous soulager»

Karl Lamarque, secrétaire et porte-parole de la Federation of Leisure Craft Operators, nous fait comprendre que ses membres dépendent à 95 % des touristes. Ils sont endettés pour les équipements de travail, les bateaux et les moyens de transport. 

Même s’il est difficile de rentabiliser avec la clientèle mauricienne, de par la crise sanitaire actuelle et le non-accès à la plage, les plaisanciers ne peuvent même pas travailler avec les locaux pour couvrir quelques frais. Se trouvant dans une situation pire que celle de l’an dernier, Karl Lamarque est aussi d’avis qu’il faut revoir l’allocation des Self Employed Assistance Scheme (SEAS) pour ce secteur à la hausse. D’ajouter que le Wage Assistance Scheme et le SEAS doivent se poursuivre jusqu’à ce que la situation se rétablisse. 

«Ce n’est pas évident avec les dépenses courantes comme l’assurance et le leasing des bateaux et des moyens de transport pour le travail qui restent les mêmes. Nous demandons aussi un ‘grant’ de Rs 100 000 pour nous soulager.» Pour éventuellement pouvoir redémarrer leurs activités, les demandes pré-budgétaires sont comme suit ; un duty free sur les équipements de travail, un grant de 10 % pour l’achat de bateau et Rs 200 000 de grant pour toutes les demandes de loan. 

Même s’il est pour la réouverture des frontières le plus vite possible, il reste réaliste que tout dépendra de la situation par rapport au Covid-19. En attendant que la situation se rétablisse, ces opérateurs font appel à un soutien financier pour survivre.

Location de voiture : «Il nous faut un délai pour honorer nos engagements financiers»

Bien que les opérateurs de ce secteur se sentent mis à l’écart, ils rappellent qu’ils travaillent aussi principalement avec les touristes. Ajay Jirjadhan, directeur de Taj Car Rental, détenant une soixantaine de véhicules, nous brosse un tableau de la situation. Les compagnies d’assurance et du leasing font pression. Quoique la demande de location de voiture reprenne petit à petit au niveau local, les offres sont bien moindres. «Les voitures qui devaient coûter Rs 25 000 à Rs 30 000 par mois sont à moitié prix.» 

Parallèlement, il essaie de sortir la tête de l’eau en faisant la maintenance des véhicules. «Etant donné la situation et étant un client qui respecte tous les paiements, je pense qu’il faudrait nous donner un délai pour pouvoir recommencer à honorer nos engagements financiers afin que nos véhicules ne soient pas saisis.» 

Il soutient qu’il faut relancer l’économie, rouvrir les frontières avec des stratégies solides et commencer à vivre avec le virus. Il nous confie que ses clients étrangers de Suisse et de France, de La Réunion l’ont déjà contacté pour les mois d’août à janvier 2022.

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