Option budgétaire: le marché des capitaux au service de Padayachy pour financer la reprise ?

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Les Bons du Trésor et les obligations de l’Etat sont appelés éventuellement à doper le marché secondaire.

Les Bons du Trésor et les obligations de l’Etat sont appelés éventuellement à doper le marché secondaire.

Une nouvelle option s’offre au ministre des Finances pour financer la reprise. Elle est proposée par la Mauritius Bankers Association qui l’invite à avoir recours au marché des capitaux. Spécialistes financiers, économistes et régulateurs analysent sa pertinence.

La crise sanitaire couplée à la crise économique et sociale est venue exercer de fortes pressions sur les finances publiques des pays à l’échelle planétaire. Maurice n’échappe pas à cette dure réalité. Pour cause, son PIB a reculé de Rs 70 milliards l’année dernière alors que le ministère des Finances aura déboursé à terme Rs 25 milliards pour financer les différents plans d’aide à l’emploi (GWAS et SEAS) durant l’année fiscale 2020-21. Et ce pour éviter la fermeture d’entreprises et des licenciements économiques.

A sept semaines de la présentation du Budget 2021-22, Renganaden Padayachy cherche encore les meilleures options pour financer la reprise. Comme l’année dernière, il peut toujours avoir recours à la Banque de Maurice ou jouer sur le clavier fiscal, deux possibilités qui, selon son entourage, ne sont pas dans sa ligne de mire. Faut-il alors considérer la proposition de la Mauritius Banker’s Association (MBA) visant à privilégier le marché des capitaux to «build back» l’économie en attirant notamment des fonds du secteur privé local et d’investisseurs de la région ? L’idée est lancée.

«La Mauritius Bankers Association recommande également de développer une courbe des taux de rendement.»

En effet, la MBA part du postulat que le marché des obligations pourrait être développé davantage car il s’agit d’une composante essentielle de tout centre financier. «Dans la conjoncture actuelle, il paraît inévitable que l’État doive avoir recours à l’emprunt. Aujourd’hui, ce dernier bénéficie de prêts de l’étranger à des taux avantageux en devises. Il serait, cependant, aussi prudent de contracter une partie de ces prêts en roupies sur le marché local», explique-t-on au sein de la MBA.

Une démarche qui est susceptible de dynamiser un secteur de l’économie, notamment les marchés des capitaux, et accélérer ainsi la croissance économique. Aujourd’hui, le marché secondaire des obligations est peu actif, selon l’association qui préconise de mettre en place des stratégies de développement pour ce créneau. Ce qui nécessiterait des consultations avec tous les opérateurs concernés, afin de déterminer les besoins du marché et mieux comprendre la demande et les réticences.

Mieux, la MBA recommande également de développer une courbe des taux de rendement, pour assurer plus de visibilité par rapport à la performance historique des différents types d’obligation, ce qui viendrait à soutenir le marché dans la durée. «Le résultat de ces initiatives serait une plateforme dynamique, qui attirerait des investisseurs actifs et intéressés à financer des projets de développement durable pour accélérer notre transition vers l’économie bleue et une économie verte, par exemple.»

Encore faut-il avoir les moyens de cette ambition. Car à la base d’un marché des capitaux, c’est de rendre possible la rencontre entre les agents économiques ayant un excédent de capitaux et ceux nécessitant des besoins de financement. D’où la nécessité d’avoir un marché qui regorge de liquidités en termes de transactions quotidiennes. Or, l’économiste Eric Ng note que le nombre d’acteurs de marché est malheureusement faible à Maurice. «Un tel marché doit avoir de la visibilité internationale pour attirer des investisseurs étrangers institutionnels. Pour cela, il nous faut une plateforme globale et internationalement réputée comme Euroclear ou Clearstream. Il est essentiel d’avoir un marché de capitaux développé pour que les investisseurs puissent correctement évaluer les risques des dettes émises par le gouvernement ou par les sociétés.»

Une opinion que partage Philippe Koch, gestionnaire de fonds qui demande si aujourd’hui les conditions sont réunies pour développer un marché des capitaux. Non, dit-il, car les trois ingrédients nécessaires pour assurer le décollage d’un tel projet ne sont malheureusement pas présents. Nommément, la présence d’acteurs financiers de réputation internationale, la disponibilité des ressources humaines spécialisées et l’expertise technologique. Face à l’absence de ces éléments, il voit difficilement l’émergence d’un tel marché.

Pire, «l’inclusion de Maurice sur la liste grise du GAFI et sur la liste noire de l’Union européenne constitue certainement des contraintes pour promouvoir la juridiction mauricienne auprès d’investisseurs mondiaux qui sont nécessaires dans la chaîne de valeur pour générer des liquidités qui caractérisent les marchés de capitaux», insiste le gestionnaire de fonds. Et d’ajouter qu’on a raté une occasion en or en 2008 quand le projet d’alliance stratégique entre la Bourse de Maurice et le Johannesburg Stock Exchange (JSE) n’a pas abouti. «La puissance de la JSE en Afrique et dans le monde aurait permis à la SEM de jouer dans la cour des grands et contribuer à jeter les bases pour un marché des capitaux qui aurait atteint sa vitesse de croisière aujourd’hui.»

D’autres spécialistes sont plus pessimistes et ne voient pas de sitôt la création d’un marché de la dette. Ils insistent qu’aussi longtemps que les quatre primary dealers, soit MCB, SBM, Absa et AfrAsia Bank, autorisés à acheter des bons du Trésor et autres obligations de l’Etat auprès de la Banque de Maurice, ne mettront pas ces instruments financiers sur le marché, plus particulièrement aux membres du public, tous les appels lancés jusqu’ici par la Banque de Maurice les invitant à négocier ces instruments financiers sur un second marché resteront sans réponse.

Un constat auquel Jen Ramanah, Head of Treasury chez AfrAsia, ne souscrit pas totalement vu que les membres du public et autres investisseurs institutionnels ont au bout du compte la possibilité d’acheter ces instruments financiers à travers les comptoirs de ces banques. Il concède toutefois que ce marché gagnerait en épaisseur si les primary dealers s’y impliquent avec la présence d’autres acteurs locaux et étrangers et l’existence d’infrastructure informatique pour rendre les transactions plus accessibles aux investisseurs. «Aujourd’hui, au niveau du marché obligataire nous n’avons que les obligations de l’Etat et de la BOM ainsi que les Corporate Bonds émis par quelques conglomérats. Si les investisseurs individuels moyens et certains corporates peuvent prendre avantage de ces obligations, en revanche, l’accès aux Corporates Bonds est pratiquement nul. Un marché de la dette comblera certainement cette lacune», souligne Jen Ramanah.

Tout en insistant qu’il existe déjà un marché des obligations avec celui de la Bourse, Sunil Benimadhu, le CEO de la Bourse de Maurice, soutient néanmoins qu’un marché centralisé électronique autour de la cotation des obligations de l’Etat peut aider à développer un marché des capitaux. Toutefois, la taille, la fréquence et le calendrier du programme d’émission du gouvernement devraient être guidés, dit-il, par les impératifs de financement du Budget de l’État et viser à optimiser les coûts pour le gouvernement de ces opérations d’emprunt.

Marché des capitaux, marché de la dette, marché secondaire, autant de termes qui donnent le tournis mais qui sont revenus sur le devant de l’actualité avec la proposition de la MBA.

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