Politique monétaire: l’ouverture des frontières inéluctable pour une roupie plus forte

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La roupie seychelloise s’est appréciée face au dollar américain après le retour des touristes dans l’archipel.

La roupie seychelloise s’est appréciée face au dollar américain après le retour des touristes dans l’archipel.

Rs 63 milliards. C’est le montant de nos recettes touristiques engendré en 2018 comparé à Rs 17,7 milliards pour 2020, soit un manque à gagner d’environ Rs 45,3 milliards pour les caisses de l’État. Pire encore, il s’agit là d’une perte de revenu en devises étrangères et c’est ce dont nous manquons cruellement à l’heure actuelle, comme l’atteste la perte de valeur de la roupie mauricienne. 

Face à cette situation et à la veille de l’exercice budgétaire pour l’année financière 2021-2022, l’urgence de la réouverture des frontières s’accentue un peu plus chaque jour. Toutefois, cette réouverture aidera-t-elle vraiment à l’appréciation de la monnaie locale ? Le débat est ouvert. 

Prenons le cas des Seychelles, en quatre semaines, soit depuis le début de la réouverture totale des frontières le 25 mars, la roupie s’est appréciée de 30 % par rapport au dollar, retrouvant son niveau d’avant Covid-19. Certes, l’économie mauricienne est différente de celle des Seychelles, qui dépend beaucoup plus que nous du pilier touristique. 

Cependant, un retour des touristes, et donc des devises étrangères dans notre circuit monétaire, reste vital. «La réouverture de nos frontières est indispensable à la reprise de notre secteur touristique qui constitue un apport considérable en devises étrangères. Un retour, bien que graduel, des touristes devrait aider à quelque peu réduire l’écart entre l’offre et la demande pour les devises. Néanmoins, les conditions demeureront difficiles, considérant le déficit élevé du compte courant et le fait que l’industrie du tourisme prendra un certain temps avant de retrouver son niveau d’avant la pandémie», explique Alain Law Min, Chief Executive Officer de la Mauritius Commercial Bank (MCB). Selon lui, l’intervention de la Banque de Maurice (BoM) demeure plus que jamais nécessaire pour soutenir la roupie. «À terme, la reprise économique et la force des marchés devraient permettre d’atténuer les pressions sur la roupie.» 

Jetons, pour commencer, un bref coup d’oeil à l’évolution de la roupie mauricienne récemment. Le 15 avril 2018, un dollar américain représentait Rs 34, ce chiffre est passé à Rs 40,90 le 15 avril 2021, soit une déprécation de la roupie d’environ 20 %. Dans le même élan, un euro représentait Rs 42, 20 le 15 avril 2018 pour atteindre Rs 49,00 le 15 avril 2021, soit une dépréciation de la roupie mauricienne d’environ 16 %. Cette tendance déjà peu supportable devient dangereuse. 

Plusieurs fois décrié, le manque de devises étrangères sur le marché est un problème bel est bien présent considérant la chute du tourisme, la baisse du flux d’investissements directs étrangers qui passe de Rs 9 milliards de janvier à septembre 2020 contre Rs 21 milliards en 2019 et la présence de Maurice sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), entrave à la croissance du secteur financier entre autres. 

Résultat : la banque centrale se retrouve dans l’obligation de vendre ses réserves en Forex aux banques commerciales pour stabiliser le marché. Cela, avec pour conséquence directe, une marge de manoeuvre réduite pour le repaiement de notre dette externe qui se chiffrait à plus de Rs 91 milliards à décembre 2020, selon les chiffres de la BoM. 

$ 25 millions mis en vente 

«Les interventions de la banque centrale ont contribué à fournir des devises aux banques pendant la pandémie, et cela, en reflétant les conditions et les forces du marché. En vertu de son mandat, la Banque de Maurice suit de près la disponibilité des devises afin de préserver l’intégrité du marché des changes. Depuis mars 2020, la BoM est intervenue à plusieurs reprises sur le marché intérieur des changes (domestic foreign exchange market) et a mis en vente plus de 1 milliard de dollars durant cette période», dit-on à la BoM. En effet, lors de la dernière intervention de l’institution bancaire, en date du 19 avril 2021, 25 millions de dollars ont été mis en vente. 

En attendant, notre roupie, elle, continue de glisser, perdant de la valeur. Sans une ouverture des frontières rapide, la BoM se verra dans l’obligation de maintenir la cadence et fournir le marché en devises, tout en sachant qu’à un moment, il nous faudra bien repayer nos dettes auprès d’institutions et pays étrangers à l’instar du Japon, de la Chine, de l’Inde et l’Agence française de développement. 

«Face au contexte difficile qui prévaut actuellement, il me semble indispensable d’avoir une roupie compétitive afin d’encourager nos exportations tout en évitant les pressions inflationnistes pour aspirer à une relance de notre économie. Cela devrait, à terme, nous permettre de maintenir une roupie qui soit en adéquation avec nos objectifs socio-économiques», prévient Alain Law Min. 

Dans le contexte actuel, peut-on espérer que la roupie s’appréciera aussitôt les frontières ouvertes ? Pas si sûre, mais en tout cas, qu’importe le montant que nous recevrons, cela restera un poids en moins sur les réserves de la banque centrale. Dans le même élan, l’économiste Rajeev Hasnah est, lui, d’avis que s’il est difficile de quantifier dans l’immédiat l’impact d’un retour des touristes sur la valeur de la roupie, l’ouverture des frontières ne peut qu’être positive à l’économie locale. 

«Un retour même timide des touristes sera un bon début pour stabiliser la situation du Forex, car il est clair que nous ne pourrons pas continuer éternellement à notre rythme actuel. L’arrêt total des activités touristiques est un gros problème et une ouverture assouplira cette situation et sera un bon début pour stabiliser la roupie.» 

Hormis le tourisme, il est donc aussi primordial que nous sortions au plus vite de la liste grise du GAFI, car il est clair que le secteur des services financiers est indissociable à la stabilisation de la roupie, et le pays attend d’accueillir les investisseurs étrangers au plus vite. Finalement, si tous les chemins mènent à Rome, toutes les propositions nous ramènent, nous, à une solution : l’ouverture prochaine de nos frontières.

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