Presse écrite vs presse en ligne: match serré

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(De gauche à droite en haut) Agnès, Katheline, Kaviraj,  (De gauche à droite au-bas) ​​​​​​​Anoar, Mélodie, Jérôme. En écoutant les avis partagés de tous ces lecteurs, difficile de trancher dans le débat entre la presse écrite et la presse digitale.

(De gauche à droite en haut) Agnès, Katheline, Kaviraj,  (De gauche à droite au-bas) Anoar, Mélodie, Jérôme. En écoutant les avis partagés de tous ces lecteurs, difficile de trancher dans le débat entre la presse écrite et la presse digitale.

Cette semaine, Lékip se penche sur le débat qui fait suer les médias, déchirés entre la disparition progressive du papier et l’essor du numérique. Votre hebdomadaire se retrouve malgré lui au cœur du débat, confinement oblige, avec une édition en ligne qui en est à ses balbutiements. Entre les deux, les Mauriciens sont partagés. La General Manager d’Ebony Forest Chamarel nous apporte, elle, un éclairage sur l’impact écologique du papier comme du numérique.

La compétition est intense depuis des années déjà. Mais elle a pris de l’ampleur depuis l’entrée en jeu de la Covid-19. D’un côté, la presse écrite subit les conséquences de la crise sanitaire, avec une chute de la publicité et une baisse du chiffre de vente, à Maurice et aux quatre coins du monde. De l’autre, le numérique prend de l’essor.

D’après Mind Media, le journal français Le Monde aurait, par exemple, gagné 95 000 abonnés en ligne au premier semestre 2020. Et selon le Huffington Post, le New York Times a triplé son nombre d’abonnés entre 2016 et 2020. Pourtant, à Maurice, des citoyens sont encore très attachés au papier.

A l’instar d’Agnès, 20 ans. «Je préfère le papier car la sensation est totalement différente. Ça change de rester devant un écran constamment. Aujourd’hui, tout se fait en ligne : les courses, le travail, les cours… Donc, tenir un journal entre ses mains, sentir le papier, c’est comme une échappatoire loin de toute cette technologie», confie la jeune YouTubeuse.

Sheryl George, 19 ans, est du même avis. «Je trouve que le papier est plus pratique. Toutes les infos sont au même endroit. Et, petit plus, ça fait moins mal aux yeux», rigole cette habitante de Port-Louis. Même si, parfois, elle avoue lire certaines choses sur les réseaux sociaux, «par exemple des infos sur le nombre de cas de Covid-19 à Maurice et à l’étranger ou sur la vaccination. Mais le souci, c’est que, quand vous lisez en ligne, il y a des distractions qui ne vous donnent pas forcément envie de lire un article du début à la fin».

Entre la presse papier et Marie-Louise, 74 ans, c’est aussi une grande histoire d’amour. Pour cette retraitée, pas question de se tourner vers le Web. «D’abord, je n’ai pas d’ordinateur. Ensuite, la lecture est difficile en ligne», confie cette habitante de Quatre-Bornes. Son époux Jean Gabriel, 83 ans, fidèle lecteur de Lékip et fan de Manchester United, abonde dans le même sens : «Je ne lis pas du tout les journaux en ligne.» Toutefois, comme certaines publications ne sont pas vendues en version papier durant cette période de crise sanitaire, le couple a trouvé une astuce : «Si un journal en particulier nous intéresse, notre fille peut l’acheter en ligne et l’imprimer par la suite pour que nous puissions le lire.»

Pour Anoar Juhoor, 93 ans, lire le journal, Lékip notamment, fait partie de son rituel du vendredi. «Je lis cet hebdomadaire parce qu’il y a beaucoup d’informations mais aussi pour connaître les pronostics de la rédaction, pour les matchs de foot anglais et européens. C’est également mon guide de programmes pour savoir quels matchs regarder pendant la semaine», détaille ce fan de Manchester City et de Saint-Etienne.

Toutefois, depuis le début du confinement, il se sent perdu, lui qui ne possède ni ordinateur ni smartphone et qui ne peut donc pas avoir accès à la version digitale du journal. «Lékip mank mwa terib. Mo maye lerla !» grogne le nonagénaire qui a vécu en France pendant 35 ans.

Il fut un temps où Mélodie Permal, 24 ans, était aussi attachée au papier. Aller acheter le journal le dimanche matin, c’était une routine pour cette adepte de badminton – elle a un coup de cœur pour l’équipe de Chine. Mais aujourd’hui, cette habitante de Belle-Rose penche davantage pour les médias en ligne. «Les infos en ligne sont beaucoup plus accessibles rien qu’avec un smartphone et une bonne connexion. Cela évite aussi de devoir jeter à la poubelle des journaux empilés pendant des semaines», observe la jeune femme qui occupe les fonctions de chef d’équipe.

«Chez moi, tout le monde suit les actus en ligne. J’ai même ajouté les journaux dans mes ‘‘favourites’’ sur Facebook.» Seul bémol, poursuit notre interlocutrice, «par moments, les articles postés ne sont pas complets ou sont assez brefs sur Facebook. Du coup, je les achète pour lire les articles dans leur intégralité. Puis, il y a vraiment tout un travail derrière. Ne pas payer serait ne pas reconnaître le travail des personnes impliquées dans la fabrication d’un journal».

Jérôme Wong, 32 ans, préfère aussi débourser de l’argent pour un journal en ligne plutôt que pour le papier. «C’est moins encombrant que des journaux traditionnels qui s’empilent chez soi. Je suis aussi plutôt porté sur les médias en ligne car je suis toujours connecté et, de nos jours, toutes les infos locales et internationales se trouvent sur le Net», fait remarquer ce supporter invétéré des Red Devils mais aussi fan de sport en général (tennis, basket, ski, entre autres).

De son côté, si Katheline Toussaint préfère le papier pour ce qui est de la lecture des livres, elle opte néanmoins pour les réseaux sociaux en ce qui concerne le suivi de l’actualité. «C’est plus pratique. Dès qu’il y a une nouvelle actu, je reçois des notifications. Du coup, je ne rate aucune info», soutient la jeune femme de 21 ans, étudiante en Graphic Design au Charles Telfair Institute. Cependant, quant à débourser de l’argent pour l’achat d’un journal en ligne, «cela dépend de combien. Je ne suis pas contre le fait de payer mais je pense que c’est mieux que ce soit gratuit pour être vraiment accessible à tout le monde», poursuit cette habitante de Roches-Brunes, qui regarde beaucoup le foot à la télé.

Pour Marie-Dianise, 19 ans, il n’y a pas de débat entre le papier et le numérique. Le digital l’emporte avec une longueur d’avance. «Le journal papier n’est pas eco-friendly. C’est plus une tradition, une habitude, qu’autre chose. Et qui plus est, les journaux en ligne sont plus accessibles, avec la possibilité de toucher une plus grande audience. Je me suis abonnée à certains journaux en ligne et je les lis tous les jours. J’ai une notification à chaque nouvelle info. Payer pour un journal en ligne ne me dérange pas non plus. Après tout, on ne peut pas tout avoir gratuitement», conclut cette modératrice qui habite Quatre-Bornes.

Kaviraj Bissessur, à l’inverse, est attaché à la fois au papier et aux médias en ligne. Mais il avoue que, pendant le confinement, il privilégie le Net. «Avec les progrès en matière de digitalisation et pour être plus éco-conscient, c’est mieux, je pense, de se tourner vers les médias en ligne. Au même prix que le papier, bien évidemment. Parce qu’il y a du boulot derrière», souligne cet officier de la garde-côte mauricienne, âgé de 45 ans.

Il y a ceux qui s’accrochent au papier et ceux qui préfèrent se tourner vers le Web. Chacun avec ses arguments. Alors qui l’emporte entre la presse écrite et le numérique ? Le match reste serré et joue les prolongations avec notre confinement actuel…

S’informer sur papier ou sur écran: Quelle option est la plus «eco-friendly» ?

En matière de gaz à effet de serre, l’impact des deux filières serait plus proche que prévu, selon un décryptage publié en novembre 2020 par La Fabrique Écologique. Et dans un article du site La Croix, il est écrit : «Plus un journal imprimé est lu et circule, moins il émet de CO2 au numéro, pour produire de l’information, être imprimé, distribué et recyclé. À l’inverse, la facture verte de sa version numérique grimpe en fonction du temps de lecture et de l’impression ou non des articles.» Du coup, est-il plus écolo de s’informer sur papier ou sur écran ? Christine Griffiths, General Manager d’Ebony Forest Chamarel, nous éclaire sur le sujet…

«La plupart des gens pensent que le digital est plus écologique. Et brandissent des messages comme ‘‘Sauvons nos arbres’’, ‘‘N’imprimez pas’’, etc. Mais la réponse est complexe», constate cette habitante de Rivière-Noire. «Oui, un document digital peut être partagé avec des millions de personnes mais pour le voir, il faut un appareil électronique dont la production et l’utilisation ont un impact sur l’environnement en termes d’empreinte carbone (matières premières et consommation d’électricité). Sans compter la pollution liée à l’élimination des ‘‘e-déchets’’ toxiques. La consommation d’électricité nécessaire pour alimenter des serveurs est énorme. Et alors que certains produisent de l’énergie verte, beaucoup brûlent encore des combustibles fossiles.»

Passer au digital réduit le nombre d’arbres coupés, poursuit-elle. «Mais de nos jours, le papier fait partie des produits les plus recyclés. Et beaucoup de documents en papier contiennent des matériaux recyclés. Bien sûr, le recyclage a aussi une empreinte carbone. Bref, tout dépend de la fréquence à laquelle nous lisons un document en ligne et de la durée de vie de nos appareils électroniques.»

Christine Griffiths conclut : «Comme beaucoup de nos problèmes environnementaux actuels, les solutions ne sont pas claires…»

L'article paru dans Lékip du 16 avril 2021.  

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