Armand Maudave: Que vive le «pessimisme actif»

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«Qui devons-nous croire ? Chacun choisira selon son tempérament: les pisse-vinaigre prenant plaisir à s’auto-flageller et à tourmenter autrui, les positivistes cherchant à ‘fill the cup that clears today of past regrets and future fears’. Ainsi psalmodiait le sage Omar Khayyam.» Ces quelques lignes, Armand Maudave les a écrites en avril 2020, à la suite du prolongement du premier confinement. Il partageait ainsi sa vision de «pessimiste actif», qu’il définissait ainsi : «Les braves se remettent toujours debout.»

Armand Maudave, connu pour ses nombreuses activités, vient de nous quitter. Il avait 90 ans. Il a étudié en Angleterre, à Leeds et Oxford. Il a été enseignant au Collège Royal en 1960, avant de se retrouver en poste au haut-commissariat à Londres de 1968 à 1972. Il occupe ensuite les fonctions de conseiller puis de ministre conseiller à l’ambassade de Maurice à Paris avec accréditation à l’Unesco et la FAO de 1972 à 1979.

Après un passage à Bruxelles, puis à Canberra, il est ambassadeur de Maurice aux Nations unies de 1983 à 1985. De retour à Maurice, il sera secrétaire permanent au ministère du Tourisme de 1985 à 1988. En 1987, il préside la commission générale du Festival international de la mer.

Passé dans le secteur privé, il dirigera le groupe Food and Allied Industries de 1989 à 2009. Armand Maudave a aussi été directeur puis président du conseil d’administration du groupe La Sentinelle. Il a été un collaborateur régulier de l’express.

Armand Maudave avait planté ses racines en haut de la falaise à Souillac. Il avait été le fer de lance du jumelage de Souillac (Maurice) avec Souillac (France). Il avait aussi un membre actif de l’Amicale France-Maurice. Il avait signé un ouvrage, Présence française 1715-2015, à l’occasion des 300 ans de la prise de possession de Maurice par Dufresne d’Arsel.

Plus récemment, Armand Maudave était le président de l’Association des propriétaires de campements, prônant le dialogue entre «propriétaires aspirant à la tranquillité» et pique-niqueurs «tonitruants».

Nous présentons nos condoléances à son épouse Fazila et à sa famille. Comme il l’écrivait l’an dernier : «Haut les cœurs. Sereinement.»

Jusqu’au bout. Armand Maudave a défendu les «vraies valeurs». Celles qui permettent de ne pas désespérer de l’humanité. Tel un legs, nous reproduisons le texte qu’il avait écrit en avril 2020 dans le horssérie ‘Maurice en pause’. De quoi revenir à l’essentiel. Aux poètes. Dont Aragon et Coleridge que se plaisait à citer Armand Maudave.

Post-Covid-19 : Place à l’amour

“And ‘mid this tumult Kubla heard from afar Ancestral voices prophesying war.” Coleridge

Il est fort probable qu’avant dix ans nous aurons marché sur Mars. Il est malheureusement certain que pendant ces dix ans nous serons assommés par d’autres virus calamiteux. D’une part donc des ressources considérables consacrées à la quête de nouvelles disponibilités minérales et matérielles au nom d’une certaine idée de ce qu’est le développement. D’autre part une amnésie récurrente et généralisée sur ces valeurs fondamentales que sont dialoguer, modérer, comprendre, partager. Valeurs auxquelles nous aurions intérêt à accorder beaucoup plus d’importance par l’enseignement, les prêches, les écritures, les arts.

Les circonstances actuelles nous pousseraient-elles à privilégier une tangente catastrophique ?

Oui. A désespérer de l’homme. Ce tumulte est depuis des âges cause d’appétit de pouvoir, de despotisme, de conflits larvés comme actuellement au Moyen Orient ou de guerres mondiales, comme celles du siècle dernier. Ce tumulte toutefois n’est pas dans les épidémies et autres catastrophes qui nous affligent. Il est dans la nature belliqueuse de nos gènes. Nous n’aurions donc jamais tiré de leçon salvatrice de nos pulsions malsaines. Aussi, selon certains mystiques, et même selon Bill Gates, la Terre, ayant pris conscience de nos turpitudes, aurait choisi de se venger par l’entremise d’une chauve- souris avalée goulûment par les Wuhanais.

Quelle dérision !

Il est vraiment désespérant de constater qu’après Lincoln et Kennedy nous sommes affligés d’un Trump qui ment comme il respire, d’un joker : BoJo obsédé par un Brexit ruineux et sa théorie de «herd immunity»*, d’un Jacob Zuma succédant à l’humanisme de Mandela, du crapuleux Modi après Gandhi, d’un Poutine machiavélique après Lenine le visionnaire, d’Hashem Al Atassi suivi de Bachar Al Assad… la liste des indignes successeurs serait longue. Trop longue.

Faut-il pour autant désespérer de l’humanité ?

Oui. À condition cependant que de cette désespérance nous puissions enfin nous élever et nous accorder sur les vraies valeurs qui sont celles de la main qui fraternellement étreint plutôt que celle qui tue, d’essayer de comprendre plutôt que de juger, de préserver notre environne- ment naturel plutôt que de le bétonner, d’investir dans les laboratoires et les hôpitaux plutôt que dans les missiles intercontinentaux, de céder à l’ivresse de la contemplation méditative plutôt que de persévérer dans une obsédante recherche de prestige et d’argent.

Bref, comme l’a écrit Aragon : «Il n’est qu’AMOUR qui vivre vaille.»

***«herd immunity» : Laissons filer l’épidémie. Aucune restriction. Elle finit par s’estomper naturellement. Nous sauvons l’économie au coût de 500 000 victimes, majoritairement des vieux et des malades !

Armand Maudave, ancien diplomate et cadre du privé

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