Changement climatique: repenser l’environnement comme source de croissance

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Le blanchiment des coraux est, entre autres, causé par l’augmentation de la pollution marine.

Le blanchiment des coraux est, entre autres, causé par l’augmentation de la pollution marine.

Le Covid-19 a démontré à quel point nous sommes dépendants du tourisme et le drame du Wakashio, la vulnérabilité de notre lagon. Le tourisme est compétitif mais dépend d’un écosystème fragile. La situation avec le Covid-19 est unique mais nous avons déjà, à plusieurs occasions dans le passé, répondu à des chocs tels que celui subit par le textile avec la fin de l’accord multifibre et l’entrée de la Chine à l’OMC. 

En revanche, nous ne prêtons pas suffisamment attention à la gestion des risques environnementaux et au changement climatique. Les effets du changement climatique ne se font pas sentir instantanément mais demeurent un des principaux risques pour l’économie mauricienne. Le niveau de la mer augmente près de 3,5 mm chaque année, ce qui paraît faible mais reste suffisant, avec l’érosion, pour changer l’attrait de nos plages sur 30 ans. Le nombre et l’intensité des cyclones tropicaux ont augmenté durant les 50 dernières années et affectent déjà fortement les économies des Caraïbes et du Pacifique – les dégâts liés aux cyclones représentent maintenant entre 11 % et 17 % du PIB de la région Caraïbes. 

L’impact moyen annuel des cyclones et inondations à Maurice est plus faible mais pas négligeable, de l’ordre de 110 millions de dollars, principalement au niveau des résidences et bâtiments commerciaux. Même si le niveau d’émissions totales à Maurice est faible par rapport aux larges économies, nous en subissons les conséquences. La question est «que pouvons-nous faire ?» 

Nous contrôlons la gestion et la préservation de nos ressources naturelles. Si l’augmentation de la température de l’eau de 2 degrés va contribuer au blanchiment des coraux, les autres principaux facteurs sont la pollution marine, la surpêche et le surdéveloppement côtier (traduction : bétonner les plages) qui sont directement sous notre contrôle. Prenons l’exemple de la pollution marine. La cause principale est la mauvaise gestion des déchets et des eaux usées non traitées. Le plastique, dont l’utilisation s’est accrue avec notre développement, représente une part importante des déchets marins. Maurice produit 76 000 tonnes de plastique chaque année, qui finissent principalement dans les décharges. 

Bill Gates résume très bien la situation : «As awful as the pandemic is, climate change could be worse.» Il ne suffit pas d’attendre la fin du Covid-19 et espérer un retour à la normale. La durée et l’ampleur de l’impact du Covid-19 ne sont pas certaines et les prédictions d’un retour au niveau pre-Covid-19 du trafic aérien et des arrivées touristiques varient entre deux et cinq ans. La réalité est que nous ne savons pas encore comment le marché va évoluer dans les cinq prochaines années. 

Notre perception est que l’environnement doit être préservé mais qu’il y a un choix nécessaire entre croissance et environnement. Un des exemples qui démontrent le contraire est l’économie bleue. L’idée est de générer une croissance durable en incorporant l’utilisation et la préservation des ressources maritimes. Nous ne parlons pas de compromis entre emploi/ investissement et environnement et le potentiel est énorme pour les îles comme Maurice ayant un domaine maritime important. Il s’agit d’intégrer le développement de plusieurs secteurs comme le tourisme, la pêche et l’aquaculture, les énergies renouvelables, le transport maritime, etc., tout en incorporant les aspects de résilience climatique, séquestration du carbone, la biodiversité, mais aussi la gestion des déchets et les valeurs culturelles locales. 

Pour être plus concret, dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture, il s’agit d’encourager les entreprises locales à innover et mieux utiliser les ressources maritimes, avoir des mesures incitatives pour les pêcheurs afin d’éviter la surpêche, apporter de l’aide aux entreprises afin de les aider à se positionner sur des secteurs générateurs d’emploi, et mettre en place les infrastructures nécessaires pour aider les pêcheurs à mieux vendre leurs prises. Il faut aussi reconnaître l’impact des cyclones et mettre en place des mesures pour protéger les acteurs économiques les plus vulnérables. Des solutions existent ailleurs, telles que le programme COAST, appuyé par la Banque mondiale, qui fournit une assurance paramétrique aux pêcheurs en cas de catastrophe naturelle. Nous pouvons voir des exemples d’entreprises innovantes qui montrent que nous avons la capacité de nous transformer mais les initiatives restent très fragmentées et pas encore génératrices d’emploi à l’échelle nationale. 

Les autres pays n’attendent pas la fin du Covid-19. Après que le cyclone Ivan en 2004 a causé des dégâts de l’ordre de 200 % du PIB, la Grenade a mis en place des mesures fortes qui ont contribué à faire d’elle un leader régional face au changement climatique. Le pays est maintenant en train de mettre en oeuvre, avec l’appui de la Banque mondiale, sa stratégie de développement de l’économie bleue avec un accent particulier sur la création d’emploi. Une autre priorité est la transformation digitale, allant bien au-delà de l’investissement en infrastructure, afin de diversifier leur économie. 

À Belize, des ONG ont développé des pépinières de corail et sont très actives dans la reforestation des mangroves, aussi avec l’appui de la Banque mondiale. Plus près de nous, les Seychelles se sont distinguées en étant le premier pays au monde à lancer un Blue Bond, un financement innovant destiné à développer les zones maritimes protégées (30 % de leur zone économique exclusive) et à assurer leur maintenance. 

L’État a évidemment un rôle central mais n’est pas le seul acteur. Maurice a fait un pas important en janvier 2021 en interdisant le plastique à usage unique, ce qui peut paraître une mesure restrictive mais qui est déjà en place dans plusieurs pays. Dans les Caraïbes, près de 15 pays ont déjà interdit les plastiques à usage unique et le polystyrène. Nous avons la chance d’avoir un secteur privé solide et la marée noire a montré que les Mauriciens sont solidaires et désireux de préserver le patrimoine naturel. Le secteur privé à Maurice peut être plus impliqué et devenir un vecteur de changement. La priorité est la réhabilitation du lagon en impliquant la communauté locale, en attendant la reprise économique, mais aussi la sensibilisation et la mobilisation. 

Des programmes de sensibilisation à l’environnement pour les touristes, employés et les écoles peuvent être mis en place par les hôtels, les employés peuvent être appuyés (formation, financement, etc.) pour développer des initiatives sociales et entrepreneuriales, et les séminaires de formation pourraient incorporer des actions telles que le nettoyage des plages. Il s’agit vraiment d’une responsabilité collective et individuelle.

L’article et les messages sont faits à titre personnel et ne sont pas attribuables à la Banque mondiale.

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