Dénonciations des scandales: la presse en première ligne

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Avec les débats entourant la désignation du nouveau leader de l’opposition, cette faction semble être un peu moribonde. En effet, depuis les élections de 2019, une majorité des scandales ont plus souvent été révélés par la presse que par l’opposition. «C’est normal que les médias révèlent les scandales. Ainsi, ils assurent leur mission d’investigation. D’ailleurs, l’affaire Watergate a été dénoncée par des journalistes américains», déclare Jocelyn Chan Low, observateur politique. Selon lui, à Maurice, les whistleblowers préfèrent relayer les informations aux journalistes plutôt qu’à l’opposition afin d’éviter une coloration politique. Depuis les élections générales de 2019, plusieurs affaires ont été dévoilées par la presse. Lesquelles?

En juin 2020, survient le scandale St-Louis Gate où l’achat de turbines par le CEB fait l’objet d’allégations de pots-de-vin à des officiels mauriciens. Relevée par la Banque africaine de développement, l’affaire est relatée dans la presse puis reprise par l’opposition. Résultat: une enquête est ouverte et Ivan Collendavelloo, ministre de l’Énergie et vice-Premier ministre, est révoqué.

Vers juillet 2020, deux nouveaux scandales éclatent. Premièrement, Gérard Sanspeur, ancien président du conseil d’administration de Landscope Mauritius, évoque un transfert douteux de terrains de l’État, valant Rs 8 milliards, par cette compagnie lors d’une entrevue à l’express. Une révélation sujette à une riposte légale de Naila Hanoomanjee, Chief Executive Officer de l’entreprise. Deuxièmement, le 25 juillet 2020, l’échouement du Wakashio est rapporté par les médias suivi du déversement d’huiles lourdes dans nos eaux le 6 août 2020, qui donne lieu à un scandale d’ampleur internationale. La presse a été le porte-voix des ONG et de la société civile, dénonçant la lenteur des autorités à réagir.

En août et septembre 2020, l’affaire Angus Road révèle que Pravind et Kobita Jugnauth ont signé et juré devant un notaire qu’ils ont payé Rs 20 millions pour un terrain de 7 000 mètres carrés. Or, dans une déposition à l’ICAC et publiée par l’express, un témoin affirme que cette transaction a été payée par Alan Govinden, un businessman mauricien établi en Angleterre, en 2008. De ces allégations, complémentées par d’autres révélations par la suite, émane la question de «faux et usage de faux» et le refus de démissionner du Premier ministre. Survient ensuite un cas de corruption alléguée à la MBC sujette à une enquête de l’ICAC après des dénonciations contre Anooj Ramsurrun, directeur général par intérim.

Le 21 octobre 2020, l’express émet des doutes sur la mort suspecte de l’exagent du MSM Soopramanien Kistnen. Son corps carbonisé et retrouvé dans un champ de cannes à Moka, le 18 octobre, ouvre la voie à une série d’investigations journalistiques dans l’express, et à une demande d’enquête judiciaire. Mis en cause par un autre article de l’express en novembre 2020, le ministre Yogida Sawmynaden démissionne le 10 février 2021.

En décembre 2020, un autre décès attire l’attention sur des zones d’ombre. Le cadavre de Pravin Kanakiah, ancien employé du procurement, est repêché à la Roche-qui-pleure et donne lieu à diverses suspicions, d’autant plus que l’autopsie démontre que ce dernier ne s’est pas noyé.

En janvier 2021, la presse révèle qu’une compagnie mauricienne est impliquée dans un scandale d’achats de masques en Belgique. Cette même affaire est précédée par trois autres cas jetant un pavé dans la mare de l’offshore mauricien en juin et juillet 2020.

Hélas, dans la majorité des cas, les médias demeurent les principaux dénonciateurs. Pourquoi? «L’opposition, même sans Arvin Boolell, n’avait pas la possibilité de poser des questions. Ce qui se passe au Parlement est scandaleux. Le plus flagrant est la censure d’une PNQ. Vous avez des ministres qui ne répondent pas ou qui se contredisent», avance Jocelyn Chan Low.

Pour Adeelah Kodabux, Senior Lecturer en relations internationales à la Middlesex University, la presse indépendante joue un rôle important et évalue les comportements des agents publics. Une fonction qui incombe parallèlement à l’opposition. «Récemment, certains médias indépendants effectuent un travail encore plus important en investigation sur des allégations de mauvaises pratiques. Cela a alimenté les débats parlementaires menés par l’opposition dont le rôle est limité par le set-up parlementaire entaché d’accusations de dictature.» Selon elle, le manque de cohésion entre les partis de l’opposition détourne paradoxalement l’attention d’une réelle remise en question de ceux au pouvoir. En dépit de leurs faiblesses, les médias incarnent un solide pilier de la démocratie, explique-t-elle.

Achats de médicaments 

Pour Ajay Daby, ancien speaker de l’Assemblée nationale, l’opposition a un devoir légal et moral de poser et se poser des ques- tions au nom de la nation et de la presse aussi. «Les médias n’ont pas de droit de parole à l’intérieur de la tribune. L’opposition doit alors prendre le relais», déclare-t-il. Dans cette lignée, soutient Jocelyn Chan Low, presse et opposition sont complémentaires.

Le scandale des achats de produits médicaux a, lui, débuté par une PNQ d’Arvin Boolell sur Hyperpharm, le 15 juin 2020. S’ensuivra la liste des fournisseurs qui ont obtenu des contrats sous les procédures d’urgence, durant le confinement, déposée par le ministre Jagutpal, en juillet. Puis l’affaire Pack & Blister, qui a fait tiquer le député Shakeel Mohamed et la suite que l’on connaît avec les 50 respirateurs artificiels toujours inopérants. Quant aux contrats des Bo Digital et autre AV Techno-World, ils se retrouvent dans l’enquête judiciaire sur la mort de Soopramanien Kistnen et ont coûté son poste au directeur de la STC à Jonathan Ramasamy.

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