Pouvoir: conseillers, «advisors», ces chefs et marmitons du Premier ministre

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De Bassoodeo Seetaram à Rudy Veeramundar, les «étoiles» de la nébuleuse premierministérielle…

De Bassoodeo Seetaram à Rudy Veeramundar, les «étoiles» de la nébuleuse premierministérielle…

Ils sont si puissants qu’ils contrôlent quasiment tout. Que ce soit le port, l’aéroport, voire l’accès au chef du gouvernement. C’est ce que ne cesse de marteler le ministre démissionnaire et ex-secrétaire général du MSM Nando Bodha au sujet de certains conseillers de Pravind Jugnauth. À qui l’ancien ministre des Affaires étrangères fait-il référence ? En tout cas, si ce que Nando Bodha affirme s’avère, il ne faut pas aller chercher midi à 14 heures pour mettre un visage sur ces «superconseillers» de l’actuel gouvernement.

L’aéroport : puissance Ken

Dès octobre 2018, dans nos colonnes, sous le titre «Ken Arian : une montée en puissance qui dérange», un Senior Minister reprochait déjà à cet «advisor» d’isoler le Premier ministre de ses ministres. Un sentiment partagé par le Muvman Liberater (ML), dont le leader, Ivan Collendavelloo, qui ne ratait pas une occasion de le faire savoir à ses collaborateurs. Ken Arian est aussi dénoncé au sein du gouvernement pour ses directives, que ce soit pour des couvertures de la MBC ou pour des communications téléguidées, avec discours prêt à lire, comme celui lu par le commissaire de police Khemraj Servansing en 2 minutes et 4 secondes chrono le 16 décembre ou encore la copie burlesque remise à sir Anerood Jugnauth plus récemment. 

En somme, Ken Arian est l’homme à tout faire de Pravind et Kobita Jugnauth. Au point où il fait tout pour régner en maître sur son territoire au bâtiment du Trésor. Il bénéficie amplement de la confiance du couple pour avoir été choisi, dès le 1er février 2018, soit un mois à peine après sa nomination, comme Senior Advisor au bureau du Premier ministre (PMO), pour présider Airports of Mauritius Ltd (AML). Depuis, il a la mainmise sur toutes les opérations aéroportuaires. Il préside aussi le conseil d’administration d’Airport Terminal Operations Ltd (ATOL), la société propriétaire et opératrice du nouveau terminal passagers tout comme du terrain de l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam. Comme si cela ne suffisait pas, il préside aussi le board d’Airport of Rodrigues après qu’AML a repris son actionnariat le 23 mars 2018. 

Pour boucler la... ceinture, le président d’AML – actionnaire majoritaire à 80 % de Mauritius Duty Free Paradise (MDFP) – siège également sur le board de MDFP et de Rodrigues Duty Free Paradise. 

Il n’y a pas que l’aéroport qu’il contrôle. Après l’éclatement du scandale St Louis, entraînant la révocation d’Ivan Collendavelloo, alors n°2 du gouvernement, c’est Ken Arian qui devient les yeux et les oreilles de Pravind Jugnauth au conseil d’administration du Central Electricity Board

Avant qu’il ne rejoigne le cercle du pouvoir, Ken Arian a notamment travaillé pour les Currimjee, pour Air Mauritius comme steward et pour Harel Mallac comme manager. Il a fait ses premières apparitions dans certains médias après qu’il a été élu président de l’Outsourcing & Telecommunications Association of Mauritius (OTAM) en mars 2017. À ce moment-là, il succède à Charles Cartier, qui, tenez-vous bien, est, lui, président de l’Economic Development Board depuis novembre 2017 et, depuis plus récemment, président de la Cellule d’assistance et de soutien du MV Wakashio

Puis, comment oublier l’épisode Key Edge Consultants ? Trois mois avant d’atterrir au PMO, Ken Arian, en tant qu’actionnaire à ce moment-là de Key Edge Consultants, a raflé un contrat de Rs 520 000 de Metro Express Ltd pour des services de communication des mois de septembre et octobre 2017. 

Restera également dans les annales, le voyage de Ken Arian aux États-Unis, moins d’une année après sa nomination au PMO. Voyage qui a coûté la bagatelle de Rs 859 534 en billets d’avion aux contribuables. 

Partenaire de confrérie 

En 2017, il alla faire un selfie à La Réunion avec le futur président de la République française, Emmanuel Macron. Pour ce voyage, il était aux côtés de Manisha Dookoony et de son partenaire de confrérie, le candidat battu au n°1, Nilen Vencadasmy, lui-même ancien conseiller juridique d’ATOL et d’AML et aujourd’hui propulsé président de la Mauritius Tourism Promotion Authority. 

Question rémunération, on a appris en avril 2019 suivant une interpellation du député du MMM Rajesh Bhagwan au Parlement que le senior advisor perçoit Rs 10 000 en siégeant sur le National Environment Fund et Rs 1 195, sur l’Information and Communication Technologies Committee du Human Resource Development Council. D’autres informations sur le salaire et autres allocations du senior adviser divulguées au Parlement font état d’un salaire de Rs 92 000 assorti d’une allocation de Rs 11 500. Grosso modo, Ken Arian percevrait au moins Rs 250 000, allocations comprises, chaque mois. Ce qui équivaut à la rémunération d’un Parliamentary Private Secretary (PPS), qui touche plus qu’un simple député (Rs 200 000). 

Ken Arian est aussi le neveu des frères Sivom (Parsuramen) et Nanda Arian, de Telfair, Moka, deux amis proches du défunt Soopramanien Kistnen qui ont été auditionnés dans l’enquête judiciaire sur les causes de la mort de l’agent politique. 

Enfin, mais pas des moindres, l’homme à tout faire du couple Jugnauth, qui était d’ailleurs aux premières loges du comité central dont l’objectif premier était une démonstration de force du MSM au Sun Trust, le 6 février, figure aussi parmi les proches collaborateurs du PM qui ont eu des échanges téléphoniques avec Soopramanien Kistnen de son vivant. Les noms de Ken Arian, Vinod Appadoo, Bassoo Seetaram et Pravind Jugnauth luimême figurent sur des relevés téléphoniques produits par un représentant de Mauritius Telecom au tribunal de Moka lors des travaux de l’enquête judiciaire.

Télécommunications et Safe City: Le sous-chef Sherry Singh

L’autre sous-chef de Lakwizinn qui détient un rôle prépondérant dans le giron du pouvoir est Sherry Singh. Il contrôle Mauritius Telecom (MT) depuis le 23 janvier 2015, soit depuis le début du premier mandat du gouvernement dirigé par le MSM, après les législatives de décembre 2014. À ce jour, celui qui ne cache pas sa proximité avec la famille Jugnauth depuis 15 ans, n’a jamais osé rendre public le montant de son salaire mensuel, qui dépasserait le million de roupies. Récompensé, entre autres, pour avoir été un des membres actifs derrière le slogan Vire Mam, un clip largement diffusé sur les réseaux sociaux et lors des meetings durant la campagne électorale de 2014, Sherry Singh, la cinquantaine, est un Old Boy du collège Royal de Port-Louis. Comme Ken Arian, il a aussi travaillé pour les Currimjee, mais, en tant que marketing manager d’Emtel, le concurrent historique d’Orange

Dans un entretien à l’express le jour de la première prestation de serment comme Premier ministre de Pravind Jugnauth en janvier 2017, Sherry Singh avait eu cela à dire sur l’inner circle du chef du gouvernement : «C’est un cercle assez grand de personnes loyales qui ont été là dans des moments très durs et à qui le leader, maintenant le Premier ministre, fait confiance. (...) On était là en 2005 lorsqu’il a perdu les élections. Depuis, nous avons toujours été à ses côtés.» Peu de temps après cette déclaration, il est aussi devenu special ddvisor du PM et l’est toujours. L’histoire retiendra également qu’il a été l’homme de confiance de Pravind Jugnauth sur le board d’Air Mauritius (MK) après les élections générales de 2019. Mieux, Sherry Singh a été responsable du comité de la transformation de la compagnie aérienne nationale. Résultat : MK a été placée sous administration volontaire le 22 avril 2020 avec, comme répercussions, des drames humains qu’il sera impossible d’oblitérer. 

À ne pas oublier que c’est aussi sous la direction de Sherry Singh à MT que la surveillance grandeur nature Safe City a été réalisée. Un projet au coût faramineux de Rs 19 milliards dont la gestion, au final, laisse à désirer et suscite de sérieuses interrogations, après des failles comme celles révélées au cours de l’enquête judiciaire sur es causes de la mort de Soopramanien Kistnen.

Zouberr Joomaye: L’homme d’affaires Covid-19

Le sésame : ses entrées à la fameuse Kwizinn. Zouberr Joomaye, candidat battu aux législatives de 2019 est devenu, en février 2020, «à titre bénévole», ne manque-t-il pas de préciser, Senior Advisor on Strategic Matters au bureau du PM. C’est ainsi que l’ex-député du MMM a été récompensé pour avoir accepté d’être muté d’une circonscription favorable à l’alliance Morisien – n°13 (Rivière-des-Anguilles) – à une circonscription défavorable – n°2 (Port-Louis Sud/ Port-Louis Central). Le PPS Ismaël Rawoo du ML, colistier des ministres Jagutpal et Padayachy lui doit une fière chandelle. 

Dès le mois suivant sa nomination au PMO, alors que le pays est sous confinement national dû à la pandémie du Covid 19, le gastro-entérologuepoliticien obtiendra le premier rôle au sein du comité national de communication sur le Covid-19. Depuis, il a été nommé membre du conseil d’administration de Landscope Mauritius. Par-dessus tout, Zouberr Joomaye a surtout été très chanceux en affaires depuis qu’il voue allégeance au MSM. Après sa clinique à Curepipe, son projet d’hôpital privé spécialisé dans le traitement des cancéreux à Coromandel a reçu en très peu de temps l’approbation du ministère de l’Environnement. 

Au chapitre des achats d’urgence mais controversés d’équipements médicaux durant le confinement, Zouberr Joomaye a laissé des traces de ses échanges par courriels avec la mystérieuse firme espagnole Pack & Blister dont les 50 respirateurs artificiels au coût de Rs 84 millions sont inutilisables et dorment dans un entrepôt de la Santé à Castel.

Bhinod Bacha 

Bhinod Bacha a été longuement associé à l’Hôtel du gouvernement. Ancien chef de la fonction publique sous sir Anerood Jugnauth, il agissait également comme son bras droit. Par la suite, des années après sa retraite, il avait pris de l’emploi comme conseiller de l’ancien ministre Abu Kassenally avant de devenir le conseiller de Navin Ramgoolam. Tel un chat qui retombe toujours sur ses pattes, l’ancien chef de la fonction publique a été recruté par Pravind Jugnauth le 3 février 2017. Son contrat a été renouvelé. Sa tâche principale consiste à conseiller le Premier ministre par rapport aux activités parlementaires et à aider les fonctionnaires à préparer les questions parlementaires. 

Jean-Paul Arouff 

Ancien journaliste et rédacteur en chef de Business Mag, Jean-Paul Arouff a été recruté pour occuper le poste de directeur de communication au PMO. Proche du ministre des Finances, il siège au conseil d’administration de Landscope Mauritius notamment. Cependant, depuis la semaine dernière, Jeran-Paul Arouff a eu de nouvelles responsabilités. Il a quitté le PMO pour devenir senior economic advisor et directeur stratégique au ministère des Finances. 

Ally Dahoo 

Il est un expert dans l’organisation des élections. Ancien cadre de la Commission électorale où il a passé plus de 40 ans, ce retraité a été recruté par Pravind Jugnauth en 2016 pour préparer la réforme électorale. Il a largement participé à la rédaction d’un projet de loi sur le financement des partis politiques et la représentativité des femmes au Parlement, mais la façon dont le projet de loi avait été présenté n’avait pas fait l’unanimité. L’express n’a pas été en mesure de confirmer s’il est toujours en poste. 

Dev Beekharry 

Il a été longtemps journaliste à The Sun, journal pro-MSM avant un passage à Business Magazine. À partir de 2000, quand le MSM est au pouvoir avec le MMM, il prend de l’emploi comme conseiller auprès du ministère de l’Agriculture dont le détenteur du portefeuille est Pravind Jugnauth. Quand le MSM a été hors du pouvoir, il est resté fidèle au parti et était employé par le Sun Trust où il analysait des articles de presse politiques et préparait des discours politiques. Après les élections de 2014, il a été conseiller de sir Anerood Jugnauth. Après le départ du «bonom», il est resté au PMO et est celui qui a une grande influence sur la Gambling Regulatory Authority (GRA). Plus tard, il est le représentant du PMO à Metro Express Limited. 

Loveish Ramochane 

Cet habitant de Vallée-des-Prêtres a été conseiller à la municipalité de Port-Louis. Travaillant de concert avec Vikram Jootun, il a été d’une grande aide dans la réalisation de certains clips. Nommé conseiller au PMO après le départ de Vishwaraj Mulloo à Mauritius Telecom, il agit comme Public Relations Officer. Une de ses tâches est d’analyser les clips politiques sur les réseaux sociaux et il donne souvent la réplique aux détracteurs du Premier ministre et d’autres membres du MSM. Il s’est fait remarquer le 21 décembre dernier quand il s’est rendu au CCID pour porter plainte contre une allégation à l’effet que la voiture rouge impliquée dans l’affaire Kistnen lui appartiendrait. 

Pritviraj Singh Rampursad 

Il est le pandit des Jugnauth et ’est lui qui officie dans les cérémonies religieuses du couple. Il a été recruté comme conseiller en matières culturelles. Il fait le lien entre le Premier ministre et les représentants des groupes socioculturels. Il a tout fait pour que Somduth Dulthumun soit reconduit à la présidence de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation mais il a essuyé un revers. 

Rudy Veeramundar 

Conseiller au PMO, il a été parachuté au Government Information Service (GIS), forçant l’ancien titulaire, qui comptait plus d’une trentaine d’années de service, à prendre la porte de sortie. Membre du conseil d’administration de la MBC, son rôle est de contrôler les informations. C’est lui qui décide qui est éligible à une carte de presse et il décide qui devrait profiter des publicités gouvernementales. Son arrivée au GIS a causé un vif émoi parmi le personnel. Il est très contesté, d’autant que le poste de directeur qu’il occupe aurait dû faire l’objet d’un recrutementpar la Public Service Commission. On avance qu’il n’a pas les qualifications requises pour occuper un tel poste.

Raj Meetarbhan 

Raj Meetarbhan a été embauché sous contrat le 22 février 2018, soit pratiquement une année après l’arrivée de Ken Arian. Dans un premier temps, l’ancien rédacteur en chef de l’express était de ceux qui défendaient le travail du gouvernement sur les ondes de la radio notamment. Cependant, peu après, une autre tâche lui a été confiée. Il est l’un de ceux qui préparent les discours du Premier ministre pour les forums internationaux ou pour les débats parlementaires.

Port : Bassoodeo Seetaram et Sanjeeven Permall

Si aucun des conseillers de Pravind Jugnauth n’est en poste dans le port, il est néanmoins un fait que les pions du pouvoir y sont bel et bien en place. D’abord, l’ex-bleu Ramalingum Maistry, dont le salaire est passé de Rs 70 000 en 2015 à Rs 95 000 en 2018. Mais, surtout, l’omniprésence de Bassoodeo Seetaram qui a même un bureau dans la zone portuaire. Sanjeeven Permall, un autre nominé politique proche de Ken Arian, préside pour sa part, la Cargo Handling Corporation. 

Les autres conseillers du PM Sarah Rawat-Currimjee, la sportive 

Sarah Rawat-Currimjee, très proche de Kobita et Pravind Jugnauth, est senior advisor au bâtiment du Trésor en matière de sport, éducation et jeunesse. Selon un récent document déposé au Parlement, l’épouse d’Azim Currimjee perçoit un salaire de base de Rs 92 000 en sus d’allocations dépassant Rs 60 000. Sarah Rawat-Currimjee est aussi à la tête du Mauritius Sports Council. Elle se retrouve aussi derrière Mauri-Facilities, fililale de Landscope Facilities, chargée de recruter 2 000 personnes à un poste intérimaire de general cleaner dans le cadre d’une campagne de nettoyage à travers le pays. Elle fait aussi partie de la cellule d’assistance et de soutien du MV Wakashio. 

Vinod Appadoo : de l’ADSU au PMO en passant par la prison 

L’ex-n°1 de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) devenu ensuite commissaire des prisons, est conseiller en matière de sécurité au PMO depuis le 9 juin 2020. Le 14 décembre dernier, il fait parler de lui après sa présence en cour de Moka où se déroulent les travaux de l’enquête judiciaire sur le décès de Soopramanien Kistnen. Si les avocats de Simla Kistnen disent l’avoir vu converser avec le témoin Govinden Kistnen, le frère du défunt, celui qui se dit conseiller le Premier ministre sur la prison, et qui bénéficie des services d’un garde du corps, récuse et affirme qu’il a tous les droits d’aller écouter une affaire d’intérêt national.

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