Se procurer de la drogue, simple comme un coup de fil

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Cette marchandise vaut Rs 500. La substance blanche, c’est l’héroïne à Rs 400 le demi-quart et l’autre, c’est la drogue synthétique qui vaut Rs 100.

Cette marchandise vaut Rs 500. La substance blanche, c’est l’héroïne à Rs 400 le demi-quart et l’autre, c’est la drogue synthétique qui vaut Rs 100.

Presque sans effort, l’individu lambda peut se procurer, en deux temps, trois mouvements, sa dose de drogue. Il suffit d’avoir «la bonne adresse». Héroïne, synthétique ou encore cannabis abondent sur le marché. Alors que les frontières sont toujours fermées et que les opérations policières se multiplient.

Alors que Maurice rafle la première marche du podium dans le trafic de drogue synthétique en Afrique, selon le rapport d’ENACT, il ne faut pas oublier qu’il a aussi été classé premier pays d’Afrique et deuxième dans le monde en 2004, en consommation de drogues dures, dont l’héroïne.

Comment se procurer «enn ti nisa» ? Nous avons fait une expérience. Est-ce vraiment accessible à toutes les tranches d’âge? Il n’y a qu’à passer deux, trois coups de fil pour avoir plusieurs adresses «kot zafer la seryé net».«Nou alé, mo kapav amen twai tou. Il y a qu’à mettre un masque, personne ne saura qui tu es», souligne un de ceux que nous avons sollicités.

Le synthé le plus consommé

Ce toxicomane depuis 15 ans nous indique qu’il a pratiquement tout vu, tout essayé dans sa vie. «Mais effectivement, je confirme, le synthétique est la drogue la plus consommée en ce moment. Li pli bon marsé, ek partou pe van sa mem. Nous sommes tous conscients de ses effets mais nous sommes déjà sous l’emprise. Nimport ki pou pran, pou mor mem, non?», ironise-t-il.

Visiblement, il connaît beaucoup de jeunes qui se sont fait piéger. «J’ai personnellement parlé à plus d’un pour leur dire de ne pas faire la même erreur, mais cette drogue est tellement accessible. Si mental pa for, ou al laké

De quoi est composée cette drogue? Il n’en sait pas plus que nous. Idem pour les autres consommateurs. Les sources policières que nous avons approchées semblent elles aussi hésiter à se prononcer. «Il y a eu plusieurs analyses mais il est difficile de déterminer les composants. Acétone, thé, ou encore du Baygon, beaucoup d’ingrédients ont été utilisés. Cette drogue innove constamment.»

Pas de recette exacte

Mais nul n’a la recette exacte, affirme-t-on, car le produit est loin d’être local. Il est fabriqué et importé sur le sol mauricien, puis dilué, mélangé et revendu. «Pou grosi kantité.» Selon des habitués, même les trafiquants ne savent pas de quoi le produit est fait.

Si quelques laboratoires clandestins sont présents dans le pays, ils ne fabriquent pas la grosse majorité de la drogue consommée. «Zot fer enn ti kantité. Mais c’est surtout top secret. Ils ne diront pas comment elle est faite. Sinon tou dimounn pou rod al fer li. Zot business pou tombé.»

D’ailleurs, il est à peine 8 heures et le passage à proximité du poste de police d’Abercrombie est entamé. Nous sommes en compagnie d’un habitué des lieux où la drogue coule à flots. Avant de nous aider à nous faufiler chez un des trafiquants, pour observer la «transaction» pendant qu’il se procure sa dose de «synthé», il faut qu’il intercepte sa dose de méthadone. «Pa pou bwar sa, pou al vendé, lerla ek kas la nou pran nou simik.» Nous nous retrouvons ensuite dans un endroit où le trafic se fait comme si c’était tout à fait légal.

File d’attente

Plusieurs maisons, même «business». Ils sont plusieurs à patienter dans une file d’attente. Depuis peu, garçons et filles sont séparés, fait remarquer notre «guide». Pourquoi? «Parski bann zom la ena profité, vinn frot frot ek bann fam gagn problem.»

L’échange est rapide. Si bien que nous pouvons à peine apercevoir le visage du vendeur. Il ne parle pas, ses gestes sont presque mécaniques. Pris dans ses affaires, il ne remarquera pas, lui non plus, qu’il y a une nouvelle cliente. «Dabitid li gard tou ban zafer la dan so lamin, soi dan enn bocal», indique notre guide. Nous ne verrons rien. «Zot pa per nanié.» Nous notons aussi que la plupart des clients sont jeunes.

La fameuse marchandise... un petit, voire infime, morceau de feuille d’aluminium contenant des poussières presque marron. Aucune odeur. Le prix: Rs 100. «Il sera mélangé à du tabac, avant d’être préparé comme du cannabis. Apre ou fim li parey kouma enn sigaret.»

La personne que nous avons suivie s’injectera aussi un demi-quart d’héroïne, d’une valeur de Rs 400, qu’il prépare avant de «tap so simik». Au total, il lui faut Rs 500 chaque matin, pour «dres lekor» sinon il ne se sent pas bien et ne peut rien faire. «Sa osi nisa la zis pou enn moman.» Dans l’après-midi, il y retournera à nouveau, après avoir «travaillé une journée» pour pouvoir «rekas enn yen».

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