Visite officielle: Le ministre indien vient les bras chargés d’accords

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Le chef de la diplomatie indienne, Subrahmanyam Jaishankar (à g.), en compagnie de Nandini Singla, la Haute-Commissaire de l’Inde à Maurice, et le ministre Alan Ganoo, hier.

Le chef de la diplomatie indienne, Subrahmanyam Jaishankar (à g.), en compagnie de Nandini Singla, la Haute-Commissaire de l’Inde à Maurice, et le ministre Alan Ganoo, hier. © GOVERNMENT INFORMATION SERVICE

Quel est le but de la visite du ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, chez nous ? Avec sa délégation, il est arrivé hier après-midi, pour un séjour qui durera jusqu’au 24 février.

Accord de libre-échange économique (CECPA)

L’accord de libre-échange économique ou Comprehensive Economic Cooperation and Partnership Agreement (CECPA) entre Maurice et l’Inde sera signé par le chef de la diplomatie indienne.

Les termes du CECPA doivent garantir un accès préférentiel au marché indien pour une liste de 615 produits. Parmi ceux-ci : le sucre, des boissons alcoolisées telles le rhum et le vin, des fruits tropicaux, le thon, des appareils médicaux et des produits du secteur de la confection.

Quant à la partie indienne, elle aura les mêmes avantages pour une série de 310 produits, dont le thé, des épices, des produits alimentaires, électriques et électroniques ou encore provenant du secteur agricole, du textile ainsi que du plastique et de la métallurgie.

Le CECPA comporte aussi un volet concernant les services. Avec un accès au marché dans des secteurs tels que le tourisme, les services financiers, l’éducation, la distribution et les technologies de l’information et de la communication (TIC). L’accord de libre-échange économique établit également un cadre pour que des corps de métiers puissent conclure des accords de reconnaissance mutuelle, notamment dans des secteurs comme l’architecture, l’ingénierie, la médecine, la dentisterie, la comptabilité et l’audit.

Longtemps attendu, une fois signé, l’accord commercial entrera en vigueur dès le mois prochain. Le Conseil des ministres indien, présidé par le Premier ministre, Narendra Modi, a approuvé, la semaine dernière, l’accord de libre-échange, clôturant ainsi plusieurs rounds de négociations entre les officiels des deux pays entamés depuis 2004.

Protection des consommateurs

Un Memorandum of Understanding (MoU) portant sur la protection des consommateurs et la métrologie légale. Il s’agit d’assurer que les outils et instruments de mesure (par exemple les balances pour connaître le poids exact des produits) soient fiables et aux normes.

Le MoU prévoit que les deux pays échangent des informations en matière de sensibilisation des consommateurs. Mais aussi que des formations soient mises en place pour les parties prenantes. Ou encore des formes d’aide pour que les normes nationales se hissent au niveau des exigences internationales.

Ligne de crédit pour l’achat d’un Dornier, des hélicoptères, un bateau, un radar

Une (nouvelle) ligne de crédit de 100 millions de dollars américains (Rs 4 milliards) sera signée. Un crédit assorti d’une subvention de 5 millions de dollars américains (Rs 200 millions). Les deux serviront à l’achat – par Maurice – d’équipements liés à la défense nationale. Cela comprend un nouveau système de surveillance des côtes par radar (on se souvient des radars en panne lors du naufrage du Wakashio), un avion Dornier pouvant accommoder plusieurs passagers, des Advanced Light Helicopter Dhruv et un bateau d’interception rapide. Tout cela pour améliorer les opérations de la police et des garde-côtes, que ce soit en termes de surveillance de notre zone économique exclusive ou de combat contre le trafic de drogue dans nos eaux territoriales.

Ferme solaire à Tamarind Falls

Un contrat liant Bharat Heavy Electricals Ltd et le Central Electricity Board (Green) Co Ltd sera signé par le ministre indien. Il concerne la phase 2 du projet de ferme solaire à Tamarind Falls, Henrietta. Ce projet sera financé par une ligne de crédit du gouvernement indien, via l’Exim Bank.

À terme, cette ferme solaire doit générer 12 giga watt/heure d’électricité, alimentant ainsi 8 000 foyers. Et évitant le rejet dans l’atmosphère de 11 000 tonnes de CO2 par an.

Construction d’une unité de transplantation rénale

Le gouvernement indien accordera 10 millions de dollars américains (Rs 400 millions) pour la construction d’une unité de transplantation rénale à l’hôpital Jawaharlall Nehru. Il s’agit d’un projet conjoint entre l’Inde et Maurice. Un comité avec les représentants des deux parties sera constitué pour assurer le suivi du projet.

Le protocole sanitaire en l’absence de quarantaine

Le ministre Subrahmanyan Jaishankar et sa délégation sont arrivés hier après-midi. La visite s’achève mercredi. Quel protocole sanitaire en l’absence de quarantaine? Catherine Gaud, immunologue et conseillère du Premier ministre, explique que le protocole sanitaire mis en place est le même que pour la visite du ministre japonais des Affaires étrangères, Motegi Toshimitsu, les 12 et 13 décembre 2020. Le protocole «global» est le même pour tous les Very Important Persons (VIP) et les experts qui viennent à Maurice. D’abord, les personnes concernées doivent faire un test PCR, «cinq à sept jours avant leur arrivée. Il doit forcément être négatif». Il y a un autre test PCR à l’aéroport, puis direction l’hôtel. Les membres de la délégation peuvent sortir de l’hôtel uniquement si le test PCR fait à l’arrivée est négatif. Ces personnes sont «séparées de façon contrôlée de la communauté mauricienne et du personnel de l’ambassade de l’Inde à Maurice, qui, sanitairement parlant, doit être considéré comme mauricien vu que ce personnel est du côté Covid safe». Catherine Gaud ajoute que «tout un protocole a été écrit avec les diverses parties concernées». Elle maintient que «tout le monde aura un masque N95». Elle-même sera physiquement présente sur le terrain lors de cette visite officielle, accompagnée de «quatre agents sanitaires». L’immunologue affirme que cette équipe a, par exemple, fait la tournée des restaurants, «pour vérifier qu’il y avait bien 1 m 50 entre les Mauriciens et les Indiens». Catherine Gaud précise qu’avant la visite officielle, des formations ont eu lieu pour le personnel des deux hôtels portlouisiens du groupe Indigo, le Labourdonnais Waterfront Hotel et le Suffren, le restaurant Le Pescatore, l’Oberoi et le Sugar Beach. Elle rappelle que le Sugar Beach est «un hôtel de quarantaine. Les employés ont l’habitude». Deux précédentes visites ont eu lieu dans des conditions similaires. Celle du président des Seychelles, Wavel Ramkalawan, en novembre dernier, et celle du ministre japonais. «Tout s’est bien passé. De toute façon, nous sommes là pour surveiller. Il y a du sanitiser à disposition. On vérifie que les stylos ne soient pas échangés. C’est la troisième visite officielle, le protocole est bien rôdé.»

Des citoyens interpellent Narendra Modi

Trois responsables du mouvement 100 % Citoyens ont adressé une nouvelle lettre ouverte au Premier ministre indien. Les signataires : Dev Sunnassy, Bipin Hulman et Ivor Tan Yan y évoquent «l’opacité totale» autour de projets tels que le Metro Express et les allégations concernant la construction d’une éventuelle base militaire indienne à Agalega. Ils rappellent que deux ministres du gouvernement actuel ont démissionné, qu’un autre a été révoqué dans le sillage d’allégations de corruption dans l’affaire Saint-Louis.

Ces citoyens proposent à Narendra Modi de revoir sa politique de financement des projets à Maurice. Et de canaliser l’argent vers des projets visant à améliorer la fourniture en eau ou soulager la pauvreté. «En tant que PM de l’Inde, vous pourriez, via le CECPA, accorder une assistance technique dans des secteurs permettant la création d’emplois.»

Nouveau dynamisme pour l’axe commercial New Delhi/Port-Louis

Arrivé hier après-midi, le chef de la diplomatie indienne démarre sa visite officielle ce matin avec l’événement-phare, soit la signature de l’accord de coopération et de partenariat économique (CECPA) avec Maurice. Le premier à être signé avec un pays du continent africain après des négociations qui ont duré presque 17 ans.

Le ministre des Affaires étrangères indien, Subrahmaniam Jayshankar, en poste au sein du gouvernement Modi depuis 2015, entend donner un nouveau dynamisme aux relations commerciales entre New Delhi et Port-Louis. Et ce en s’appuyant sur les dispositions de l’accord commercial autour d’une palette de produits bénéficiant d’un accès préférentiel sur le marché indien. On y relève principalement le textile, les sucres commerciaux et le rhum alors que la liste est longue avec 616 lignes de produits.

Évidemment, en contrepartie, Maurice y accordera le même traitement préférentiel à l’Inde et ce sur 315 produits provenant de ce pays, dont le thé, les matériaux en acier ou encore les meubles, pour ne citer que quelques-uns. Alors que les prestataires des services indiens auront accès à 11 grands secteurs allant des services professionnels, de l’informatique, en passant par les Recherches et le développement(R&D), les télécommunications, la construction, la distribution, l’éducation, l’environnemental, les finances, le tourisme, l’ayurvédique ou encore les services audiovisuels et ceux du transport.

Et quid des intérêts de la communauté des affaires quant à ces nouvelles opportunités d’affaires en Inde ? La Chambre de Commerce et d’Industrie de Maurice (MCCI), qui a participé aux discussions liées au CECPA depuis 2004, a créé plusieurs comités, dont le Mauritius-India Joint Business Council, où siègent des partenaires stratégiques.

En attendant la signature du CECPA, une série de réunions a déjà démarré avec les membres des key players de l’industrie. Objectif : sensibiliser les membres à bien comprendre les dispositions du CECPA et les autres accords commerciaux à l’instar de ceux signés avec la Chine et l’African Continental Free Trade Area (ACFTA) et saisir les opportunités qui en découleront.

Produits exportés

Certes, un certain nombre de questions se posent dans le sillage de la signature du CECPA et sur d’autres accords déjà signés. Elles portent notamment sur les produits qui sont susceptibles d’être exportés vers ces pays, sur les moyens dont dispose la communauté des affaires pour tirer avantage de ces accords, ou encore si les opérateurs disposent des capacités pour promouvoir l’exportation des services?

Pour le moment, ces questions, nous dit-on, sont toutes évoquées à travers des réunions avec les opérateurs pour aplanir des obstacles tout en les accompagnant pour qu’ils puissent tirer avantage des accords. «Il faut bien connaître les différents marchés, définir les produits qui peuvent être exportés, déterminer notre capacité de production et travailler sur comment on pourrait être mieux connecté», souligne Yousouf Ismaël, secrétaire général de la MCCI. D’ajouter qu’il faut également explorer les possibilités de faire des joint-ventures avec des compagnies étrangères en vue de faciliter le commerce dans la région.

Jacques Li Wan Po, Executive Chairman du groupe Jacques Li Wan Po, engagé dans la fabrication et l’embouteillage d’une gamme de boissons alcoolisées, dont le rhum, estime que le CECPA ouvre de nouvelles perspectives commerciales pour l’exportation de rhum de qualité. Toutefois, il soutient qu’il faudra s’assurer d’un niveau de production pour pouvoir rendre ce nouveau créneau compétitif. «Il ne faut pas oublier que l’Inde est déjà un gros producteur d’alcool. Il sera difficile de concurrencer avec le rhum indien si nous ne bénéficions pas d’une forme de protection», dit-il.

Quant à Devesh Dukhira, CEO du Syndicat des Sucres, il entend prendre avantage de cette opportunité commerciale en Inde. Le quota de 40 000 tonnes de sucres spéciaux intéresse ses membres. «Il existe potentiellement un gros marché pour les sucres spéciaux dans la Grande péninsule avec l’émergence d’une classe moyenne à la recherche de produits sophistiqués. Une fois l’accord opérationnel le mois prochain, nous allons travailler avec les producteurs de sucres spéciaux, nommément Alteo et Terra, pour développer une stratégie de production et de marketing. Il faut savoir que nous exportons déjà 140 000 tonnes de sucres spéciaux.»

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