Achats d’équipements médicaux: les dessous de l’arrestation de Jonathan Ramasamy et Vinay Appanna

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Vinay Appanna et Jonathan Ramasamy à leur sortie des locaux de l’ICAC, vendredi matin.

Vinay Appanna et Jonathan Ramasamy à leur sortie des locaux de l’ICAC, vendredi matin.

Plus de sept mois. C’est le temps écoulé depuis la publication dans nos colonnes d’un organigramme remontant à Jonathan Ramasamy. Ce dernier était à hier, vendredi 19 février, le directeur général de la State Trading Corporation (STC). Cet organigramme provenant d’une source qui ne s’est pas encore manifestée, a été circulé sur les réseaux sociaux peu après l’éclatement du scandale de l’achat de médicaments et d’équipements médicaux par la STC, durant le confinement. Des contrats de plus de Rs 1,4 milliard ont été octroyés, sous la procédure d’achat d’urgence, à ceux qui n’avaient aucune expérience dans le domaine médical. 

Cet organigramme décrivait les connexions entre Jonathan Ramasamy et les actionnaires de Bo Digital Co Ltd, un des plus importants bénéficiaires, d’AV Techno-World, AV Digital World, Century Advertising (Mavericks Advertising), BCA Consulting et My Kwik Fix. C’est ainsi que les noms de Deepak Bonomally de Bo Digital, Vinay Appanna d’AVTechno-World, AV Digital World et Century Advertising et celui d’Ashvind Poonyth, secrétaire de la plupart de ces sociétés ont été dévoilés. 

Mieux, la connexion entre les différents protagonistes, dont Vinay Appanna et Jonathan Ramasamy a aussi été mise au grand jour. L’ex-n°1 de la STC est marié à Reena, la soeur de Vinay Appanna. 

Ce n’est que vendredi, que les deux beaux-frères ont été convoqués à l’ICAC, pour être interrogés under warning. AV Techno-World Co Ltd a décroché plusieurs contrats pour fournir des appareils sanitaires pendant le confinement. Les enquêteurs ont passé au peigne fin deux contrats totalisant Rs 77 millions pour l’approvisionnement en masques de protection et des kits de test afin d’établir s’il y a conflit d’intérêts dans cette affaire. 

Au bout de longues heures d’interrogatoire, Jonathan Ramasamy et Vinay Appanna ont été arrêtés par l’ICAC. Le premier fait face à une accusation provisoire de using office for gratification sous l’article 7 de la POCA, alors que Vinay Appanna fait face à une accusation provisoire de conspiracy to commit money laundering sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA). Les deux ont été libérés contre une caution de Rs 200 000 et une reconnaissance de dette de Rs 500 000. 

Avec ces deux arrestations, l’ICAC est passée à une nouvelle étape de l’enquête. Une enquête initiée en juin 2020 après des soupçons de maldonne. Une première étape avait conduit à trois arrestations. Bissoon Mungroo avait été arrêté en octobre 2020. Le 19 juin 2020, ses compagnies Gitanjali Co Ltd et Mungroo & Sons Ltd avaient bénéficié de deux contrats du ministère de la Santé pour Rs 10 millions pour l’approvisionnement en masques. L’un concernait 200 000 masques chirurgicaux pour Rs 5 115 000 et un autre pour 20 000 masques de protection N95 d’une valeur de Rs 5 millions. 

Les enquêteurs estiment qu’il a enfreint les articles 3 (1) (b), 6 et 8 de la FIAMLA sous une accusation provisoire de blanchiment d’argent. Après son passage en cour, Bissoon Mungroo a été libéré contre une caution de Rs 150 000 et une reconnaissance de dette de Rs 2 millions. 

La commission anticorruption avait aussi interpellé Hari Kistna Jagannada Reddi, directeur de Red Jewels Ltd, qui avait fourni 100 000 masques KN 95 valant Rs 9,4 millions. Il répond d’une accusation provisoire de blanchiment d’argent sous la section 3 (1) de la FIAMLA. Il avait versé Rs 100 000 comme caution pour sa remise en liberté et signé une reconnaissance de dette de Rs 2 millions. 

Deepak Bonomally avait lui été arrêté sous une accusation provisoire de blanchiment d’argent, en vertu de l’article 3 de la FIAMLA. Il a été libéré contre une caution de Rs 400 000 et a dû signer une reconnaissance de dette de Rs 2 millions. 

La société de Deepak Bonomally avait décroché cinq contrats d’un montant de Rs 309 millions. Cette société a un lien direct et indirect avec Mavericks Advertising (Century Advertising), AV Techno-World et AV Digital World. Il se trouve que Vinay Appanna est actionnaire de ces trois compagnies. Elles ont également un lien avec BCA Consulting dont les actionnaires sont Selvie Appanna et Reena Appanna Ramasamy. Cette dernière qui est l’épouse de Jonathan Ramasamy est une actionnaire de MY Kwik Fix créée le 23 février 2016 et dont les deux seuls actionnaires sont Jonathandrarao Ramasamy et elle. 

Par ailleurs, d’autres hauts cadres de la STC ont aussi été entendus par l’ICAC dans l’achat controversé d’équipements médicaux sous l’Emergency Procurement.

Contrat résilié au bout de 14 mois de règne

Deux semaines après les élections générales de 2019, Jonathan Ramasamy a été contacté par le secrétaire permanent du ministère du Commerce et de la protection des consommateurs. Celui-ci lui a alors fait une proposition d’emploi en tant que directeur général de la STC. C’est le principal concerné lui-même qui l’a confié dans nos colonnes le 21 décembre 2019. C’est le 10 décembre de la même année qu’il a débarqué à la direction de la STC. Alors âgé de 46 ans, celui qui a travaillé pendant 13 ans dans le trading du pétrole à Dubaï, a succédé à Rajanah Dhaliah. Ce dernier, secrétaire parlementaire privé, a démissionné de la STC fin octobre 2019 pour se porter candidat aux législatives et il a été élu en seconde position derrière Maneesh Gobin au n°7 Piton-Rivière-du-Rempart. Avant d’atterrir à ce poste, Jonathan Ramasamy a déjà été consultant pour le «Trading Arm» du gouvernement dans le passé. Dans sa toute première déclaration à «l’express» au lendemain de sa nomination, il ne cachait pas sa joie que le gouvernement ait placé sa confiance en lui : «Je vais continuer à faire le bon travail enclenché et j’espère être à la hauteur…», a-t-il affirmé à ce moment-là. Hier, vendredi, le contrat de Jonathan Ramasamy a été résilié avec effet immédiat. Après sa comparution en cour de Rose-Hill à l’issue d’un interrogatoire marathon à la commission anticorruption, il a fait une visite éclair au bureau de l’organisme gouvernemental à Ébène pour rencontrer des membres de la direction.

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